Montérégie

Nicolas Marceau se relance dans Marie-Victorin : le pari d'un ex-ministre des Finances sur la Rive-Sud

Huit ans après avoir quitté la vie publique, l'économiste de l'UQAM tente un retour dans une circonscription longueuilloise devenue le symbole de l'instabilité politique québécoise.

Il avait déposé deux budgets, encaissé les critiques d'une opposition qui lui reprochait de ne pas atteindre l'équilibre, puis quitté l'Assemblée nationale sans tambour ni trompette en 2018. Huit ans plus tard, Nicolas Marceau replonge. L'économiste et professeur au Département des sciences économiques de l'UQAM briguera l'investiture — puis, s'il l'obtient, le siège — de Marie-Victorin, à Longueuil, en vue du scrutin général du 5 octobre 2026, comme l'a rapporté FM 103,3.

Le geste n'est pas anodin. Un ancien titulaire des Finances qui revient dans l'arène choisit rarement sa circonscription au hasard, et rarement à un moment neutre. Or Marie-Victorin est, depuis une décennie, l'une des circonscriptions les plus turbulentes du Québec. Et la campagne qui s'annonce se déroulera sur un terrain économique miné : guerre tarifaire avec les États-Unis, déficit record, marge de manœuvre budgétaire quasi inexistante.

Un profil qui détonne dans le paysage électoral

Nicolas Marceau n'est pas un politicien de carrière recyclé. Titulaire d'un doctorat en économie de l'Université Queen's, il a enseigné à l'UQAM avant d'être élu député de Rousseau, dans les Laurentides, en 2009 lors d'une élection partielle. Il a occupé le poste de ministre des Finances et de l'Économie dans le gouvernement minoritaire de Pauline Marois, de septembre 2012 à avril 2014 — une période courte, mais dense.

Ses deux budgets ont été marqués par une conjoncture ingrate : croissance molle, revenus autonomes décevants, cible de déficit zéro reportée. Ses adversaires libéraux et caquistes lui en ont fait le procès pendant des années. Ses défenseurs, eux, rappellent qu'il a hérité d'un cadre financier fragile et d'un Parlement minoritaire où chaque vote était une négociation.

Après la défaite péquiste de 2014, il est demeuré député de Rousseau et porte-parole en matière de finances publiques, un rôle où il s'est fait remarquer pour la rigueur de ses interventions plutôt que pour ses coups d'éclat. Il a annoncé qu'il ne se représenterait pas au scrutin de 2018 et est retourné à l'enseignement et à la recherche universitaire.

Ce retour, dans un contexte où les partis cherchent à rassurer sur leur crédibilité économique, ressemble donc à un recrutement de compétence. Le message implicite est simple : voici quelqu'un qui a déjà tenu les cordons de la bourse de l'État québécois.

Marie-Victorin, laboratoire de l'instabilité québécoise

Le choix de la circonscription mérite qu'on s'y arrête. Marie-Victorin couvre une partie du Vieux-Longueuil et des quartiers voisins. Longtemps considérée comme un bastion péquiste — Bernard Landry, ancien premier ministre, y a siégé de 1994 à 2005 —, elle a ensuite été représentée par Bertrand St-Arnaud, puis par Catherine Fournier, élue sous la bannière du Parti québécois en 2018.

C'est là que l'histoire devient instructive. En mars 2019, Catherine Fournier a quitté le PQ pour siéger comme députée indépendante. Elle a démissionné de son siège en 2021 pour se lancer — avec succès — dans la course à la mairie de Longueuil. L'élection partielle qui a suivi, en avril 2022, a été remportée par Shirley Dorismond, du Parti québécois, dans une lutte serrée contre la Coalition avenir Québec. Puis, à l'élection générale d'octobre 2022, la CAQ a fait basculer la circonscription en y élisant Shirley Dorismond... non, précisons : c'est bien Mme Dorismond, du PQ, qui a conservé le siège lors du scrutin général, dans un contexte où la CAQ balayait pourtant l'essentiel de la Montérégie.

Cette succession de départs, de partielles et de résultats serrés fait de Marie-Victorin une circonscription où aucun parti ne peut se croire à l'abri. C'est précisément ce qui en fait un terrain intéressant pour une candidature à haute valeur symbolique : le siège n'est acquis à personne, et une victoire y aurait valeur de démonstration.

Une campagne qui se jouera sur les tarifs et le portefeuille

Le contexte économique dans lequel s'inscrit ce retour est sans doute le facteur le plus déterminant. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, l'imposition de droits de douane sur des produits canadiens a frappé de plein fouet des pans de l'économie manufacturière québécoise — aluminium, acier, bois d'œuvre, pièces automobiles.

La Montérégie est en première ligne. La région abrite un tissu industriel dense et des chaînes d'approvisionnement fortement intégrées au marché américain. FM 103,3 rapportait récemment que la MRC de Roussillon, par l'entremise de son organisme de développement économique, déploie le Programme d'aide d'urgence aux petites et moyennes entreprises annoncé par Québec pour soutenir les entreprises touchées par les tarifs américains. Ce type de mesure, multiplié à l'échelle de la province, illustre à quel point la crise commerciale est devenue un enjeu de proximité et non une abstraction diplomatique.

En parallèle, la situation des finances publiques québécoises s'est considérablement détériorée. Le budget provincial déposé en mars 2025 par le ministre Eric Girard prévoyait un déficit historique de l'ordre de 13,6 milliards de dollars au sens de la Loi sur l'équilibre budgétaire, avec un retour à l'équilibre repoussé à l'horizon 2029-2030. Le Vérificateur général et plusieurs économistes ont soulevé des doutes sur la crédibilité de la trajectoire.

Autrement dit : la prochaine campagne électorale se déroulera sans coffre à jouets. Les promesses coûteuses seront immédiatement soumises au test de la faisabilité budgétaire. Dans ce cadre, un candidat capable de discuter cadre financier, revenus autonomes et service de la dette sans lire ses notes possède un avantage tactique évident.

Le décalage avec les attentes du terrain longueuillois

Reste une question que le recrutement d'un spécialiste ne règle pas : les électeurs de Marie-Victorin ne votent pas sur des tableaux budgétaires. Ils votent sur ce qu'ils vivent.

À Longueuil, les préoccupations sont concrètes et bien documentées. Le transport collectif d'abord : la mise en service progressive du Réseau express métropolitain a transformé les habitudes de déplacement sur la Rive-Sud, mais la desserte des quartiers du Vieux-Longueuil, la fréquence des lignes d'autobus du Réseau de transport de Longueuil et la question du prolongement de la ligne jaune du métro demeurent des dossiers ouverts. Le pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine, dont les travaux majeurs ont pesé lourd sur la mobilité régionale, a laissé des traces dans la patience des automobilistes et des usagers.

Le logement ensuite. Comme ailleurs dans la région métropolitaine, les taux d'inoccupation demeurent bas et les loyers ont grimpé plus vite que les revenus. Le Vieux-Longueuil, avec son parc locatif ancien et sa population diversifiée, concentre une part importante des ménages à faible revenu de la ville.

S'ajoutent les enjeux de services publics de proximité — accès à un médecin de famille, places en service de garde, état des écoles — et de sécurité, la couverture locale rapportant régulièrement des incidents comme le vol qualifié survenu dans un commerce du Mail Champlain, à Brossard, ou d'autres événements qui alimentent le sentiment d'insécurité dans les artères commerciales de la Rive-Sud.

C'est là que réside le véritable défi de la candidature. Un ancien ministre des Finances arrive avec une crédibilité macroéconomique, mais doit convaincre dans un porte-à-porte où l'on parlera d'horaires d'autobus, de loyers et d'urgences engorgées. Le passage de l'un à l'autre n'est pas automatique : l'histoire politique québécoise compte plusieurs recrues prestigieuses qui n'ont jamais réussi à traduire leur expertise en connexion électorale.

Ce que ce recrutement dit de la suite

À un peu plus d'un an du scrutin, la Montérégie s'annonce comme l'un des champs de bataille décisifs. La CAQ y avait fait une razzia en 2018 et en 2022; les sondages publiés depuis 2024 par les grandes maisons montrent une érosion marquée de son appui au profit du Parti québécois, avec une volatilité qui rend les projections hasardeuses.

Dans ce contexte, le retour de Nicolas Marceau doit se lire à deux niveaux. Localement, il place dans Marie-Victorin une candidature dotée d'une notoriété provinciale, dans une circonscription où les marges ont été historiquement minces. Nationalement, il envoie un signal sur le terrain de la compétence économique — celui où toute formation aspirant au pouvoir devra faire ses preuves en 2026.

La suite dépendra de deux choses. D'abord, de la capacité du candidat à faire atterrir son expertise dans le quotidien de Longueuil : montrer, par exemple, en quoi une meilleure gestion des finances publiques change quelque chose pour une famille qui attend un logement abordable ou un aîné qui attend un service. Ensuite, de l'évolution de la crise tarifaire, qui pourrait tout autant faire de l'économie l'enjeu dominant de la campagne que la reléguer derrière la santé et le coût de la vie.

Une chose est sûre : Marie-Victorin, encore une fois, sera scrutée de près.