Laval

Laval sans voix d'opposition : le départ de Claude Larochelle survient au pire moment du calendrier politique

Le chef de Parti Laval quitte la vie politique dix mois après avoir terminé deuxième à la mairie, pendant que la CAQ complète son alignement de six candidats dans l'île Jésus.

Deux annonces le même jour, deux univers politiques qui ne se parlent pas. Le 25 août, Claude Larochelle a confirmé son retrait de la politique municipale lavalloise et son départ de la direction de Parti Laval, l'opposition officielle à l'hôtel de ville. Quelques heures plus tôt ou plus tard, selon les fils de nouvelles, la Coalition avenir Québec présentait son équipe complète de six candidats dans les circonscriptions de l'île Jésus en vue du scrutin provincial du 5 octobre.

La coïncidence n'est pas qu'anecdotique. Elle dessine une carte du pouvoir lavallois où la contre-expertise locale s'affaiblit exactement au moment où les décisions les plus lourdes pour la troisième ville du Québec — transport collectif, développement du territoire, financement des municipalités — s'apprêtent à se jouer ailleurs, à Québec.

Un départ annoncé sans successeur

Selon ce qu'a rapporté le Courrier Laval, Claude Larochelle quitte ses fonctions après plus de dix ans d'implication politique, dont deux mandats comme conseiller municipal du district de Fabreville. Son départ officiel doit survenir dans les deux semaines suivant l'annonce, le temps que le conseil d'administration de Parti Laval désigne la personne qui assurera l'intérim à la tête de la formation.

Média Laval a pour sa part souligné le détail qui donne à ce retrait toute sa portée : il survient moins de dix mois après que M. Larochelle eut terminé deuxième dans la course à la mairie de Laval. Autrement dit, l'homme qui incarnait la principale solution de rechange à l'administration en place quitte la scène alors que le mandat municipal en cours n'en est qu'à ses premiers mois.

Ce qui se joue ici dépasse la personne. Le successeur ne sera pas choisi par les électeurs, ni même par un congrès de membres, mais par un conseil d'administration. La personne qui parlera au nom de l'opposition officielle lavalloise pendant une partie substantielle du mandat n'aura donc reçu aucun mandat électoral pour ce rôle précis. C'est une situation parfaitement légale et courante dans la vie des partis, mais elle place l'opposition dans une position de faiblesse symbolique face à une administration qui, elle, peut invoquer un verdict des urnes tout frais.

Ce que perd le conseil municipal

Dans les villes québécoises dotées de partis politiques municipaux — Montréal, Québec, Longueuil, Laval —, l'opposition officielle joue un rôle que peu de citoyens perçoivent au quotidien : elle lit les documents. Elle épluche les appels d'offres, questionne les dépassements de coûts, exige des ventilations budgétaires, force l'administration à justifier publiquement ses choix. C'est une fonction de contre-expertise, et elle repose largement sur la mémoire institutionnelle des élus qui l'exercent.

Un chef qui cumule deux mandats de conseiller et une campagne à la mairie possède précisément ce capital : il sait où sont les dossiers, qui a dit quoi, quelles promesses n'ont pas été tenues. Cette mémoire ne se transfère pas en deux semaines par résolution d'un conseil d'administration.

Laval a par ailleurs un rapport particulier à la vigilance municipale. La ville a été mise sous tutelle de la Commission municipale du Québec en 2013, dans la foulée des révélations de la commission Charbonneau et de l'arrestation de l'ancien maire Gilles Vaillancourt. Le retour à la normale démocratique s'est construit précisément sur l'idée qu'un contre-pouvoir organisé valait mieux qu'un conseil unanime. C'est cette architecture-là qui perd une pièce.

Six candidats caquistes, un seul visage familier

À l'autre bout du spectre, la Coalition avenir Québec présente une équipe complète. Selon Média Laval, les six candidats sont Cattiouceca Ambroise dans Chomedey, Lucie Létourneau dans Fabre, Vincent Bolduc dans Laval-des-Rapides, Sonia Amédomé dans Mille-Îles, Christopher Skeete dans Sainte-Rose et Valérie Schmaltz dans Vimont-Auteuil.

Un seul de ces noms bénéficie d'une véritable notoriété : Christopher Skeete, élu dans Sainte-Rose depuis 2018, réélu en 2022, et qui a occupé des fonctions ministérielles au sein du gouvernement Legault, notamment comme ministre délégué à l'Économie et ministre responsable de la Lutte contre le racisme, en plus d'avoir été responsable des relations avec les Québécois d'expression anglaise.

Les cinq autres candidatures constituent, pour l'essentiel, des visages nouveaux dans l'arène provinciale lavalloise. Cela en dit long sur le renouvellement — volontaire ou subi — de l'équipe caquiste dans une région qui avait été, en 2018 puis en 2022, l'un des théâtres de la percée du parti hors de ses bastions traditionnels.

Il faut rappeler la géographie électorale de l'île Jésus : Chomedey a longtemps constitué une forteresse libérale, portée par un électorat multiculturel et fortement anglophone et allophone, tandis que les circonscriptions du nord et de l'est de l'île — Sainte-Rose, Vimont, Mille-Îles — se sont montrées plus perméables aux vagues successives. La carte électorale a par ailleurs été révisée, la circonscription de Vimont ayant été redécoupée pour devenir Vimont-Auteuil. Ces ajustements de frontières compliquent les comparaisons directes avec les résultats de 2022.

Pourquoi ces six sièges comptent

Laval n'est pas une banlieue parmi d'autres. Avec plus de 440 000 habitants selon les données du recensement de Statistique Canada, c'est la troisième ville du Québec, et elle concentre des enjeux que la campagne provinciale ne pourra pas contourner.

Le premier est le transport collectif. Le prolongement de la ligne orange du métro vers le nord de Laval, l'avenir du projet structurant dans l'axe du boulevard de la Concorde, la desserte par la Société de transport de Laval et les correspondances avec le Réseau express métropolitain : ce sont des décisions à plusieurs milliards qui relèvent du gouvernement du Québec, pas de l'hôtel de ville.

Le deuxième est l'aménagement. Laval a adopté un schéma d'aménagement misant sur la densification autour des pôles de transport et la protection des terres agricoles et des milieux naturels riverains. Or les règles du jeu — zone agricole permanente, financement des infrastructures, seuils d'habitation — dépendent largement de Québec.

Le troisième est le financement municipal lui-même. Le pacte fiscal entre le gouvernement et les municipalités, la diversification des revenus au-delà de la taxe foncière, la capacité des villes à absorber les coûts du logement social et de l'itinérance : autant de chantiers où les élus provinciaux lavallois seront les intermédiaires naturels entre l'administration de la mairesse Stéphane Boyer et le cabinet du premier ministre.

Qui parle au nom des Lavallois?

C'est là que les deux temporalités se rejoignent, et que l'inconfort apparaît.

D'un côté, une administration municipale confortée par les urnes, disposant d'un mandat clair et faisant face à une opposition qui devra, pendant plusieurs semaines au minimum, se réorganiser en interne plutôt que de talonner l'exécutif. De l'autre, une équipe provinciale largement composée de nouvelles figures, qui devra d'abord se faire connaître avant de pouvoir peser dans les arbitrages ministériels.

Le résultat net, c'est un déficit temporaire de voix expérimentées capables de porter publiquement la contradiction sur les dossiers lavallois. La démocratie municipale ne s'arrête pas pour autant : les conseillers de Parti Laval demeurent en poste, les séances du conseil se poursuivent, la période de questions du public reste ouverte. Mais un caucus sans chef parle rarement d'une seule voix.

Deux échéances méritent d'être suivies. La première : l'identité de la personne désignée par le conseil d'administration de Parti Laval, et surtout la manière dont elle sera choisie. Un intérim purement administratif n'a pas le même poids qu'un intérim assorti d'un engagement à tenir une course à la direction ouverte. La seconde : le contenu des engagements que les six candidats caquistes — et leurs adversaires, dont les alignements se précisent — prendront spécifiquement pour l'île Jésus d'ici le 5 octobre.

Entre-temps, la vie lavalloise continue de produire ses nouvelles ordinaires et ses drames. Le Courrier Laval rapportait une agression armée près du parc Berthiaume-Du Tremblay, dans Chomedey, le 24 août, tandis que TVA Nouvelles faisait état d'un cas grave de violence conjugale ayant sérieusement blessé une femme. Ce sont ces réalités-là — sécurité publique, services sociaux, ressources policières — qui rappellent pourquoi la question de savoir qui parle au nom des Lavallois n'est jamais une question purement procédurale.