Estrie

Centres de données à Sherbrooke : des citoyens réclament leur place dans le débat

Deux autres entreprises veulent s'ajouter au projet de Keel Infrastructure à Sherbrooke. Des opposants demandent d'être entendus avant que ces installations énergivores ne s'implantent en ville.

Centres de données à Sherbrooke : des citoyens réclament leur place dans le débat

À Sherbrooke, la question des centres de données a cessé d'être abstraite. Le projet de Keel Infrastructure, qui a ouvert le dossier, n'est plus seul : selon Radio-Canada, deux autres entreprises envisagent de convertir des bâtiments existants en installations de ce type. Parallèlement, des opposants font savoir qu'ils veulent avoir leur mot à dire avant que ces projets ne franchissent les étapes réglementaires. Le débat dépasse la simple question de zonage : il touche à la manière dont une ville de taille moyenne décide d'accueillir, ou non, une industrie qui consomme beaucoup d'électricité en employant relativement peu de personnes.

Ce que l'on sait des projets

Selon les informations rapportées par Radio-Canada, le projet de Keel Infrastructure n'est pas le seul à Sherbrooke. Deux autres entreprises ont manifesté l'intention de transformer des bâtiments en centres de données. Le reportage de la société d'État, qui évoque le thème de la cryptomonnaie dans l'adresse de son article, laisse entendre qu'une partie de ces projets pourrait être liée au minage de cryptoactifs, sans que l'on puisse, à partir des seuls éléments publics que nous avons recoupés, préciser la nature exacte de chacun des projets ni leur puissance électrique demandée.

Cette prudence s'impose. Le terme « centre de données » recouvre des réalités très différentes : des installations qui hébergent des serveurs d'entreprises ou des services infonuagiques, des sites dédiés à l'intelligence artificielle, et des fermes de minage de cryptomonnaie. Leur empreinte énergétique, leur bruit, leur chaleur dégagée et le nombre d'emplois qu'elles créent varient considérablement d'un type à l'autre. Tant que les promoteurs n'ont pas précisé leurs plans, les citoyens se prononcent en partie dans le flou, ce qui nourrit justement la demande de consultation.

Pourquoi des opposants se manifestent

Le fait que des opposants réclament « leur mot à dire » indique que le dossier avance plus vite, à leurs yeux, que la discussion publique. Dans ce genre de controverse, les inquiétudes reviennent généralement autour de quelques axes : la quantité d'électricité mobilisée, le bruit continu des systèmes de refroidissement, l'usage de bâtiments situés près de zones habitées, et le peu de retombées locales par rapport aux ressources consommées.

Il faut distinguer ce qui relève de l'inquiétude exprimée de ce qui est établi. À ce stade, rien dans les éléments que nous avons pu vérifier ne permet de chiffrer l'ampleur des nuisances ou de la consommation pour chaque site sherbrookois. Ce que l'on peut dire, c'est que la demande de participation citoyenne est légitime sur le plan démocratique : un changement d'usage d'un bâtiment, surtout lorsqu'il en multiplie la consommation d'énergie, peut avoir des effets bien réels sur un quartier.

Une mécanique qui se répète ailleurs

Sherbrooke n'est pas un cas isolé. Partout où l'électricité est abondante et son prix compétitif, les promoteurs de centres de données cherchent des sites, et les municipalités se retrouvent à arbitrer entre l'attrait économique et les contraintes locales. Les villes qui ont accueilli de telles installations ont souvent fait face aux mêmes questions : combien d'emplois permanents, quelle facture énergétique pour la collectivité, quelles obligations pour l'exploitant en matière de bruit et de rejets de chaleur.

Le débat est d'autant plus sensible que les centres de données consomment de l'énergie en continu, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et que leur croissance est portée par la demande mondiale en infonuagique et en intelligence artificielle. Chaque nouveau projet pose donc, à son échelle, la même question : à qui profite la ressource, et qui en assume les effets ?

Le rôle de la Ville et des processus de consultation

Dans un dossier comme celui-ci, la marge de manœuvre de la Ville dépend de ce que permet son règlement de zonage. Si l'usage projeté est déjà autorisé dans la zone, les citoyens ont peu de leviers formels : la consultation publique n'est obligatoire que dans certains cas, par exemple lorsqu'une modification réglementaire ou une dérogation est nécessaire. C'est précisément pour cette raison que des opposants se mobilisent tôt, avant que les décisions ne soient prises, afin de réclamer des séances d'information ou des consultations que la loi n'impose pas toujours.

Pour les élus municipaux, l'exercice est délicat. Refuser un projet peut priver la ville d'investissements et de revenus fonciers ; l'accepter sans débat peut miner la confiance des résidents. L'enjeu de fond est donc moins de dire oui ou non à l'industrie que de définir les conditions : transparence sur les besoins en énergie, engagements sur le bruit, étude d'impact accessible au public et mécanismes de suivi une fois les installations en service.

Ce qu'il faut surveiller

Plusieurs éléments détermineront la suite. D'abord, la précision des plans : tant que la nature des activités et la puissance demandée ne sont pas connues, le débat reste largement spéculatif. Ensuite, la position de la Ville de Sherbrooke et des instances concernées sur l'encadrement de ce type d'usage, notamment dans les secteurs voisins d'habitations. Enfin, la capacité des opposants à structurer leurs demandes, que ce soit par pétition, par prise de parole aux séances publiques ou par la mise en commun d'expertises techniques.

Le dossier est encore en mouvement, et les informations disponibles sont partielles. Ce qui est certain, c'est que la multiplication des projets à Sherbrooke force une discussion que la municipalité aurait sans doute préféré mener plus tard : celle de la place que la ville entend faire à une industrie très gourmande en ressources, et de la façon dont ses habitants seront associés à la décision.

En résumé

Trois entreprises, dont Keel Infrastructure, s'intéressent à la conversion de bâtiments sherbrookois en centres de données, et des opposants demandent à être entendus. Les faits établis sont minces ; les questions, elles, sont nombreuses. La suite dépendra de la transparence des promoteurs et de la volonté de la Ville d'ouvrir un véritable espace de discussion avant que les projets ne soient irréversibles.