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Netanyahou réclame du temps pour « finir le travail » en Iran, à l'approche des élections israéliennes

Dans une entrevue au Jerusalem Post, le premier ministre dit vouloir cinq mandats de plus et exclut de gouverner autrement qu'avec ses alliés actuels. Il lie sa campagne à la suite de la confrontation avec Téhéran.

Netanyahou réclame du temps pour « finir le travail » en Iran, à l'approche des élections israéliennes

Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou entre en campagne avec un message simple : la guerre contre l'Iran n'est pas terminée, et c'est à lui de la mener à son terme. Dans une entrevue accordée au Jerusalem Post, il dit vouloir « cinq mandats de plus », assure qu'il formera son prochain gouvernement avec ses partenaires de coalition actuels et affirme que le chef de l'opposition Gadi Eisenkot l'a écarté d'avance comme partenaire possible. Le Jerusalem Post précise aussi que le premier ministre se dit « surpris » par l'ampleur du soutien de Donald Trump et estime qu'Israël doit en tirer profit avant que le vent ne tourne à Washington.

Les propos relèvent autant du programme que de la stratégie électorale. Ils éclairent la manière dont le dirigeant israélien articule son bilan, son avenir politique et la question iranienne à l'approche du scrutin de 2026.

Ce que dit réellement le premier ministre

Trois éléments ressortent de l'entrevue, telle que la rapporte le Jerusalem Post.

Le premier est l'horizon temporel. Réclamer cinq mandats supplémentaires, c'est présenter la politique israélienne comme une œuvre de très longue haleine, où la question iranienne ne se réglerait pas en une législature. Le message s'adresse à un électorat que l'on invite à voir dans le premier ministre le seul garant de la continuité sécuritaire.

Le deuxième est la mécanique des alliances. Netanyahou affirme qu'il gouvernera avec ses partenaires actuels, ce qui revient à reconduire la coalition de droite et de partis religieux plutôt qu'à envisager un gouvernement d'union. Il attribue à Eisenkot, ancien chef d'état-major devenu figure de l'opposition, la volonté de l'exclure. Ce récit lui permet de présenter toute coalition alternative comme un projet dirigé contre sa personne, non comme un programme de gouvernement.

Le troisième est la dépendance à l'égard de Washington. En disant que le soutien de Trump l'a surpris et qu'Israël doit en profiter avant un retournement, Netanyahou reconnaît implicitement que la fenêtre diplomatique est étroite. L'argument sert son appel : si le contexte américain est favorable maintenant, il serait imprudent, dit-il en substance, de changer de capitaine.

« Finir le travail » : un slogan, des interrogations

L'expression « finir le travail » suppose un objectif défini. Or le Jerusalem Post, dans les éléments dont on dispose ici, ne détaille pas ce que recouvre exactement cette formule : démantèlement du programme nucléaire iranien, affaiblissement durable des capacités militaires de Téhéran, ou changement de rapport de force régional. Cette ambiguïté est en soi un trait du discours : elle permet à chacun d'y projeter sa propre définition de la victoire.

Pour les électeurs, la question est concrète. Combien de temps durera cet effort, à quel coût humain et financier, et avec quel appui extérieur? Ces points n'ont pas de réponse publique précise dans l'entrevue rapportée, et il serait hasardeux d'en inventer.

Un paysage politique fragmenté

La campagne ne se joue pas à deux. Le Jerusalem Post publie aussi une entrevue de Yoaz Hendel, dont le parti affirme qu'il « n'est peut-être pas le plus gros, mais qu'il sera le plus important ». Hendel explique que sa formation ne rejoindra qu'une coalition de partis sionistes et qu'elle n'en exclut aucun à l'avance, que Netanyahou en soit ou non le premier ministre.

Cette position illustre la logique du système israélien. Le scrutin à la proportionnelle produit des assemblées morcelées, où de petits partis deviennent arbitres. Leur refus ou leur acceptation de s'asseoir avec tel ou tel chef détermine qui forme le gouvernement. Quand Netanyahou dit qu'Eisenkot l'a exclu, et que Hendel dit ne rien exclure, chacun cherche à placer le curseur de l'incertitude là où il lui est le plus favorable.

Le contexte régional pèse sur la campagne

La promesse de « finir le travail » s'inscrit dans un Moyen-Orient où les fronts sont multiples.

Le Jerusalem Post rapporte qu'un responsable de la défense a confirmé que les renseignements de Tsahal continuent d'aider l'Arabie saoudite dans ses opérations contre les Houthis, par l'intermédiaire des États-Unis. Selon le quotidien, les frappes saoudiennes affaiblissent les capacités militaires des Houthis et fournissent à Israël des renseignements utiles. Le fait est notable : il suggère une convergence d'intérêts pratiques entre Israël et Riyad face aux alliés de l'Iran, sans qu'il faille y voir une alliance formelle.

De son côté, Arab News indique que plusieurs pays arabes (Émirats arabes unis, Qatar, Bahreïn, Jordanie, Égypte) et la Ligue islamique mondiale ont condamné des attaques houthies menées la veille contre l'aéroport international du Roi-Fahd à Dammam et le champ pétrolier de Chaybah, dans la province de l'Est. Ces attaques ont fait quatre morts et dix blessés, selon le média. Les pays signataires y voient des violations de la souveraineté saoudienne et du droit international.

Ces deux informations montrent que la confrontation avec l'Iran et ses relais déborde largement le cadre israélo-iranien. Elle mobilise des États du Golfe, des États-Unis et des groupes armés au Yémen. Pour Netanyahou, cela nourrit l'argument selon lequel Israël combat une menace partagée. Ses adversaires peuvent y répondre que la multiplication des fronts accroît les risques d'escalade.

Les fronts qui compliquent le récit

Le tableau n'est pas uniformément favorable au premier ministre, et d'autres dossiers lui sont opposés.

Reuters, repris par le Jerusalem Post, rapporte qu'Israël a libéré presque tous les suspects arrêtés dans deux attaques de colons, les plaçant en résidence surveillée. Les dix suspects avaient été détenus après que les États-Unis, allié le plus proche d'Israël, eurent réclamé des mesures contre la violence des colons et des arrestations à la suite d'une attaque contre un journaliste américain. La libération rapide risque d'alimenter la critique, à Washington comme à l'intérieur d'Israël, sur la fermeté réelle des autorités face à ces violences.

Par ailleurs, Arab News relate qu'un homme atteint de trisomie 21 a été tué lors d'un raid israélien dans la province de Deraa, dans le sud de la Syrie, selon l'agence de presse officielle SANA et des habitants. Il a été enterré dans le village de Jamla alors que la colère montait contre les incursions israéliennes dans la région. Les circonstances exactes relèvent des témoignages cités par le média et n'ont pas été confirmées ici de façon indépendante.

Ces événements rappellent que la « mission » invoquée par le premier ministre a un revers : des opérations militaires continues, des tensions avec un allié américain sensible aux critiques internationales et une pression croissante sur la question des colonies.

Ce que l'on peut raisonnablement retenir

L'entrevue de Netanyahou est d'abord un acte de campagne. En liant l'avenir de la lutte contre l'Iran à la durée de son propre pouvoir, il cherche à faire de l'élection un référendum sur la sécurité plutôt que sur son bilan intérieur ou sur les affaires judiciaires et politiques qui l'entourent.

Trois incertitudes demeurent. D'abord, la solidité de l'appui américain : en affirmant qu'il faut en profiter avant que « la marée ne tourne », le premier ministre admet lui-même que cet appui n'est pas acquis pour toujours. Ensuite, la définition concrète du « travail » à finir, que la formule ne précise pas. Enfin, l'arithmétique parlementaire : sans majorité claire, la promesse de reconduire la coalition actuelle dépendra des résultats et de petits partis comme celui de Hendel, qui se réservent la liberté de choisir.

La date et les modalités du scrutin, ainsi que les sondages, ne figurent pas dans les éléments consultés ; il serait donc prématuré d'avancer un pronostic. Reste que la campagne israélienne se jouera autant sur la question iranienne que sur la confiance des électeurs envers la capacité d'un seul homme à conduire, sur plusieurs mandats, une confrontation dont les contours restent flous.