Côte-Nord

Croisières sur la Côte-Nord : Baie-Comeau et Havre-Saint-Pierre signent une saison record

Le Port de Baie-Comeau et celui de Havre-Saint-Pierre connaissent une saison de croisières record. Un succès qui demande des infrastructures, des guides et des garde-fous pour les milieux naturels.

Croisières sur la Côte-Nord : Baie-Comeau et Havre-Saint-Pierre signent une saison record

Une saison qui fait date

À Baie-Comeau comme à Havre-Saint-Pierre, l'été 2026 restera dans les annales portuaires. Selon Radio-Canada, ces deux ports de la Côte-Nord connaissent cette année une saison de croisières record. L'information, brève dans sa formulation, mérite qu'on s'y arrête : elle touche deux communautés très différentes, séparées par plusieurs centaines de kilomètres de route, et elle dit quelque chose de la manière dont le golfe du Saint-Laurent s'est imposé comme une destination à part entière.

Une précision s'impose d'emblée. Le reportage de Radio-Canada établit le caractère record de la saison, mais les données détaillées sur lesquelles repose ce constat (nombre d'escales, de passagers, comparaison avec les années précédentes) ne sont pas reprises ici. Plutôt que d'avancer des chiffres que nous n'avons pas pu vérifier auprès des administrations portuaires, nous nous en tenons à ce qui est établi et à l'analyse de ce que ce type de record implique.

Deux ports, deux réalités

Baie-Comeau et Havre-Saint-Pierre ne jouent pas dans la même catégorie, et c'est justement ce qui rend leur performance simultanée intéressante.

Baie-Comeau est la ville la plus peuplée de la Côte-Nord. Elle dispose d'un port en eau profonde, d'une infrastructure industrielle bien établie et d'une offre de services urbains que les petites communautés de la région n'ont pas. Pour un navire de croisière, c'est une escale praticable : on peut y accueillir des visiteurs, organiser des excursions, assurer l'approvisionnement et les services de base.

Havre-Saint-Pierre, elle, est la porte d'entrée de l'archipel de Mingan. Son attrait tient moins à la ville qu'à ce qu'on trouve à proximité : des paysages côtiers singuliers, une nature que l'on vient chercher précisément parce qu'elle est peu aménagée. C'est un modèle de croisière d'exploration, où le voyageur cherche l'éloignement plutôt que le confort urbain.

Que ces deux modèles connaissent la même année une fréquentation record suggère que la demande ne se limite pas à un seul type d'expérience. Elle porte à la fois sur des escales accessibles et sur des destinations de nature plus isolées.

Pourquoi ce succès n'est pas anodin

Le tourisme de croisière a une particularité économique : il concentre, en quelques heures, un grand nombre de visiteurs dans une communauté qui doit être prête à les recevoir. Une escale réussie suppose des guides, des transporteurs locaux, des commerçants disposés à ouvrir et des sites capables d'absorber le flux sans se dégrader. Un record signifie donc que cette chaîne a tenu, au moins cette saison.

Les retombées possibles sont connues dans leur principe : dépenses des passagers, emplois saisonniers, activité pour les artisans et les restaurateurs. Leur ampleur réelle, en revanche, varie beaucoup d'un port à l'autre. Dans plusieurs destinations du monde, on a observé que les passagers de croisière dépensent moins, en moyenne, que les voyageurs qui séjournent sur place, parce que leur temps à terre est limité et que le navire leur fournit déjà le gîte et le couvert. Tout l'enjeu, pour une petite communauté, est de transformer un passage de quelques heures en véritable valeur locale.

C'est là que la question de la durabilité se pose. Un record est une bonne nouvelle quand il s'accompagne d'une capacité d'accueil adaptée. Il devient une source de tension quand la fréquentation dépasse ce que les milieux naturels ou les services municipaux peuvent soutenir. Le cas de Havre-Saint-Pierre, dont l'attrait repose sur des espaces naturels fragiles, illustre bien ce dilemme : plus la destination attire, plus il faut en encadrer l'accès pour préserver ce qui la rend attirante.

Un contexte régional où l'infrastructure fait débat

Ce succès touristique survient dans une région où les questions d'infrastructures et d'aménagement du territoire sont au cœur de l'actualité. Radio-Canada rapporte que le maire de Tadoussac déplore l'absence de décret ministériel et de confirmation du financement pour le futur Parc national des Dunes-de-Tadoussac. Le même média relate par ailleurs qu'un comité d'experts estime que le pont sur le Saguenay ne devrait pas être la priorité, et que « la priorité absolue devrait être accordée au maintien des actifs existants ».

Ces dossiers n'ont pas de lien direct avec les escales de croisière de Baie-Comeau et de Havre-Saint-Pierre, et il serait abusif de les présenter comme un seul et même enjeu. Ils composent néanmoins une toile de fond cohérente : la Côte-Nord attire, mais ses équipements, qu'il s'agisse de liens routiers, de parcs ou de quais, dépendent de décisions et de financements qui se font parfois attendre. Un record de fréquentation renforce l'argument de ceux qui réclament des investissements, sans pour autant garantir qu'ils viendront.

Ce qu'il faudra surveiller

Quelques questions méritent d'être posées au-delà du constat de la saison record.

La répétition. Un record peut être le signe d'une tendance de fond ou le résultat d'un calendrier particulièrement chargé. Les ports concernés ne pourront en juger qu'en examinant les réservations des prochaines saisons, que les compagnies maritimes établissent généralement longtemps à l'avance.

La capacité d'accueil. Les quais, les services de transport local et les sites visités ont des limites. Si la croissance se poursuit, les communautés devront décider jusqu'où elles souhaitent aller, et selon quelles règles.

La répartition des bénéfices. Un record n'est utile à une collectivité que s'il se traduit en revenus durables pour les entreprises et les travailleurs locaux. C'est à cette aune, plus qu'au nombre de navires, que le succès devrait se mesurer.

La protection des milieux. Pour des destinations dont le principal atout est la nature, la croissance du tourisme doit s'accompagner d'une gestion attentive des sites. Le débat sur la création du Parc national des Dunes-de-Tadoussac montre à quel point la conservation et l'accueil des visiteurs sont deux faces d'un même enjeu sur ce littoral.

Le point

La saison record de Baie-Comeau et de Havre-Saint-Pierre confirme que la Côte-Nord a une carte à jouer dans le marché des croisières du Saint-Laurent. Elle montre aussi qu'un tel succès ne se suffit pas à lui-même : il met à l'épreuve la capacité des communautés à accueillir, à encadrer et à tirer un bénéfice réel de cet afflux. D'ici là, les chiffres précis de la saison, que les administrations portuaires finiront par publier, permettront de mesurer l'ampleur exacte du record et de voir si la dynamique est durable.