Bas-Saint-Laurent

Le Mouton Noir de Rimouski cherche un second souffle auprès de ses anciens collaborateurs

Le conseil d'administration du journal Le Mouton Noir, en difficulté financière, forme un comité de relance avec d'anciens collaborateurs. Une démarche qui dit beaucoup de la fragilité des médias indépendants en région.

Le Mouton Noir de Rimouski cherche un second souffle auprès de ses anciens collaborateurs

Quand un journal local annonce qu'il a besoin d'aide, c'est rarement un simple accident de parcours. À Rimouski, le conseil d'administration du journal Le Mouton Noir, qui éprouve des difficultés financières, a décidé de ne pas affronter seul la situation : d'anciens collaborateurs viendront le soutenir au sein d'un comité de relance, a rapporté Radio-Canada. L'information, brève en apparence, ouvre pourtant un dossier de fond sur la manière dont une région de moins de 200 000 habitants peut, ou non, garder une presse indépendante vivante.

Ce que l'on sait, et ce que l'on ignore encore

Les faits connus sont minces, et il vaut mieux le dire d'emblée. Selon Radio-Canada, Le Mouton Noir traverse une période financière difficile. Son conseil d'administration, qui gouverne la publication, a choisi de s'entourer d'anciens collaborateurs pour tenter d'en assurer la survie. Le mot « relance » est révélateur : il suppose que le journal n'est pas seulement menacé, mais qu'il a déjà perdu de l'élan.

Ce que les informations disponibles ne précisent pas, en revanche, mérite d'être signalé. Nous ne connaissons ni l'ampleur du déficit, ni le calendrier du comité, ni la nature exacte des solutions envisagées : financement participatif, nouveaux abonnements, recherche de subventions, révision du modèle de diffusion ou refonte de l'équipe. Aucune échéance publique n'a été communiquée à ce stade. Toute lecture plus détaillée relèverait de la spéculation, et nous nous en abstiendrons.

Un modèle de gouvernance qui explique la démarche

Le fait que ce soit un conseil d'administration, et non un propriétaire unique, qui sonne l'alarme est instructif. Ce type de structure est courant dans les médias communautaires et indépendants, où l'on ne cherche pas d'abord le profit mais la continuité d'un service d'information et d'expression locale. Le conseil porte alors une responsabilité à la fois morale et financière : il ne peut compter ni sur un actionnaire fortuné ni sur une grande entreprise pour combler les trous.

Faire appel à d'anciens collaborateurs répond à une logique pragmatique. Ces personnes connaissent la mémoire du journal, ses lecteurs, ses annonceurs, ses réseaux. Elles peuvent offrir du temps, des contacts et une légitimité que des consultants externes n'auraient pas. Elles peuvent aussi, c'est une réalité du bénévolat, s'épuiser vite. Un comité de relance fondé sur la bonne volonté ne remplace pas un modèle d'affaires, et c'est probablement là que se jouera la suite.

Pourquoi un petit journal pèse lourd dans une région

On pourrait croire qu'un journal en difficulté n'est qu'un enjeu de commerce culturel. L'actualité récente du Bas-Saint-Laurent rappelle le contraire. Dans la seule dernière semaine, les médias de la région ont couvert des sujets dont l'importance civique est évidente.

À Rivière-du-Loup, un double meurtre par arme à feu, survenu dans le stationnement d'un restaurant, a poussé la Sûreté du Québec à intensifier sa présence, comme l'ont relaté Mon Témiscouata et Infodimanche, qui rapportent que la police reconnaît des effets sur le sentiment de sécurité de la population. Le Journal Le Soir a de son côté suivi la remise en liberté d'un des cinq individus arrêtés après une agression survenue à Saint-Gabriel-de-Rimouski, dans la nuit du 4 au 5 octobre. Ce sont des dossiers où l'on a besoin de journalistes capables de se rendre sur place, de poser des questions aux autorités et de rendre des comptes aux citoyens inquiets.

Le Journal l'Horizon, pour sa part, rapportait que la MRC de La Mitis cherchait encore environ 750 réponses à ses sondages sur les besoins des familles et des personnes aînées, avant la clôture du 31 octobre. Là encore, la circulation de l'information locale conditionne la participation démocratique : un sondage municipal dont personne n'entend parler reste vide. Les mêmes pages relayaient aussi des activités culturelles et communautaires, du programme consacré à la culture manga à Rimouski, organisé par le Salon du livre en collaboration avec Paraloeil, à la bière artisanale lancée pour les 40 ans du Centre de prévention suicide du KRTB.

Cette diversité est précisément ce qu'une région perd quand un titre disparaît. Les grandes plateformes numériques et les médias nationaux couvrent peu ces réalités. Une assemblée de conseil, un événement culturel, un avis municipal ne font pas les manchettes ailleurs. Quand le tissu des médias locaux s'effiloche, ce sont les petites choses, mais aussi les grandes, qui passent sous le radar.

Une fragilité qui dépasse un seul titre

Le cas du Mouton Noir n'est pas isolé, et il serait trompeur de le présenter comme un accident local. La presse indépendante et régionale fait face à des pressions bien connues : la migration des revenus publicitaires vers les grandes plateformes, la hausse des coûts d'impression et de distribution, la difficulté de convaincre le public de payer pour une information qu'il croit gratuite. Ces tendances touchent la presse écrite dans bien des pays, et les petites équipes, avec peu de marge de manœuvre, y sont particulièrement exposées.

Dans ce contexte, un comité de relance est à la fois un signe de vitalité et un aveu de vulnérabilité. De vitalité, parce que des gens se mobilisent et que le journal garde un capital de sympathie. De vulnérabilité, parce qu'on en est rendu à solliciter de l'aide extérieure pour éviter la fermeture. L'enjeu n'est pas de savoir si la bonne volonté existe, mais si elle peut se transformer en revenus stables.

Les pistes réalistes, et leurs limites

Sans prétendre connaître le plan du comité, on peut rappeler les leviers généralement à la disposition de ce type de média. Aucun n'est miraculeux.

Le premier est la relation directe avec le lectorat : abonnements, dons récurrents, adhésion comme membre soutien. C'est souvent la voie la plus durable, mais elle exige de démontrer une valeur que les lecteurs sont prêts à payer. Le deuxième est la publicité locale, dont les commerçants de la région restent un bassin naturel, quoique réduit. Le troisième est le soutien public ou philanthropique, sous forme de programmes d'aide aux médias ou de fondations, qui comporte des conditions d'admissibilité et des délais. Le quatrième est la mutualisation : partager des services, des contenus ou des outils avec d'autres médias de la région pour réduire les coûts.

Chacune de ces pistes demande du temps, de l'organisation et des compétences en gestion que les anciens collaborateurs, souvent des gens de contenu, ne possèdent pas toujours. C'est pourquoi la composition réelle du comité sera déterminante : y trouvera-t-on des profils de finance, de vente, de communication, en plus des plumes d'hier ?

Ce qu'il faudra surveiller

Plusieurs questions concrètes détermineront si cette relance prend forme. Le comité rendra-t-il publics ses objectifs et son échéancier ? Le journal présentera-t-il un état de situation transparent à ses lecteurs, condition souvent essentielle pour obtenir leur appui ? Les annonceurs et les institutions de la région répondront-ils à l'appel ? Et surtout, le journal continuera-t-il de paraître pendant que l'on travaille à le sauver, ou faudra-t-il une pause pour se réorganiser ?

Le public, lui, a un rôle à jouer. L'attachement à un journal local se mesure moins aux messages de sympathie qu'à des gestes précis : s'abonner, annoncer, partager, contribuer. Les semaines à venir diront si cette sympathie est suffisante.

Une question de mémoire collective

Au-delà des chiffres, un journal régional conserve une mémoire. Il documente les élections locales, les fermetures d'usines, les victoires sportives, les décès qui marquent une communauté. Dans les derniers jours seulement, la presse de la région a salué la mémoire d'un homme de théâtre du Témiscouata, rapporté la vente aux enchères de deux églises à Rivière-du-Loup et souligné l'exploit d'une coureuse partie de Longueuil pour rejoindre Saint-Alexandre-de-Kamouraska. Ce sont des fragments d'histoire que personne d'autre ne consignerait.

C'est pourquoi la démarche engagée à Rimouski mérite d'être suivie avec attention, sans triomphalisme ni fatalisme. Elle pose, à l'échelle d'une région, une question que bien des communautés se posent : à qui revient la responsabilité de garder l'information locale vivante ? Aux lecteurs, aux pouvoirs publics, aux entreprises, aux journalistes eux-mêmes ? La réponse, probablement, est à tous un peu. Le comité de relance du Mouton Noir est une première tentative concrète de répondre, et son sort sera observé bien au-delà de Rimouski.