Laval

Le Collège Montmorency dépasse les 10 000 étudiants et ferme la porte à des candidats : Laval paie le prix d'un seul cégep

Avec 10 166 inscrits à la formation régulière, l'unique cégep public de Laval a dû refuser des demandes d'admission. Un record qui met en lumière un déficit structurel d'enseignement supérieur dans la troisième ville du Québec.

Un seul cégep public pour près d'un demi-million d'habitants. C'est l'équation lavalloise, et elle vient d'atteindre son point de rupture. À la rentrée, le Collège Montmorency a franchi pour la première fois de son histoire la barre des 10 000 étudiants à la formation régulière — 10 166, précisément —, un sommet que l'établissement n'a pu absorber qu'en refusant certaines demandes d'admission, comme le rapportait le Courrier Laval.

Le chiffre est spectaculaire. Le sous-texte l'est davantage : dans la troisième ville en importance au Québec, des jeunes qui répondent aux critères d'admission d'un programme collégial se font dire non, non pas pour des raisons académiques, mais parce qu'il n'y a plus de place.

Un établissement conçu pour beaucoup moins

Fondé en 1969 dans la foulée de la création du réseau collégial québécois, le Collège Montmorency s'est installé dans le secteur Sainte-Rose avant d'emménager en 1978 dans ses locaux actuels du boulevard de la Concorde Ouest, à Chomedey, à deux pas de la station de métro Montmorency. L'établissement a été pensé, à l'origine, pour une clientèle nettement plus modeste que celle qu'il accueille aujourd'hui.

En une décennie, la population étudiante a bondi. Le cégep tournait autour de 7 000 étudiants à la formation régulière au milieu des années 2010; il en compte maintenant plus de 10 000, auxquels s'ajoutent les milliers d'inscriptions à la formation continue et aux services aux entreprises. Cette croissance n'est pas un accident statistique : elle suit la courbe démographique lavalloise.

Selon les données de l'Institut de la statistique du Québec, Laval a franchi le cap des 450 000 habitants et poursuit une croissance soutenue, alimentée à la fois par l'immigration internationale et par l'arrivée de jeunes familles en provenance de Montréal. Or, les cohortes qui arrivaient à la maternelle il y a quinze ans frappent aujourd'hui aux portes du cégep. Le phénomène était prévisible; il était même prévu.

Le bricolage comme stratégie d'accueil

Faute de pouvoir agrandir indéfiniment, le Collège Montmorency a multiplié les solutions de contournement. Horaires étendus en soirée et en fin d'après-midi, location de locaux à l'extérieur du campus principal, offre de certaines formations dans des espaces satellites, densification de l'utilisation des laboratoires : l'établissement fonctionne à plein régime sur une plage horaire élargie.

Cette adaptation a un coût, rarement chiffré, mais bien réel. Un étudiant dont les cours se terminent à 21 h n'a pas la même expérience collégiale que celui qui termine à 15 h. La vie étudiante, les activités parascolaires, l'accès aux services d'aide à la réussite, la disponibilité des enseignants en dehors des heures de classe : tout cela se comprime lorsqu'un campus doit faire entrer 10 000 personnes dans des murs conçus pour beaucoup moins.

Le cégep a par ailleurs bénéficié d'investissements ces dernières années, notamment pour des travaux d'agrandissement et de réaménagement. Mais l'ajout de mètres carrés suit rarement le rythme de l'ajout d'étudiants, d'autant que les projets d'infrastructure en enseignement supérieur s'étalent sur des horizons de cinq à dix ans, du moment où un besoin est documenté jusqu'à la livraison des locaux.

Qui décide, et sur quelles bases?

C'est ici que le dossier devient politique. La capacité d'accueil d'un cégep n'est pas fixée par le cégep lui-même. Le ministère de l'Enseignement supérieur autorise les programmes, encadre le devis scolaire — soit le nombre d'étudiants qu'un établissement est réputé pouvoir accueillir — et arbitre les demandes d'investissement en infrastructures dans le cadre du Plan québécois des infrastructures, révisé chaque année au moment du budget.

Les établissements soumettent leurs besoins; Québec tranche selon ses priorités et sa capacité financière. Dans un contexte de compressions budgétaires dans le réseau collégial et universitaire — plusieurs cégeps et universités ont dû présenter des plans de retour à l'équilibre au cours de la dernière année —, l'ouverture d'un nouvel établissement représente une décision d'une tout autre ampleur qu'un simple agrandissement.

Et c'est précisément la question que soulève le cas lavallois : à quel moment le refus répété de candidatures qualifiées devient-il le signal qu'il manque une institution, et non seulement des salles de classe?

Le point de comparaison : Longueuil, Gatineau, Terrebonne

La comparaison avec d'autres pôles de banlieue est éclairante. La couronne sud est desservie par plusieurs établissements collégiaux publics — Édouard-Montpetit à Longueuil avec son École nationale d'aérotechnique à Saint-Hubert, le Cégep de Saint-Jean-sur-Richelieu, celui de Saint-Hyacinthe et celui de Sorel-Tracy —, en plus d'une présence universitaire structurée à Longueuil, où l'Université de Sherbrooke exploite un campus établi de longue date.

Dans la couronne nord, le Cégep régional de Lanaudière fonctionne selon un modèle multicampus à Joliette, Terrebonne et L'Assomption, tandis que le Cégep de Saint-Jérôme dessert les Laurentides et a développé une antenne à Mont-Tremblant. Autrement dit : les régions voisines ont fragmenté leur offre pour la rapprocher des populations. Laval, elle, a concentré la sienne dans un seul point.

Sur le plan universitaire, le portrait est tout aussi asymétrique. L'Université de Montréal exploite un campus à Laval, à proximité du métro Montmorency, et l'Institut national de la recherche scientifique y a implanté son Centre Armand-Frappier Santé Biotechnologie — un pôle de recherche reconnu, dont la fondation vient d'ailleurs de conclure un partenariat avec le Centre québécois d'innovation en biotechnologie pour appuyer les jeunes entreprises en sciences de la vie, comme le rapportait le Courrier Laval. Mais un campus satellite et un centre de recherche spécialisé ne constituent pas une université complète offrant l'ensemble des programmes de premier cycle.

Résultat : le parcours typique du jeune Lavallois demeure un aller-retour quotidien vers Montréal.

L'équité territoriale, un enjeu concret

On pourrait objecter que Laval est bien reliée à Montréal. La ligne orange du métro s'y rend depuis 2007, le Réseau express métropolitain dessert désormais une partie du territoire, et les circuits d'autobus de la Société de transport de Laval convergent vers les stations. Traverser la rivière des Prairies n'est pas traverser le Nunavik.

Sauf que la distance n'est pas qu'une affaire de kilomètres. Les recherches sur la persévérance scolaire au collégial montrent de façon constante que l'éloignement du domicile, le temps de déplacement quotidien et le coût du transport pèsent sur le risque d'abandon, particulièrement chez les étudiants de première génération, ceux issus de milieux moins favorisés et ceux qui doivent concilier études et emploi. Une heure de transport par jour, c'est une heure de moins pour étudier, travailler ou dormir.

À Laval, où les secteurs de Chomedey, de Pont-Viau et de Saint-François présentent des profils socioéconomiques contrastés et une forte proportion de résidents issus de l'immigration, ces variables ne sont pas théoriques. Un refus d'admission à Montmorency ne signifie pas seulement « allez ailleurs »; il peut signifier, pour certains, « faites autre chose ».

Ce qui vient ensuite

Le dossier n'est pas nouveau. L'idée d'un deuxième cégep public ou d'un campus universitaire complet à Laval circule depuis des années dans les milieux municipaux et scolaires, portée épisodiquement par des élus et des acteurs du développement économique. Elle bute chaque fois sur le même obstacle : la démonstration du besoin, puis l'arbitrage budgétaire.

Le seuil des 10 000 étudiants, assorti d'un refus documenté de candidatures, change la nature de la démonstration. Il ne s'agit plus d'anticiper une pression future, mais de constater une saturation présente. Reste à voir si Québec y verra un signal suffisant pour inscrire un nouveau projet au Plan québécois des infrastructures — un processus qui, même dans le meilleur des scénarios, ne produirait pas de nouvelles places avant la fin de la décennie.

D'ici là, le Collège Montmorency continuera d'étirer ses horaires, de louer des locaux et de trier des dossiers. Et chaque automne, quelques centaines de jeunes Lavallois prendront le métro vers le sud.