Exploration spatiale

MMX : le Japon s'élance vers Phobos pour tenter un premier aller-retour martien

La sonde japonaise MMX doit décoller le 19 octobre vers Phobos et Deimos. Objectif : rapporter au moins 10 grammes de matière en 2031 et trancher l'énigme de l'origine des lunes de Mars.

MMX : le Japon s'élance vers Phobos pour tenter un premier aller-retour martien

Si tout se déroule comme prévu, la sonde Martian Moons eXploration (MMX) de l'Agence japonaise d'exploration aérospatiale (JAXA) quittera la Terre le 19 octobre depuis la base de Tanegashima, à bord d'un lanceur H3. Selon le quotidien suisse Le Temps, elle vise Phobos et Deimos, les deux petites lunes de Mars, et doit revenir en 2031 avec au moins 10 grammes de matière. Ce serait le premier aller-retour jamais réalisé dans la région martienne. L'enjeu n'est pas seulement technique : il touche à l'une des grandes questions de la planétologie, celle de la naissance de ces deux satellites, et, au-delà, à la manière dont se forment les mondes rocheux.

Un lancement fixé, une mission longuement préparée

La JAXA a publié, le 18 octobre, un communiqué précisant l'heure de lancement de MMX pour le vol no 10 du lanceur H3. Le rendez-vous est donc pris, sous réserve des aléas habituels de ce type d'opération, qu'il s'agisse de la météo ou d'un contretemps technique de dernière minute.

Le South China Morning Post décrit une mission menée en collaboration avec les agences spatiales américaine et européenne, ainsi qu'avec de nombreuses universités et entreprises technologiques. Le quotidien de Hong Kong souligne le caractère inédit de l'entreprise : un voyage aller-retour vers la région martienne, qui pourrait contribuer à éclairer les origines du système solaire et, plus largement, celles de la vie sur Terre. Cette dernière ambition relève de l'hypothèse scientifique : les échantillons ne diront pas, à eux seuls, comment la vie est apparue, mais ils peuvent apporter des pièces à un puzzle plus vaste.

Phobos et Deimos : deux lunes, une énigme

Pourquoi s'intéresser à ces deux petits corps irréguliers, bien plus modestes que notre Lune? Parce que personne ne sait d'où ils viennent. Le magazine allemand Der Spiegel résume le débat : Phobos est-il un fragment arraché à Mars ou un astéroïde capturé par sa gravité? Deux familles d'explications s'affrontent depuis des décennies.

La première veut que les lunes soient des astéroïdes passés trop près de Mars et piégés par son champ gravitationnel. Leur composition devrait alors ressembler à celle de petits corps primitifs du système solaire. La seconde suppose qu'un impact géant a projeté de la matière martienne en orbite, matière qui se serait ensuite rassemblée pour former les satellites. Dans ce cas, les échantillons porteraient l'empreinte de la croûte ou du manteau de Mars.

Le Temps évoque pour sa part une fenêtre permettant de préciser les scénarios de formation des planètes. L'idée est qu'une réponse sur Phobos éclairerait aussi la manière dont les planètes rocheuses de notre voisinage ont acquis leurs satellites, et dans quelles conditions chimiques elles se sont construites.

Ce que la sonde doit rapporter

L'objectif affiché est de revenir en 2031 avec au moins 10 grammes de matière. La quantité peut sembler minuscule, mais les missions de retour d'échantillons sur de petits corps en ont montré la valeur : quelques grammes de poussière, analysés dans des laboratoires du monde entier avec des instruments impossibles à embarquer, peuvent nourrir des années de recherche.

C'est aussi là que la mission se distingue d'autres projets plus médiatisés. Les échantillons de la surface de Mars elle-même, collectés par le rover Perseverance de la NASA, restent pour l'instant sur place, leur rapatriement étant suspendu à des arbitrages budgétaires et techniques que je ne détaille pas ici faute de source vérifiée dans ce dossier. MMX, en visant les lunes plutôt que la planète, emprunte un chemin plus modeste en apparence, mais dont la faisabilité est plus immédiate.

Un robot roulant pour poser les questions sur place

Le reportage de Der Spiegel s'attarde sur un détail révélateur : l'équipe européano-japonaise compte sur un petit véhicule robotisé pour explorer la surface de Phobos. Le magazine s'est rendu sur le parcours d'essai où ce « robot-voiture » est mis à l'épreuve. Le défi est considérable : sur un corps de si faible masse, la gravité est infime, et un engin trop brusque risquerait littéralement de rebondir hors de portée. Rouler, freiner et s'orienter dans ces conditions exige une conception très particulière, d'où l'importance des essais au sol.

Ce volet illustre la dimension internationale du projet. Le Spiegel parle d'une mission européano-japonaise, tandis que le SCMP rappelle l'implication des agences américaine et européenne. Le partage des tâches, des instruments et de l'expertise fait de MMX un exemple de coopération où le Japon tient la barre, mais où les compétences viennent de plusieurs continents.

Pourquoi le Japon est bien placé

Le Japon n'aborde pas l'exercice en novice. Son agence spatiale a déjà réussi des retours d'échantillons depuis des astéroïdes, une expérience rare qui en fait l'un des acteurs les plus aguerris du domaine. Cette maîtrise du rendez-vous avec de petits corps, des manœuvres de proximité et de la récupération de matière en sol étranger constitue l'atout principal de MMX. Les détails chiffrés de ces missions antérieures ne figurent pas dans les sources de ce dossier, mais leur existence explique la confiance dont bénéficie l'agence auprès de ses partenaires.

Le lanceur H3, lui, est le véhicule de nouvelle génération du pays. Le fait que MMX soit confiée au vol no 10 de cette fusée montre que l'engin a désormais accumulé une certaine expérience, même si chaque départ vers l'espace lointain reste un moment de vérité.

Ce qui reste à franchir

Un lancement n'est qu'un début. La sonde devra effectuer un long voyage interplanétaire, s'insérer en orbite autour de Mars, approcher Phobos, se poser, prélever la matière, puis amorcer le chemin du retour pour livrer sa cargaison en 2031. Chaque étape comporte son lot de risques, et l'histoire de l'exploration martienne rappelle que le taux d'échec n'y est pas négligeable.

Si la mission réussit, elle produira bien plus qu'une prouesse d'ingénierie. Elle fournira à la communauté scientifique un échantillon de référence pour départager les hypothèses sur la formation des lunes de Mars, et peut-être pour mieux comprendre comment s'est assemblé le voisinage rocheux de la Terre. Elle rappellera aussi qu'à côté des projets habités qui captent l'attention, comme le rappelle la médaille Stephen Hawking décernée à l'équipage d'Artemis II lors du festival Starmus, selon Space.com, une exploration robotique patiente continue de défricher les questions fondamentales.

L'essentiel à retenir

MMX est une mission japonaise, bâtie avec de nombreux partenaires, qui cherche à répondre à une question simple à formuler et redoutable à trancher : d'où viennent Phobos et Deimos? Un décollage le 19 octobre, un retour espéré en 2031, au moins 10 grammes de matière à la clé : le calendrier est tendu et l'ambition réelle. Reste maintenant à voir si la sonde tiendra ses promesses, un pas à la fois, sur le long chemin qui sépare Tanegashima de la surface de Phobos.