Lanaudière

Geneviève Pettersen dans L'Assomption : la CAQ mise sur la notoriété, Lanaudière attend des livrables

La chroniqueuse et animatrice portera les couleurs de la CAQ dans la circonscription de François Legault. Pendant ce temps, la route 158 recule et 397 postes restent vacants dans les écoles de la région.

La séquence ne doit rien au hasard. À quelques heures de la rencontre entre la première ministre Christine Fréchette et la lieutenante-gouverneure du Québec — rencontre prévue jeudi à 10 h 30 et qui doit ouvrir la voie au déclenchement de la campagne vers le scrutin du 5 octobre —, la Coalition avenir Québec a présenté l'autrice, chroniqueuse et animatrice Geneviève Pettersen comme candidate dans L'Assomption. Le lieu de l'annonce est un message en soi : il s'agit de la circonscription de François Legault, ancien premier ministre et député sortant, présent aux côtés de la candidate avec plusieurs élus caquistes, selon ce que rapportait Mon Joliette.

« Je fais le saut en politique parce que j'ai envie de faire davantage », a déclaré la candidate au moment de l'annonce. La formule est courte, mais elle porte tout le pari du parti : dans une région où la CAQ a bâti sa domination depuis 2018, la reconnaissance du nom pourrait suffire à tenir la ligne. Reste à savoir si les électeurs de L'Assomption, de Repentigny à Saint-Sulpice, jugeront la relève sur sa notoriété ou sur les dossiers qui traînent.

Un siège symbolique, un héritage lourd à porter

L'Assomption n'est pas une circonscription ordinaire pour la CAQ. François Legault y a été élu pour la première fois en 2012, après avoir siégé pendant des années comme député péquiste de Rousseau. C'est de ce comté de la couronne nord qu'il a mené le parti au pouvoir en 2018, puis à une majorité écrasante en 2022. Aux dernières élections générales, il y avait été réélu avec une avance considérable, dans une région où la CAQ avait raflé la quasi-totalité des sièges — Repentigny, Masson, Terrebonne, Les Plaines, Rousseau, Montcalm, Berthier — Joliette demeurant l'exception péquiste avec Véronique Hivon, puis la réélection du Parti québécois.

Hériter d'un siège de chef, c'est hériter d'attentes disproportionnées. Pendant huit ans, les citoyens de L'Assomption ont eu comme député le premier ministre du Québec : un accès direct au sommet de l'appareil gouvernemental, une visibilité automatique pour chaque annonce locale. Le passage d'un chef d'État à une candidate qui fait son entrée en politique constitue en soi un changement de statut pour la circonscription, et cette question du poids réel du prochain élu se posera inévitablement pendant la campagne.

Le pari des personnalités médiatiques

Geneviève Pettersen est une figure connue du paysage médiatique québécois. Autrice du roman La déesse des mouches à feu, adapté au cinéma par Anaïs Barbeau-Lavalette, elle s'est fait connaître d'un large public comme chroniqueuse et animatrice, notamment au 98,5 FM avec l'émission Pour faire un istoire courte, en plus de collaborations écrites et télévisuelles. Sa parole publique, souvent franche et clivante, lui a valu autant de fidèles que de détracteurs.

Ce recrutement s'inscrit dans une stratégie que la CAQ a assumée dès sa naissance : attirer des personnalités déjà connues du public pour compenser l'absence d'une machine militante centenaire. La liste est longue — animateurs, athlètes, gens d'affaires, journalistes reconvertis. L'avantage est immédiat : une candidature qui fait la manchette, une notoriété qui économise des semaines de porte-à-porte. Le risque, lui, est bien documenté. Une carrière d'opinion laisse derrière elle des années de déclarations que les adversaires politiques épluchent ligne par ligne. Et le passage du micro à l'Assemblée nationale ne garantit pas la maîtrise des dossiers d'un ministère ou d'un bureau de circonscription.

Dans une région comme Lanaudière, où la croissance démographique est parmi les plus fortes du Québec, la question n'est pas anodine. Les enjeux de la couronne nord sont concrets, techniques, souvent frustrants : transport collectif insuffisant, congestion routière, écoles surpeuplées, accès à un médecin de famille, étalement urbain, protection des terres agricoles. Ce sont des dossiers qui exigent de la constance, pas seulement de la présence médiatique.

Route 158 : quand « accélérer » veut dire reculer

L'exemple le plus parlant, dans les jours mêmes de l'annonce, se trouve sur la route 158. Le comité de travail Direction 158 a dénoncé publiquement les conséquences de la conversion du projet de sécurisation de l'axe entre Saint-Alexis et Joliette en un simple « plan d'intervention ». Selon le comité, cité par Mon Joliette, cette décision présentée comme un moyen d'accélérer les travaux a plutôt fait reculer le dossier.

La nuance administrative mérite d'être expliquée, parce qu'elle est au cœur du problème. Un projet de sécurisation dûment inscrit à la programmation du ministère des Transports et de la Mobilité durable dispose d'une enveloppe, d'un échéancier et d'une obligation de reddition de comptes. Un « plan d'intervention », dans le vocabulaire ministériel, relève davantage de la planification : on documente les points noirs, on hiérarchise les interventions possibles, on étale les mesures dans le temps. Autrement dit, on passe du chantier à l'étude.

La route 158 est un axe est-ouest structurant qui relie Lanaudière au nord de Montréal et qui a fait l'objet de mobilisations citoyennes répétées après des collisions graves. Le comité Direction 158, qui regroupe des élus municipaux et des acteurs du milieu, réclame depuis des années des mesures de sécurisation : élargissement, séparation des voies, aménagement des intersections. Que ce dossier soit remis en mode planification à quelques semaines d'une campagne électorale n'échappera à personne dans la région — et il sera difficile pour n'importe quel candidat caquiste, y compris dans L'Assomption, d'esquiver la question.

Écoles : 397 postes vacants à la rentrée

L'autre dossier qui atterrit sur la table électorale, c'est celui de l'éducation. À l'aube de la rentrée scolaire, quelque 397 postes demeurent vacants dans les écoles de Lanaudière, selon les plus récentes données du ministère de l'Éducation relayées par Mon Joliette : 92 postes d'enseignants, 262 postes de personnel de soutien et 43 postes de personnel professionnel.

Le ministère souligne qu'il ne reste que 4,5 % des postes à pourvoir dans la région, une manière de relativiser le chiffre brut. Mais la lecture qualitative est plus inquiétante que le pourcentage. Les 262 postes de soutien touchent directement les élèves les plus vulnérables : éducatrices et éducateurs spécialisés, techniciens en service de garde, préposés. Les 43 postes professionnels — orthophonistes, psychologues, psychoéducateurs, orthopédagogues — correspondent précisément aux services dont la pénurie allonge les listes d'attente pour les enfants à besoins particuliers. Ce sont des manques qui ne se voient pas dans un bulletin de rentrée, mais qui s'accumulent tout au long de l'année scolaire.

Ce portrait s'inscrit dans un contexte régional de croissance. La Fédération des cégeps rapporte que 549 étudiants de plus fréquentent les Cégeps de Lanaudière cette session, à Joliette, à L'Assomption et à Terrebonne, soit une hausse de 7,6 % — plus du double de la moyenne provinciale de 3,3 %. Lanaudière grandit vite, et son réseau d'éducation doit suivre le rythme, du primaire au collégial.

Ce que la campagne va tester

La CAQ arrive dans cette élection avec un bilan et une nouvelle cheffe. Christine Fréchette, devenue première ministre après le départ de François Legault, doit convaincre l'électorat que le parti mérite un troisième mandat malgré des sondages qui ont été difficiles pour la formation au cours des deux dernières années, et malgré la montée du Parti québécois dans les intentions de vote. Dans ce contexte, verrouiller Lanaudière n'est pas un luxe : c'est une nécessité arithmétique.

D'où l'intérêt d'une candidature comme celle de Geneviève Pettersen, capable de générer de l'attention sans dépenser un dollar de publicité. Mais l'attention est une monnaie volatile. Dans une région où l'on attend des viaducs, des voies séparées, des orthophonistes et des places en service de garde, la question posée aux candidats sera moins « qui êtes-vous? » que « qu'allez-vous livrer, et quand? ».

D'autres dossiers régionaux illustrent d'ailleurs qu'il est possible de bouger : Mascouche a été retenue dans le cadre du projet de déminéralisation participative Sous les pavés, avec le verdissement d'un stationnement secondaire au parc des Optimistes; les travaux de remplacement d'un ponceau sur l'autoroute 40 à Saint-Cuthbert progressent selon l'échéancier annoncé par le ministère des Transports; et l'Expédition Saint-Laurent 2026 a conclu son parcours à Saint-Ignace-de-Loyola avec 1 005 livres de déchets retirées du fleuve. Des gestes modestes, mais qui se mesurent.

La campagne officielle s'amorce. Dans L'Assomption, le siège d'un ancien premier ministre change de main. Ce sera à Geneviève Pettersen — et à ses adversaires, dont les candidatures se préciseront dans les prochains jours — de démontrer que la relève d'un chef peut être autre chose qu'un changement de visage.