Le pouvoir du maire de Lévis, Steven Blaney, vient de se fragiliser. Lundi, le conseiller municipal du secteur de Saint-Jean, Alain Quirion, a annoncé qu'il quittait Prospérité Lévis, la formation que dirige le maire. Selon Ma Beauce, qui a rapporté la nouvelle, il s'agit du deuxième départ en peu de temps : la conseillère de Saint-Romuald, Anick Tremblay, avait elle aussi rompu avec le parti auparavant. Conséquence directe : le maire ne dispose plus de la majorité au conseil municipal.
À l'heure où nous écrivons ces lignes, les détails de ces ruptures restent partiels. Les motifs précis avancés par les deux élus, la composition exacte du conseil après ces départs et la façon dont chacun siégera désormais ne figurent pas dans les éléments que nous avons pu vérifier. Cet article s'en tient donc à ce qui est établi et à ce que ce genre de situation change, en général, dans le fonctionnement d'une municipalité.
Ce qui s'est passé
Le fait central est simple. Prospérité Lévis, le parti qui a porté Steven Blaney à la mairie, a perdu deux élus en cours de mandat. Le premier départ, celui d'Anick Tremblay, représentait déjà un signal. Le second, celui d'Alain Quirion, fait basculer l'arithmétique du conseil : la formation du maire ne compte plus assez de sièges pour faire adopter seule ses décisions.
Il faut préciser ce que cela signifie et ce que cela ne signifie pas. Perdre sa majorité ne met pas fin au mandat du maire. Steven Blaney demeure maire de Lévis, et le conseil continue de siéger. Les deux élus qui quittent le parti demeurent, eux aussi, conseillers municipaux. Ils ne démissionnent pas de leur poste : ils changent de statut, passant de membres d'une formation à élus indépendants, à moins qu'ils ne s'associent autrement, ce que rien ne permet d'affirmer pour l'instant.
Pourquoi c'est important
Dans une ville de la taille de Lévis, troisième agglomération de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches par sa population, le conseil municipal décide du budget, du zonage, des grands projets d'infrastructures et du transport collectif. Quand un maire dispose d'une majorité solide, il peut faire avancer son programme avec un minimum de négociations. Quand cette majorité disparaît, chaque vote important devient un exercice de persuasion.
C'est ce qui change concrètement. Un dossier qui aurait été adopté d'office devra désormais recueillir l'appui d'au moins un ou plusieurs élus extérieurs à la formation du maire. Cela peut ralentir certaines décisions, mais cela peut aussi, selon le point de vue, donner plus de poids au débat public et aux conseillers qui, jusque-là, votaient en bloc avec leur parti.
Pour les citoyens, l'enjeu n'est pas théorique. Les priorités de la Ville se jouent sur des sujets très concrets : entretien des routes, aménagements urbains, déneigement, circulation. À titre d'exemple de ces décisions du quotidien, Ma Beauce rapportait le même jour la fermeture, pour une à deux semaines, d'un tronçon du parcours utilitaire du boulevard Guillaume-Couture, dans le secteur Saint-Romuald, afin de planter 139 arbres entre la rue Taniata et la rue des Trappistines. Ce type de projet relève de l'administration courante et se poursuit normalement, mais il illustre le genre de dossiers que le conseil devra continuer de trancher dans un contexte politique plus incertain.
Un parti municipal sous tension
Les partis municipaux sont une particularité du paysage politique québécois. Contrairement à la politique provinciale ou fédérale, où la discipline de parti est solidement encadrée, les formations municipales sont souvent des regroupements plus souples, bâtis autour d'un chef, en général le candidat à la mairie, et d'une équipe de candidats aux postes de conseillers. Cette souplesse rend les ruptures plus fréquentes et moins coûteuses : un élu qui quitte son parti garde son siège, puisqu'il a été élu par les électeurs de son district.
Ce mécanisme explique pourquoi deux départs successifs suffisent à renverser un rapport de force sans déclencher d'élection. Les électeurs de Saint-Jean et de Saint-Romuald ont choisi leur conseiller ou leur conseillère en 2021 ; ces élus continuent de les représenter, mais sans l'étiquette sous laquelle ils avaient été portés au pouvoir. C'est une situation légale, mais elle pose une question politique : jusqu'où un mandat reçu au nom d'un programme demeure-t-il lié à ce programme lorsque l'élu s'en détache ?
Les motivations des deux conseillers restent, pour l'instant, à documenter. Désaccord sur une orientation, tension interne, divergence sur un dossier de quartier : plusieurs explications sont possibles, et aucune ne peut être avancée comme établie sans déclaration publique des principaux intéressés. Il serait imprudent de leur prêter des intentions.
Ce qui pourrait changer
Trois scénarios se dessinent, sans qu'on puisse dire lequel l'emportera.
Le premier est celui de la recomposition : le maire négocie avec des conseillers indépendants, y compris les deux ex-membres de son parti, pour reconstruire une majorité fonctionnelle, projet par projet. C'est la voie la plus classique en politique municipale, où les alliances se font et se défont selon les dossiers.
Le deuxième est celui de l'affrontement : une opposition élargie, composée d'élus des anciens partis adverses et de dissidents, cherche à faire échec à certaines orientations du maire ou à lui imposer des compromis. Dans ce cas, les séances du conseil risquent d'être plus disputées.
Le troisième est celui de l'enlisement, où les blocages répétés ralentissent l'administration. Les municipalités disposent toutefois de leur appareil administratif, qui assure la continuité des services même lorsque le débat politique s'envenime.
Dans tous les cas, la politique lévisienne entre dans une phase où le maire devra convaincre davantage et imposer moins. Pour Steven Blaney, ancien ministre fédéral devenu maire, l'exercice demande une autre manière de gouverner que celle d'une majorité acquise.
Ce qu'il faut surveiller
Plusieurs éléments permettront de mesurer la portée réelle de ces départs. D'abord, la prochaine séance du conseil : les votes sur les dossiers contestés diront si la majorité perdue est réellement introuvable ou simplement à reconstruire. Ensuite, les déclarations publiques d'Alain Quirion et d'Anick Tremblay, qui préciseront leurs raisons et leurs intentions, notamment leur éventuelle volonté de se regrouper. Enfin, la réaction du maire et du reste de son équipe, qui indiquera s'il choisit la conciliation ou la fermeté.
Une autre inconnue tient à la suite : d'autres départs sont-ils à prévoir ? Deux défections en peu de temps peuvent être des cas isolés ou le début d'un mouvement. Ma Beauce, qui suit le dossier, n'a pas fait état d'autres départs imminents, et il serait hasardeux d'en présupposer.
En bref
Le maire de Lévis est toujours en poste, mais il gouverne désormais sans la sécurité d'une majorité au conseil. Le départ d'Alain Quirion, après celui d'Anick Tremblay, ne provoque pas de crise institutionnelle, mais il modifie la façon dont se prendront les décisions dans une ville de plus de 150 000 habitants. La suite dépendra moins des étiquettes que de la capacité du maire et des élus à s'entendre sur les dossiers concrets qui touchent la vie des Lévisiens. Les prochaines séances du conseil seront, à cet égard, un premier test.
