Sur le papier, la Nouvelle-Zélande fait bonne figure. Les comparaisons internationales de l'enseignement supérieur, qui classent les pays selon la part de leur population adulte détentrice d'un diplôme postsecondaire, lui accordent une note de passage. Mais, comme le relève The Conversation dans son analyse, cette bonne note ne dit pas tout : elle repose largement sur les qualifications que des migrants ont acquises ailleurs, tandis qu'une proportion moindre de jeunes élevés dans le pays poursuit des études supérieures.
Un indicateur qui compte tout le monde, sans distinction d'origine
Les rapports mondiaux sur l'éducation s'appuient en général sur un indicateur simple : la proportion d'adultes, souvent âgés de 25 à 64 ans ou de 25 à 34 ans, ayant obtenu un diplôme de niveau tertiaire. Cet indicateur est commode pour comparer des pays très différents. Il a pourtant une limite connue : il photographie un stock de diplômés présents sur le territoire, sans préciser où ni quand ils ont été formés.
À cet égard, la Nouvelle-Zélande illustre bien le problème. Pays d'immigration, elle accueille depuis des décennies des travailleurs qualifiés, notamment par ses filières d'immigration économique, qui favorisent les candidats déjà titulaires de diplômes. Ces arrivants font mécaniquement grimper la proportion de personnes diplômées dans la population. L'indicateur s'améliore, sans que le système éducatif néo-zélandais y soit pour grand-chose.
Deux lectures d'un même chiffre
La première lecture est celle du rapport : le pays dispose d'une main-d'œuvre bien qualifiée, ce qui est un atout économique réel. Un diplôme obtenu à l'étranger et mis au service de l'économie locale n'a rien de fictif.
La seconde est celle que met de l'avant The Conversation : si le chiffre global rassure, il peut aussi masquer une érosion de la participation des jeunes du pays aux études supérieures. Selon le chapô de l'article, moins de jeunes élevés en Nouvelle-Zélande poursuivent des études tertiaires. Un pays qui compterait sur l'importation de compétences pour compenser un recul de la formation locale s'exposerait à une double fragilité : une dépendance à l'égard des flux migratoires, qui varient selon les politiques et la conjoncture, et un risque d'inégalités entre ceux qui accèdent aux études et ceux qui n'y accèdent pas.
Je ne dispose pas ici des données détaillées de l'analyse (taux de participation par tranche d'âge, parts respectives des diplômés formés au pays et à l'étranger). Je m'en tiens donc à la thèse centrale qu'elle expose, sans la chiffrer.
Pourquoi cette distinction compte
Plusieurs raisons font que l'origine des diplômes importe autant que leur nombre.
La durabilité. Un système qui dépend de l'arrivée de diplômés étrangers est tributaire de facteurs qu'il ne contrôle pas entièrement : règles d'immigration, attractivité relative face à d'autres destinations, départs de Néo-Zélandais vers l'étranger, notamment vers l'Australie voisine, qui est une destination traditionnelle.
L'équité des chances. Si les jeunes issus du pays accèdent moins aux études, la question se pose de savoir lesquels. Les obstacles habituels sont les coûts, l'éloignement géographique, les parcours scolaires antérieurs et la perception de la valeur du diplôme sur le marché du travail. Une moyenne nationale flatteuse peut cacher des écarts entre groupes de population.
La reconnaissance des qualifications. Les migrants diplômés n'occupent pas toujours des emplois à la hauteur de leur formation. Compter leurs diplômes dans les statistiques sans s'assurer qu'ils sont pleinement utilisés revient à surestimer le capital humain réellement mobilisé.
Un problème qui dépasse la Nouvelle-Zélande
Le cas néo-zélandais est particulièrement net parce que le pays est petit, ouvert et très orienté vers l'immigration qualifiée. Mais la mécanique est générale. Tout pays qui reçoit beaucoup de migrants diplômés voit ses statistiques de scolarisation gonflées par un effet de composition. Et les classements internationaux, qui privilégient des indicateurs agrégés faciles à comparer, ont tendance à lisser ces nuances.
La leçon méthodologique est utile pour quiconque lit un classement : un bon score sur le stock de diplômés ne renseigne ni sur la santé de la filière de formation, ni sur la trajectoire des cohortes les plus jeunes. Pour juger de la vitalité d'un système éducatif, il faut regarder les flux, c'est-à-dire qui entre aux études, qui les termine et dans quelles conditions, et pas seulement le stock accumulé.
Ce qu'il faut surveiller
Pour que la note de passage ne devienne pas un faux sentiment de sécurité, quelques indicateurs méritent d'être suivis de près : la participation des jeunes de 18 à 24 ans aux études supérieures, la répartition des diplômés selon le lieu de formation, les taux d'achèvement des programmes et l'adéquation entre les diplômes détenus et les emplois occupés. Ce sont ces données, plus fines que le chiffre global, qui diront si l'enseignement supérieur néo-zélandais est réellement en bonne santé ou s'il tient grâce à l'apport d'autres systèmes éducatifs.
En somme, le rapport mondial n'a pas tort de souligner un résultat positif, mais il n'en raconte qu'une partie. L'autre côté de la médaille, celui des jeunes qui ne poursuivent pas leurs études, est précisément ce que l'analyse de The Conversation invite à regarder.
