Premières nations

Le mot « squaw » et le silence : ce que la défense d'un candidat péquiste dit de la place des Premières Nations dans la campagne

Paul St-Pierre Plamondon a réitéré son appui à François Gariépy, qui avait employé le mot « squaw ». Derrière l'incident, un test pour les engagements pris après l'ENFFADA et la commission Viens.

Un dérapage lexical, deux jours après le déclenchement

La campagne électorale québécoise en vue du scrutin du 5 octobre venait à peine de s'amorcer que le Parti québécois se retrouvait à devoir défendre un de ses candidats. Radio-Canada a rapporté que Paul St-Pierre Plamondon s'est porté « à nouveau » à la défense de François Gariépy, dont on a exhumé un passage de baladodiffusion où il utilise le mot « squaw » pour parler de femmes autochtones. Le chef péquiste a choisi la voie de la relativisation contextuelle plutôt que celle du retrait de la candidature.

Ce choix, en soi, constitue une information politique. Il indique le poids qu'un chef de parti accorde à une offense visant les femmes autochtones lorsqu'il la met en balance avec le coût organisationnel du remplacement d'un candidat en pleine course. Et il survient dans un contexte où, historiquement, les partis québécois ont été prompts à écarter des candidats pour des propos jugés indéfendables sur d'autres sujets — l'antisémitisme, l'islamophobie, les propos sexistes. La comparaison est inévitable et elle sera faite.

Pourquoi ce mot-là n'est pas neutre

Le terme « squaw » n'est pas un simple archaïsme maladroit. Il dérive d'une racine algonquienne signifiant « femme », mais son passage dans l'anglais colonial puis dans la culture populaire nord-américaine — westerns, romans à cinq sous, publicités — l'a transformé en désignation dégradante et sexualisée des femmes autochtones. Les organisations autochtones et les linguistes qui se sont penchés sur la question, dont les travaux relayés par CBC et l'Encyclopédie canadienne, décrivent une évolution sémantique où le mot finit par réduire une femme à un corps disponible.

Cette histoire lexicale a des conséquences concrètes. En 2022, la secrétaire américaine à l'Intérieur Deb Haaland, première personne autochtone à occuper ce poste, a déclaré le mot officiellement offensant et lancé le retrait du terme de centaines de toponymes fédéraux. Au Canada, plusieurs commissions de toponymie provinciales ont entrepris des démarches similaires. Autrement dit : le caractère injurieux du mot n'est pas une découverte de 2026, ni une invention de la « rectitude politique ». C'est un consensus institutionnel documenté depuis plus d'une décennie de part et d'autre de la frontière.

Le groupe visé est celui qui figure au sommet des statistiques de violence

Le mot atteint spécifiquement les femmes et les filles autochtones. Or c'est précisément le groupe qui, au Canada, présente les taux de violence les plus élevés. Statistique Canada a établi que les femmes autochtones sont environ trois fois plus susceptibles d'être victimes de violence que les femmes non autochtones, et que leur taux d'homicide est plusieurs fois supérieur. L'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA) a conclu en 2019 que ces violences relevaient d'un « génocide » alimenté par des structures coloniales persistantes.

L'ENFFADA a formulé 231 « appels à la justice ». Plusieurs touchent directement la représentation et le discours public : la déshumanisation des femmes autochtones dans les médias, la culture populaire et le langage courant y est identifiée comme un facteur qui rend la violence possible et socialement tolérable. C'est le cœur du problème soulevé par l'affaire Gariépy : le mot n'est pas isolé du continuum. Il en est un maillon.

La même année, la commission Viens — la Commission d'enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec — remettait son rapport avec 142 appels à l'action. Le premier ministre de l'époque, François Legault, avait alors présenté des excuses officielles aux peuples autochtones du Québec au nom de l'État. Ces excuses, prononcées à l'Assemblée nationale, constituent le point de comparaison le plus direct pour évaluer 2026.

L'écart entre 2019 et 2026

Depuis, les bilans de mise en œuvre ont été peu flatteurs. Les suivis publiés par des organisations autochtones et repris par Radio-Canada et La Presse ont montré une progression lente des appels à l'action de la commission Viens, avec une minorité de recommandations pleinement réalisées plusieurs années après le dépôt. Le gouvernement Legault a par ailleurs refusé de reconnaître l'existence du racisme systémique au Québec, une position qu'il a maintenue même après la mort de Joyce Echaquan à l'hôpital de Joliette en septembre 2020. Le Principe de Joyce, porté par le Conseil des Atikamekw de Manawan et le Conseil de la Nation atikamekw, n'a jamais été adopté comme tel par Québec.

C'est cet arrière-plan qui donne son relief à la controverse actuelle. Quand un chef de parti minimise l'usage du mot « squaw », il ne commente pas seulement un extrait audio. Il envoie un signal sur la valeur qu'il accorde aux engagements pris collectivement en 2019. Et il le fait à un moment — le lancement d'une campagne — où les priorités d'un parti sont les plus lisibles.

Ce que les partis proposent (et ne proposent pas)

Le test suivant est simple : que contiennent les plateformes? Historiquement, les questions autochtones occupent une place marginale dans les campagnes québécoises. Elles n'apparaissent presque jamais dans les débats des chefs, rarement dans les publicités, et les engagements se limitent souvent à des formulations générales sur le « dialogue de nation à nation ».

Les dossiers qui attendent le prochain gouvernement sont pourtant nombreux et documentés :

  • La reconnaissance du racisme systémique et l'adoption du Principe de Joyce, réclamés depuis 2020.
  • Le logement, avec des taux de surpeuplement dans plusieurs communautés qui dépassent largement la moyenne québécoise.
  • La protection de la jeunesse, où la surreprésentation des enfants autochtones dans le réseau demeure un constat central du rapport Laurent comme de la commission Viens.
  • L'accès aux services de santé en région et la sécurisation culturelle des soins.
  • Les projets de développement — mines critiques, hydroélectricité, foresterie — dont plusieurs se déploient sur des territoires visés par des revendications non réglées.
  • La reconnaissance du statut, un dossier qui refait surface : Radio-Canada rapportait cette semaine que des citoyens du grand Gaspé attendent depuis au moins deux ans l'obtention de leur statut, la lenteur administrative faisant réagir en Gaspésie.

Aucun de ces chantiers n'a jusqu'ici structuré la campagne. Le débat électoral québécois de 2026 s'organise plutôt autour de l'économie, de la santé, de l'immigration et — comme le notait CBC — de l'ombre portée par Donald Trump et la guerre tarifaire, qui avait déjà bouleversé l'élection fédérale.

Les organisations attendent des réponses

Femmes autochtones du Québec (FAQ), dirigée par Marjolaine Étienne, intervient de façon constante sur les enjeux de discours haineux et de sécurité des femmes. L'organisme, fondé en 1974, a été partie prenante de l'ENFFADA et suit de près l'application des appels à la justice. L'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), présidée par Francis Verreault-Paul depuis 2025, regroupe les chefs de 43 communautés et a l'habitude de publier, en période électorale, une liste de priorités destinée aux partis.

Les deux organisations ont un intérêt évident à réagir : une controverse comme celle-ci offre une rare fenêtre d'attention médiatique sur des dossiers qu'elles portent en continu sans écho. C'est aussi le risque de l'épisode — que la conversation se réduise à un mot et à un candidat, puis se referme, sans jamais atteindre les 231 appels à la justice ni les 142 appels à l'action.

Le vrai enjeu du 5 octobre

Il reste plus de cinq semaines de campagne. La question posée par l'affaire Gariépy n'est pas seulement de savoir si Paul St-Pierre Plamondon maintiendra sa position ou finira par reculer sous la pression. C'est de savoir si un seul chef de parti profitera de la campagne pour formuler un engagement précis, chiffré et vérifiable envers les Premières Nations et les Inuit du Québec.

En 2019, l'État québécois s'est excusé. En 2026, la mesure de ces excuses ne se prendra pas dans les discours commémoratifs, mais dans les plateformes, dans la sélection des candidats et dans la promptitude avec laquelle un chef reconnaît qu'un mot colonial appliqué à des femmes autochtones n'est pas une affaire de vocabulaire.