Saguenay–Lac-Saint-Jean

Café Croissant : après 40 ans, une adresse du centre-ville de Chicoutimi tire sa révérence

Le restaurant de la rue Racine fermera ses portes à la fin de l'année. Au-delà du deuil de ses habitués, cette fermeture dit quelque chose du centre-ville de Chicoutimi, entre commerces de proximité et enjeux de cohabitation.

Café Croissant : après 40 ans, une adresse du centre-ville de Chicoutimi tire sa révérence

Quarante ans, c'est plus long que la carrière de bien des commerçants, plus long aussi que la durée de vie de la plupart des restaurants. À la fin de l'année, le Café Croissant, installé sur la rue Racine, au cœur du centre-ville de Chicoutimi, éteindra ses lumières pour de bon. L'annonce, relayée par Radio-Canada, a ému la clientèle fidèle de l'établissement, et elle invite à regarder de plus près ce que représente, pour une ville de la taille de Saguenay, la disparition d'une telle adresse.

Ce que l'on sait de la fermeture

Selon Radio-Canada, la propriétaire, Annie Guillemette, a confirmé que le restaurant cessera ses activités à la fin de l'année, après quatre décennies de service. Elle se dit attristée par cette décision, tout comme Jacob Riverin, un client fréquent du lieu, qui confie avoir développé avec l'endroit une relation particulière au fil du temps.

À ce stade, les informations publiquement disponibles restent limitées. Les raisons précises de la fermeture n'ont pas fait l'objet, dans les sources consultées, d'une explication détaillée : s'agit-il d'une décision personnelle, d'un enjeu de rentabilité, d'une question de relève, de bail ou de main-d'œuvre ? Rien ne permet de trancher, et il serait hasardeux de prêter des motifs à la propriétaire. Ce que l'on peut dire, c'est que la nouvelle est reçue comme une perte, et pas seulement commerciale.

Plus qu'un restaurant : un lieu de rendez-vous

Le témoignage du client cité par Radio-Canada est révélateur. Quand un habitué parle d'une « relation spéciale » avec un restaurant, il décrit autre chose qu'un simple rapport entre un consommateur et un fournisseur. Les cafés et petits restaurants de quartier remplissent une fonction que les sociologues appellent parfois les « troisièmes lieux » : ni la maison ni le travail, mais un espace où l'on se croise, où l'on se reconnaît, où l'on prend des nouvelles.

Dans un centre-ville de ville moyenne, ces lieux jouent un rôle d'ancrage. Ils rythment les matins des travailleurs, accueillent les rencontres d'affaires improvisées, servent de point de repère aux aînés comme aux étudiants. Leur fermeture laisse un vide qui ne se comble pas en un claquement de doigts, même si un autre commerce occupe un jour les lieux.

Quarante ans de présence, cela signifie aussi une mémoire partagée : des générations de clients qui y ont pris leurs habitudes, parfois de père en fils ou de mère en fille. C'est un patrimoine immatériel, rarement reconnu comme tel, mais bien réel.

Le centre-ville de Chicoutimi, un territoire en tension

La fermeture du Café Croissant survient dans un contexte qui mérite d'être nommé, sans pour autant établir de lien de cause à effet que rien, dans les sources consultées, ne démontre. Radio-Canada rapporte, dans un autre reportage, le démantèlement d'un campement de personnes en situation d'itinérance près du pont Dubuc, à Chicoutimi : deux personnes sans-abri ont collaboré pour quitter les lieux. Le sujet, abordé sous l'angle de la lutte contre l'itinérance et de la sécurité à l'approche de l'hiver, illustre les défis que rencontre le secteur central de la ville.

Il faut ici être prudent. Rien n'indique que la fermeture du restaurant soit liée à la présence de personnes en situation d'itinérance, et il serait injuste, comme inexact, de faire ce raccourci. L'itinérance est avant tout une crise sociale touchant des personnes vulnérables, que les municipalités et les organismes communautaires cherchent à accompagner vers des solutions de logement et de soutien. Le fait que deux personnes aient accepté de quitter volontairement leur campement montre d'ailleurs que le dialogue et l'accompagnement peuvent produire des résultats.

Ce que les deux nouvelles ont en commun, c'est de situer le centre-ville de Chicoutimi au cœur de transformations : un lieu où cohabitent commerces de proximité, résidents, travailleurs et personnes en grande précarité, et où la vitalité économique et la cohésion sociale se jouent de concert.

Les défis des petits commerces de centre-ville

Pour comprendre la portée de cette fermeture, il faut la replacer dans le contexte plus large auquel font face les restaurateurs indépendants, au Québec comme ailleurs. Plusieurs facteurs pèsent sur ces entreprises : la hausse du coût des aliments et de l'énergie, la difficulté de recruter et de retenir du personnel, l'évolution des habitudes de consommation et la concurrence des chaînes et de la livraison. Ces pressions touchent les établissements de toute taille, mais elles frappent plus durement ceux qui n'ont ni les moyens d'un grand groupe ni la marge de manœuvre d'un franchisé.

À cela s'ajoute la question de la relève, souvent décisive. Beaucoup de commerces fondés il y a plusieurs décennies reposent sur la présence quotidienne d'un propriétaire-exploitant. Lorsque celui-ci veut passer à autre chose, ou ne peut plus assumer la charge de travail, trouver un repreneur prêt à reprendre à la fois le fonds de commerce, le bail et les habitudes d'une clientèle fidèle n'a rien d'évident. Dans le cas du Café Croissant, rien ne confirme que l'un ou l'autre de ces facteurs soit en cause, et il vaut mieux s'en tenir à ce qui est établi.

Ce que cela change pour la clientèle et le quartier

Pour les habitués, l'échéance est claire : il reste quelques semaines pour profiter une dernière fois de l'adresse. Pour le quartier, la question est celle de l'avenir du local. Un commerce qui ferme après quarante ans libère un emplacement central, mais aussi un bagage symbolique que le prochain occupant devra apprivoiser. Les propriétaires d'immeubles, la Ville et les organismes de développement commercial auront sans doute un rôle à jouer pour que le lieu retrouve vie.

Pour les employés, enfin, la fermeture représente des emplois à reclasser dans une période, la fin de l'année, qui est déjà chargée pour le secteur de la restauration. Les détails sur leur situation n'ont pas été rendus publics dans les sources consultées.

Un adieu qui en dit long

La fermeture d'un restaurant ne fait pas toujours la une, et c'est bien normal : les entreprises ouvrent et ferment chaque année. Mais certaines disparitions, parce qu'elles surviennent après des décennies de présence et qu'elles touchent une clientèle attachée, prennent valeur de signal. Elles rappellent que la vitalité d'un centre-ville ne se mesure pas seulement en projets d'envergure ou en investissements annoncés, mais aussi à la santé de ses petites adresses, celles où l'on se retrouve sans y penser.

À Chicoutimi, l'histoire du Café Croissant se terminera donc à la fin de l'année. Reste à savoir ce que le centre-ville en fera : un simple local à louer, ou l'occasion de repenser ce que l'on attend de ses commerces de proximité. Les prochaines semaines, avec les derniers services et les témoignages d'adieu, permettront peut-être d'en savoir davantage sur les motifs de cette fermeture et sur l'avenir du lieu. Nous suivrons le dossier.