Le départ anticipé de Christine Lagarde de la présidence de la Banque centrale européenne (BCE) met fin à un chapitre que The Globe and Mail qualifie de « largement réussi », à la tête d'une institution qu'elle n'était pas censée diriger. C'est ce paradoxe, celui d'une outsider devenue gardienne de la monnaie de vingt pays, qui donne à ce départ sa portée. Faute d'accès à une recherche complète, cet article s'en tient à ce que les repères disponibles permettent d'établir, et signale ce qui reste à confirmer.
Un départ qui interrompt le mandat
Selon le résumé publié par The Globe and Mail, la décision de Mme Lagarde de quitter ses fonctions plus tôt que prévu « met brusquement fin » à son passage à Francfort. Le terme est révélateur : il ne s'agit pas d'une fin de mandat attendue, avec transition préparée de longue date, mais d'une sortie qui prend les marchés et les chancelleries de court. Le quotidien canadien confie l'analyse de son héritage à son correspondant principal pour l'économie européenne, Francesco Canepa.
Les détails de l'annonce (date effective du départ, motifs invoqués, calendrier de la succession) ne figurent pas dans les éléments dont nous disposons. Il serait imprudent de les extrapoler. Ce qui est établi, c'est le fait central : la présidente quitte son poste avant le terme prévu, et la presse financière en tire déjà un bilan.
Pourquoi on la disait « outsider »
L'adjectif n'a rien d'anodin. Jusqu'à son arrivée à la BCE, la fonction avait été occupée par des profils ancrés dans la banque centrale ou la haute administration monétaire : des gouverneurs de banques centrales nationales, des économistes de la maison. Christine Lagarde venait d'ailleurs. Avocate de formation, ministre en France, elle avait ensuite dirigé le Fonds monétaire international, où elle s'était forgé une stature de diplomate de la finance plus que de technicienne du taux directeur.
Ce parcours explique le scepticisme initial. Un banquier central, dit-on, se juge à sa maîtrise des modèles, à sa compréhension fine de la transmission de la politique monétaire. Une présidente venue de la politique et du droit devait, selon ses détracteurs, prouver qu'elle pouvait tenir un comité de gouvernance où siègent des gouverneurs aux sensibilités très différentes, du Nord rigoriste au Sud endetté. Le fait que The Globe and Mail parle d'un mandat « largement réussi » suggère qu'elle a, pour l'essentiel, déjoué ces pronostics.
Diriger une banque centrale à plusieurs voix
Ce qui distingue la BCE des autres grandes banques centrales, c'est sa construction. Elle ne répond pas à un seul État, mais à une union monétaire dont les membres n'ont ni les mêmes dettes, ni les mêmes rythmes de croissance, ni les mêmes réflexes face à l'inflation. Présider un tel organe exige moins de dominer le débat technique que d'obtenir des compromis durables entre des cultures économiques opposées.
C'est là que le profil d'outsider a pu devenir un atout. L'art de la persuasion, l'habitude des enceintes internationales et la capacité de parler aux dirigeants politiques sans leur être inféodée sont des qualités que l'on associe volontiers à son passage au FMI. Reste à documenter, point par point, comment elles se sont traduites dans les décisions de politique monétaire. Cette démonstration relève de l'analyse détaillée de M. Canepa, que nous n'avons pas pu consulter dans son intégralité.
Un contexte économique mondial chargé
Le départ intervient dans un environnement que les autres repères du jour aident à situer, sans qu'il faille y chercher un lien de causalité avec la décision de Mme Lagarde. Aux États-Unis, selon Le Monde, le département du Commerce a fait état d'une croissance du produit intérieur brut de 3,4 % en rythme annuel au troisième trimestre, tandis que l'inflation grimpe à 3,6 %. Cette combinaison d'une économie qui accélère et de prix qui montent compliquerait la tâche de n'importe quelle banque centrale, et rappelle que la politique monétaire se joue aujourd'hui dans un paysage où les grands blocs ne marchent plus au même pas.
Du côté des marchés européens, Handelsblatt s'interroge sur la possibilité d'une remontée de fin d'année du DAX, l'indice phare de la Bourse allemande, après des mois passés dans une fourchette étroite. Le quotidien allemand note qu'une statistique importante venue de Wall Street ne cadre pas avec cet optimisme. Autrement dit, les investisseurs européens abordent cette période d'incertitude institutionnelle avec des signaux contradictoires.
Il faut toutefois rester prudent : rien dans ces éléments ne permet d'affirmer que le départ de Mme Lagarde a influencé, ou sera influencé par, ces chiffres américains ou ces mouvements boursiers. Ils décrivent le décor, non la cause.
La question de la succession
Un départ avant terme pose inévitablement la question du successeur. Qui prendra la relève, selon quel calendrier, et avec quel profil ? Les repères dont nous disposons ne répondent pas à ces interrogations, et nous nous refusons à avancer des noms que nous ne pourrions pas sourcer.
Ce que l'on peut dire, en revanche, c'est que l'enjeu dépasse la personne. La désignation d'un président de la BCE est un exercice d'équilibre entre capitales européennes, où nationalité, sensibilité économique et crédibilité auprès des marchés pèsent chacune dans la balance. Après une présidente atypique, la question est de savoir si l'institution reviendra à un profil plus classique de technicien de la monnaie, ou si elle poursuivra dans la voie d'une direction plus politique et diplomatique.
Ce qu'il faut retenir
- Christine Lagarde quitte la présidence de la BCE avant la fin de son mandat, selon The Globe and Mail.
- Le quotidien canadien dresse un bilan globalement positif d'un passage à la tête d'une institution qu'elle n'était pas attendue pour diriger.
- Son statut d'outsider, venue du droit, de la politique et du FMI plutôt que de la banque centrale, définit autant ses débuts difficiles que, vraisemblablement, ses réussites.
- Les motifs précis de son départ, le calendrier et la succession restent à établir à partir de sources complémentaires.
Dans les jours qui viennent, ce sont ces détails, plus que le fait lui-même, qui diront si cette sortie est un simple changement de personne ou le signe d'un tournant plus profond pour la monnaie européenne.
