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Bank of America : l'amende pour blanchiment pèse sur un trimestre déjà terne en salle des marchés

Les profits de BofA reculent de 17 % après une amende de 1,2 G$ pour blanchiment d'argent, dans un trimestre où ses rivales de Wall Street ont fait mieux, notamment à la négociation.

Bank of America : l'amende pour blanchiment pèse sur un trimestre déjà terne en salle des marchés

Un recul de 17 % qui tient à deux choses

La deuxième banque américaine par la taille a publié, cette semaine, des résultats nettement en retrait : selon le Financial Times, les profits de Bank of America (BofA) chutent de 17 %, un repli que le quotidien britannique relie à une amende de 1,2 G$ liée à des manquements en matière de lutte contre le blanchiment d'argent. Le même journal note que la banque affiche, en plus, des résultats plus faibles à la négociation que ses concurrentes de Wall Street.

Autrement dit, le trimestre de BofA souffre d'un double handicap : un coût ponctuel, d'origine réglementaire, et une performance commerciale moins brillante là où ses rivales ont, elles, tiré leur épingle du jeu. Distinguer les deux est essentiel pour lire correctement ces chiffres.

Ce que dit une amende de 1,2 G$

Une amende de cette ampleur, rapportée à une banque de cette taille, ne menace évidemment pas sa solvabilité. Son effet est d'abord comptable : elle vient amputer le bénéfice d'un trimestre et fait mécaniquement reculer le résultat par action. Les analystes ont l'habitude de la traiter comme un élément non récurrent, c'est-à-dire de comparer les résultats « avant » et « après » ce genre de charge pour juger de la santé réelle de l'exploitation.

Mais une sanction pour blanchiment d'argent n'est pas un simple coût. Elle signale une faiblesse dans les dispositifs de contrôle interne, ceux qui servent à détecter les transactions suspectes et à connaître l'identité des clients. Pour une grande banque, ce type de lacune a des suites durables : obligation de renforcer les systèmes de conformité, embauches, audits indépendants, parfois restrictions sur certaines activités. Ces dépenses se poursuivent bien après le versement de l'amende elle-même. Les informations dont nous disposons ne permettent toutefois pas de détailler ici la nature précise des manquements reprochés ni les engagements pris par la banque.

Une salle des marchés en retrait quand les rivales accélèrent

Le deuxième volet du dossier est peut-être le plus parlant pour les investisseurs. Pendant que BofA publiait des revenus de négociation plus modestes, Morgan Stanley dépassait les attentes, selon CNBC : ses revenus de négociation d'actions surpassent les prévisions de 909 millions de dollars, et la banque a battu les attentes tant sur le chiffre d'affaires que sur le bénéfice pour le troisième trimestre.

Le contraste est net. Les salles de marchés profitent depuis quelque temps de la volatilité et de l'activité de leurs clients institutionnels, et les banques qui y sont les mieux positionnées en récoltent les fruits. Que BofA décroche, dans ce contexte, accentue l'impression d'un trimestre raté, au-delà de l'effet de l'amende.

Un tableau d'ensemble plus nuancé à Wall Street

Il faut pourtant se garder de présenter BofA comme l'exception dans un secteur radieux. Fortune décrit des résultats mitigés pour les grandes banques américaines : JPMorgan a manqué les attentes de bénéfice pour la première fois en près de trois ans, selon le magazine, dans un ensemble de publications contrastées. Les dirigeants, ajoute Fortune, parient que le creux observé dans les premiers appels publics à l'épargne ne durera pas.

Ce dernier point compte, car les introductions en Bourse et les opérations de financement sont une source de commissions lucratives pour les banques d'investissement. Un marché des premiers appels publics à l'épargne atone pèse sur ce segment, et les banquiers misent sur un rebond pour remettre les compteurs à niveau.

Un revers de plus : l'exclusion d'un mandat à Hong Kong

Un autre fait, rapporté par Quartz, vient s'ajouter au dossier sans qu'on puisse affirmer qu'il en découle : BofA a été écartée du premier appel public à l'épargne de Moonshot AI à Hong Kong. Goldman Sachs reste, d'après Quartz, la seule banque américaine disposant d'un rôle dans l'opération, qui pourrait lever jusqu'à 5 G$.

Il serait hasardeux d'établir un lien de cause à effet entre cette éviction et les ennuis réglementaires de BofA : Quartz ne le fait pas dans le résumé dont nous disposons, et les raisons d'un choix de mandat sont multiples (relations existantes, positionnement local, composition du syndicat bancaire). Mais l'épisode illustre ce qui est en jeu pour une banque d'investissement : chaque grand mandat perdu représente des commissions en moins et un signal de moindre crédit auprès des émetteurs. Dans un marché où les introductions en Bourse d'entreprises d'intelligence artificielle attirent l'attention mondiale, ne pas figurer au tableau est un manque à gagner et un enjeu d'image.

Un secteur financier qui se réorganise autour du capital privé

Pour mesurer ce qui se joue dans la hiérarchie des acteurs, un autre repère de l'actualité est instructif. Le Financial Times indique que BlackRock a attiré 205 G$ et porté ses actifs sous gestion à un sommet inégalé, devenant, après ses acquisitions de HPS et de Global Infrastructure Partners, une force de plus en plus puissante dans le capital privé.

Ce n'est pas le même métier que celui de BofA, mais c'est le même terrain de concurrence pour les capitaux, les clients institutionnels et les talents. Quand les gestionnaires d'actifs gagnent en poids dans le financement des entreprises, les banques traditionnelles, plus lourdement encadrées et exposées à des sanctions de conformité, voient leur part du gâteau contestée.

Ce qu'il faut retenir et surveiller

Les chiffres du trimestre de BofA se lisent en deux temps. Le premier est ponctuel : une amende de 1,2 G$ qui explique une bonne part du recul de 17 % des profits et qui, en principe, ne se répétera pas. Le second est structurel : une salle des marchés qui a moins bien performé que celles de ses concurrentes, et un secteur où l'activité en banque d'investissement dépend d'un marché des introductions en Bourse encore hésitant.

Plusieurs questions demeurent ouvertes. La banque devra démontrer que ses dispositifs de contrôle sont désormais à la hauteur, et à quel coût récurrent. Elle devra aussi indiquer si le retard en négociation relève d'un trimestre défavorable ou d'un positionnement moins adapté. Enfin, le rebond espéré des premiers appels publics à l'épargne, sur lequel misent les dirigeants cités par Fortune, déterminera si les commissions de banque d'investissement viendront compenser ces faiblesses.

Pour les actionnaires comme pour les régulateurs, c'est dans les prochains trimestres, une fois l'effet de l'amende sorti des comparaisons, qu'on saura si BofA a simplement trébuché ou s'il lui faut corriger sa trajectoire.