Politique

Israël : à une semaine du scrutin, l'appui de Trump à Netanyahu divise plus qu'il ne rassure

Donald Trump a apporté son « soutien plein et entier » à Benjamin Netanyahu à une semaine des législatives du 27 octobre. Un appui dont l'effet reste incertain, dans une campagne serrée et déjà marquée par un dérapage aux relents racistes.

Israël : à une semaine du scrutin, l'appui de Trump à Netanyahu divise plus qu'il ne rassure

Le président américain a tranché, mais l'électeur israélien n'a rien demandé. Dimanche 18 octobre, Donald Trump a apporté son « soutien plein et entier » à Benjamin Netanyahu, à neuf jours seulement, selon les dépêches, de la tenue des législatives du 27 octobre. Reste une question que les commentateurs posent déjà : cet appui, spectaculaire sur la scène internationale, sert-il vraiment le Premier ministre israélien dans une campagne qui s'annonce serrée ?

Un appui public, au moment le plus sensible

Selon France 24, c'est dimanche que le président américain a formulé son appui au chef du gouvernement israélien. TVA Nouvelles rapporte la même déclaration, traduite par un « soutien total ». Le geste n'a rien d'anodin : un chef d'État étranger qui prend publiquement parti à quelques jours d'un scrutin intervient, de fait, dans la campagne d'un allié.

Le procédé n'est pas nouveau dans la relation entre les deux hommes. Donald Trump et Benjamin Netanyahu ont longtemps cultivé une proximité affichée, et les années de la première présidence Trump avaient été célébrées en Israël comme une période de convergence sans précédent. Mais le contexte d'aujourd'hui est différent. Selon la version anglophone de France 24, il n'est pas certain que l'appui pèse sur le choix des électeurs, car de nombreux Israéliens ont exprimé leur déception envers Donald Trump après l'issue de la guerre contre l'Iran et à la suite de sa proposition de cessez-le-feu.

Autrement dit, ce qui fut longtemps un atout pourrait devenir, pour une partie de l'électorat, un sujet de réserve. Les dépêches consultées ne chiffrent pas cet effet, et il serait imprudent de prétendre le mesurer. Les sondages feront foi, et surtout les urnes.

Eisenkot : « Seuls les Israéliens choisissent »

Face à cette intervention, le principal rival du Premier ministre, Gadi Eisenkot, a répliqué en rappelant que seuls les Israéliens peuvent choisir leur dirigeant, indique France 24. La réponse est mesurée mais calculée : elle permet à l'ancien chef d'état-major de se présenter en défenseur de la souveraineté électorale, sans attaquer frontalement un partenaire stratégique dont Israël dépend pour sa sécurité.

Ce positionnement illustre le dilemme de l'opposition israélienne. Critiquer Washington revient à prendre le risque d'apparaître comme un fauteur de brouille avec le principal allié du pays. Se taire revient à laisser le Premier ministre capitaliser sur une image de dirigeant privilégié de la Maison-Blanche. Gadi Eisenkot choisit une voie médiane : rappeler le principe, éviter la polémique de fond.

Le scrutin lui-même s'annonce serré, selon France 24, ce qui donne à chaque événement de fin de campagne un poids disproportionné. Dans un système proportionnel où quelques sièges peuvent décider de la capacité à former une coalition, les marges de manœuvre sont étroites.

Une campagne déjà crispée par un dérapage

L'appui américain n'est pas le seul épisode qui agite les derniers jours. Selon RFI, la campagne a été marquée samedi 17 octobre au soir par un vif dérapage aux relents racistes. Yinon Magal, éditorialiste vedette de la chaîne Channel 14, réputée proche du Premier ministre, a traité en direct Gadi Eisenkot de « singe ». L'adversaire de Benjamin Netanyahu est d'origine marocaine, et l'insulte, relève RFI, ravive la fracture communautaire entre juifs séfarades et ashkénazes.

Cette fracture est ancienne. Les juifs originaires du monde arabe et du bassin méditerranéen, arrivés massivement en Israël dans les premières décennies de l'État, ont longtemps dénoncé un traitement inégal par l'establishment d'origine européenne. Cette mémoire a fortement structuré le vote : une partie de l'électorat séfarade a historiquement soutenu le Likoud, au point de faire de ce parti son porte-voix face à l'ancienne élite travailliste. Qu'un rival d'origine marocaine soit visé par un propos de cette nature, dans un média identifié comme pro-Netanyahu, touche donc à un nerf politique et identitaire sensible.

Les dépêches consultées ne permettent pas de dire quelles suites seront données à cet épisode, ni si la chaîne ou son éditorialiste ont réagi. On peut en revanche constater que la séquence se déroule au pire moment pour le camp du Premier ministre : à la veille d'un scrutin où il s'agit de mobiliser sans braquer.

Ce que le scrutin met réellement en jeu

Derrière la mécanique électorale, l'enjeu est celui de la direction du pays après la guerre contre l'Iran, dont l'issue, selon France 24, a nourri la déception d'une partie des Israéliens. Le scrutin est donc aussi un jugement rétrospectif sur la conduite du conflit et sur la relation avec Washington, dont le cessez-le-feu proposé par Donald Trump a été reçu avec réserve par certains.

Benjamin Netanyahu, décrit par France 24 en anglais comme un Premier ministre « embattled », c'est-à-dire en difficulté, joue donc sur plusieurs tableaux. Il cherche à convertir la proximité avec le président américain en gage de sécurité, tout en évitant que cette même proximité ne rappelle aux électeurs les points de désaccord ou de frustration liés à l'issue de la guerre. L'équilibre est délicat, et l'appui de Donald Trump, loin d'être un simple cadeau, expose le Premier ministre à une lecture à double tranchant.

Pour Gadi Eisenkot, l'enjeu est inverse : capter l'électorat déçu sans paraître hostile à l'alliance américaine, et profiter du dérapage de Channel 14 pour ressouder un électorat sensible aux questions d'égalité entre communautés.

Une ingérence assumée, un effet incertain

On retiendra de cette séquence trois éléments. D'abord, l'intervention du président américain relève d'une pratique assumée : afficher publiquement une préférence pour un dirigeant étranger à quelques jours d'un vote. Ensuite, l'efficacité de ce type d'appui dépend de l'état de l'opinion dans le pays concerné, et rien, dans les informations disponibles, ne garantit qu'il serve ici son bénéficiaire. Enfin, la campagne israélienne se crispe sur des lignes de fracture identitaires que l'affaire Magal a remises à vif.

Les prochains jours diront si l'appui de Donald Trump redonne de l'élan au Premier ministre ou s'il nourrit le récit de ses adversaires sur une ingérence extérieure. Dans un scrutin annoncé serré, la réponse tiendra sans doute à quelques milliers de voix, et à la capacité de chaque camp de mobiliser ses électeurs jusqu'au 27 octobre.