Lanaudière

Tyrolienne d'Arbraska à Rawdon : une collision familiale expose le flou réglementaire des parcs d'aventure

Une grand-mère a percuté son petit-fils sur une tyrolienne à Rawdon. L'incident relance une question sans réponse claire au Québec : qui inspecte réellement les parcours aériens?

Une sortie familiale dans les hauteurs de Rawdon a mal tourné. Selon le récit rapporté par TVA Nouvelles, une grand-mère a percuté son petit-fils sur une longue tyrolienne du parc Arbraska Rawdon, et elle dénonce depuis un manque de surveillance sur les lieux. « C'est un accident qui aurait pu être évité », a-t-elle résumé, une phrase qui condense à elle seule le nœud du dossier : dans un parcours aérien, la collision entre deux participants n'est pas un aléa de la nature, c'est une défaillance de protocole.

Au-delà du drame familial, l'événement met le doigt sur une zone grise que peu de touristes connaissent avant de s'attacher à un câble : au Québec, les tyroliennes et les parcours d'hébertisme aérien ne relèvent pas d'un régime d'inspection publique obligatoire comparable à celui des manèges de parcs d'attractions ou des remontées mécaniques. L'encadrement repose largement sur des normes de l'industrie, sur les exigences des assureurs et sur la rigueur interne des opérateurs.

Ce que l'on sait de l'incident

Les informations disponibles publiquement demeurent, à ce stade, celles véhiculées par TVA Nouvelles : une collision entre deux membres d'une même famille sur une longue tyrolienne du site de Rawdon, et un reproche adressé à l'exploitant quant à l'absence de surveillance suffisante. Sur une tyrolienne dite « longue », deux mécanismes de sécurité sont normalement en jeu. D'abord, l'espacement des départs : un préposé au sommet doit s'assurer que la plateforme d'arrivée est libre avant d'autoriser le suivant à s'élancer. Ensuite, la gestion de l'arrivée : soit un employé est posté pour recevoir et dégager les participants, soit un dispositif de freinage automatique et un système de rappel du chariot prennent le relais.

Quand un participant reste immobilisé en fin de course — parce qu'il n'a pas eu assez d'élan pour atteindre la plateforme, un phénomène courant chez les enfants légers ou par vent contraire — et qu'un second départ est autorisé, la collision devient presque mécanique. C'est précisément ce type de séquence que les protocoles d'exploitation sont censés rendre impossible. La question centrale n'est donc pas « est-ce que ça arrive », mais « qui vérifie que le protocole existe, qu'il est écrit, et qu'il est appliqué le mardi après-midi de la semaine de la relâche comme le samedi de la fête du Travail ».

Arbraska, un acteur majeur du plein air commercial

Arbraska exploite plusieurs sites au Québec et en Ontario, dont celui de Rawdon, aménagé à proximité du secteur des chutes Dorwin, l'un des attraits les plus fréquentés de la MRC de Matawinie. L'entreprise fait partie du groupe Aerial Adventures. Le site de Rawdon combine parcours dans les arbres, tyroliennes et activités familiales, et s'adresse en bonne partie à une clientèle intergénérationnelle — exactement le profil de la famille impliquée.

Ce positionnement n'est pas anodin. Un parcours conçu pour accueillir aussi bien un enfant de 40 kilos qu'un adulte de 90 kilos impose une gestion différenciée des vitesses d'arrivée. Les manuels d'exploitation des normes internationales insistent d'ailleurs sur ce point : les écarts de masse entre participants consécutifs font partie des facteurs de risque à évaluer avant chaque départ.

Le vide réglementaire québécois

Au Québec, la sécurité des « manèges et jeux mécaniques » est encadrée par la Régie du bâtiment du Québec (RBQ), qui exige notamment des vérifications annuelles par un ingénieur pour les équipements visés. Les remontées mécaniques des stations de ski relèvent également d'un régime précis. Mais les parcours aériens et les tyroliennes de type « aventure » occupent une position ambiguë : ils ne sont pas des manèges au sens classique, puisque le participant est actif et responsable de sa propre progression, et ils ne sont pas non plus des remontées mécaniques.

Dans les faits, l'industrie s'est dotée elle-même de repères. Les normes de l'ACCT (Association for Challenge Course Technology) et celles de l'ANSI/ACCT aux États-Unis, ainsi que la série européenne EN 15567 pour les parcours acrobatiques en hauteur, définissent les exigences de conception, d'inspection périodique et de formation du personnel. Ces normes prévoient, entre autres, un ratio minimal de surveillants par participant et des protocoles d'espacement obligatoires. Plusieurs opérateurs québécois s'y conforment volontairement, souvent parce que leurs assureurs l'exigent avant d'émettre une police. Mais « volontairement » signifie précisément qu'aucun inspecteur de l'État ne se présente sans préavis pour vérifier l'application.

Au Canada, l'Ontario s'est doté d'un régime distinct : les dispositifs de divertissement y sont supervisés par la TSSA (Technical Standards and Safety Authority), qui délivre des permis d'exploitation et impose des inspections. Un même exploitant peut donc être soumis à des exigences de contrôle différentes selon la province où se trouve son site. Cette asymétrie est rarement expliquée au client qui achète son billet en ligne.

Pourquoi l'enjeu est particulièrement lourd dans Lanaudière

Rawdon et l'ensemble de la Matawinie ont fait du tourisme d'aventure et de nature un axe économique central. Chutes, sentiers, parois d'escalade, rafting sur la Rouge et la L'Assomption, via ferrata, parcs régionaux : l'offre s'est densifiée depuis une quinzaine d'années, et encore davantage depuis la vague de tourisme de proximité qui a suivi la pandémie. Tourisme Lanaudière mise explicitement sur cette identité de « région de plein air » à moins d'une heure de Montréal.

Ce succès crée une dépendance. Un incident médiatisé dans un parc d'aventure n'entache pas seulement la réputation d'un exploitant, il touche une marque régionale que des dizaines d'entreprises partagent. C'est ce qui explique pourquoi, historiquement, les associations sectorielles québécoises ont plaidé pour un encadrement plus formel : la crédibilité collective d'un secteur repose sur le maillon le plus faible.

À cela s'ajoute une réalité de main-d'œuvre. Les parcs d'aventure fonctionnent avec des équipes largement saisonnières, souvent composées d'étudiants formés en quelques jours. La qualité de la formation initiale et la supervision en cours de saison deviennent alors le véritable rempart. Quand un poste de surveillant sur une plateforme d'arrivée n'est pas comblé un jour de forte affluence, c'est là que le protocole s'effrite.

À qui un client s'adresse-t-il quand ça tourne mal?

C'est peut-être la partie la plus déroutante du dossier. Un participant blessé dans un parcours aérien au Québec n'a pas d'autorité d'inspection unique à qui déposer une plainte. Selon la nature de l'événement, plusieurs portes existent, mais aucune ne couvre tout :

  • La CNESST intervient si un travailleur est blessé, pas un client.
  • La Régie du bâtiment peut être interpellée pour certains équipements, selon leur qualification technique.
  • L'Office de la protection du consommateur peut traides questions contractuelles, notamment la validité des clauses de renonciation signées à l'accueil.
  • La voie civile — poursuite contre l'exploitant — reste souvent le seul mécanisme réellement efficace, avec les délais et les coûts que cela implique.

Sur les clauses de renonciation, justement : au Québec, un formulaire signé avant une activité ne constitue pas un blanc-seing. L'article 1474 du Code civil prévoit qu'une personne ne peut exclure sa responsabilité pour un préjudice corporel causé par une faute lourde ou intentionnelle. Autrement dit, une renonciation peut couvrir les risques inhérents à l'activité — une entorse en atterrissant — mais difficilement un défaut de surveillance ayant provoqué une collision évitable. C'est exactement le terrain sur lequel se joue le litige évoqué par TVA Nouvelles.

Ce qui pourrait changer

Le timing de cet incident n'est pas neutre : il survient au lendemain du déclenchement de la campagne électorale québécoise, alors que les partis multiplient les annonces de candidatures dans Lanaudière — Québec solidaire a complété son équipe régionale, le Parti conservateur du Québec a présenté Steve Piché dans Berthier, et l'ancien député Nicolas Girard tente un retour pour le Parti Québécois dans Repentigny, selon Mon Joliette. La sécurité des activités récréatives commerciales ne figure dans aucune plateforme, mais un dossier comme celui-ci a historiquement le potentiel de faire bouger un ministère lorsqu'il se répète.

Pour l'instant, trois pistes concrètes sont sur la table dans le milieu : rendre obligatoire l'adhésion à une norme reconnue pour tout exploitant commercial de parcours aérien, imposer une inspection tierce annuelle avec dépôt du rapport auprès d'une autorité publique, et instaurer un registre des incidents accessible — un outil qui existe dans d'autres juridictions et qui permettrait de savoir si Rawdon est un cas isolé ou le symptôme d'un problème structurel.

En attendant, le conseil le plus utile aux familles reste terre à terre : demander, avant de payer, quelle norme l'exploitant applique, s'il y a un employé posté à l'arrivée des longues tyroliennes, et selon quel délai les départs sont espacés. Ce sont des questions que personne ne devrait avoir à poser. C'est précisément parce qu'il faut les poser que le débat est ouvert.