Laval

Huit feux de cuisine en huit mois à Laval : quand le danger vient de la cuisinière

Deux Lavallois blessés en 48 heures, un huitième feu d'huile de cuisson en 2025 et un court-circuit de sécheuse : le décompte du SSIL pointe des causes répétitives et largement évitables.

Deux interventions du Service de sécurité incendie de Laval (SSIL) en fin de semaine dernière ont fait deux blessés dans des circonstances qui n'ont rien d'exceptionnel — et c'est précisément ce qui inquiète. Le samedi 29 août, une résidente du boulevard Lévesque Est a été sérieusement incommodée par la fumée dégagée par un court-circuit électrique de sa sécheuse; les paramédicaux d'Urgences-santé ont dû la prendre en charge sur place. Le lendemain, dimanche 30 août vers 17 h 14, un homme a subi de sérieuses brûlures aux mains en tentant vraisemblablement de maîtriser un feu déclenché par la surchauffe d'huile de cuisson sur une cuisinière, dans un logement de la 100e Avenue, à Chomedey.

Le Courrier Laval, qui a rapporté les deux événements, précise que l'incendie de la 100e Avenue constitue le huitième feu de cuisine recensé par le SSIL depuis le début de 2025. Huit incendies en huit mois, tous liés à la même séquence : une casserole d'huile laissée sur un rond, une distraction, une flambée.

Deux blessés, deux scénarios classiques

L'enclave de Chomedey où s'est produit l'événement de dimanche est fortement résidentielle, coincée entre les grands axes du secteur. Rien d'atypique dans le bâti, rien d'atypique non plus dans la cause. C'est justement le problème : les feux d'huile de cuisson figurent année après année en tête des causes d'incendie résidentiel au Québec, et les blessures qui les accompagnent surviennent le plus souvent au moment où l'occupant tente d'éteindre lui-même les flammes.

Le réflexe de saisir la casserole à mains nues pour la sortir de la maison — ou pire, d'y jeter de l'eau — explique une bonne part des brûlures graves. L'eau versée dans de l'huile surchauffée provoque une vaporisation instantanée qui projette l'huile enflammée sur plusieurs mètres. Les services d'incendie répètent la consigne inverse depuis des décennies : couper la source de chaleur, couvrir la casserole avec un couvercle métallique ou une plaque à biscuits, et ne jamais la déplacer.

Le cas de la sécheuse du boulevard Lévesque Est relève d'une autre famille de risques, tout aussi documentée. Les appareils de séchage figurent parmi les électroménagers les plus souvent en cause dans les incendies domestiques, généralement en raison d'une accumulation de charpie dans le conduit d'évacuation, d'un conduit écrasé ou d'une défaillance électrique. Ici, c'est un court-circuit qui a mis le feu, et c'est la fumée — non les flammes — qui a envoyé la résidente aux soins. Rappel utile : dans la grande majorité des décès liés aux incendies, ce sont les gaz de combustion, et non le feu lui-même, qui tuent.

Ce que le décompte du SSIL raconte vraiment

Huit feux de cuisine en huit mois sur un territoire de plus de 450 000 habitants, ce n'est pas une épidémie en chiffres absolus. Mais le chiffre prend son sens quand on le lit comme un indicateur de récurrence : il s'agit chaque fois du même enchaînement de gestes, du même appareil, de la même minute d'inattention. Autrement dit, d'une catégorie d'incendies presque intégralement évitables.

À l'échelle québécoise, le ministère de la Sécurité publique compile chaque année les déclarations des services municipaux dans son rapport sur les incendies déclarés. Les données publiées ces dernières années placent systématiquement les erreurs humaines et la défaillance d'équipements en tête des causes probables, la cuisson étant l'activité la plus fréquemment associée aux départs de feu dans le secteur résidentiel. Le portrait lavallois n'a donc rien d'une anomalie locale : il reflète une tendance nationale que la prévention peine à infléchir.

Ce qui distingue Laval, c'est la structure de son territoire. Troisième ville en importance au Québec, elle compte un parc résidentiel largement construit entre les années 1950 et 1980, période d'expansion fulgurante des anciennes municipalités de l'île Jésus. Une part importante de ces bâtiments a été érigée avant l'entrée en vigueur des exigences modernes en matière d'avertisseurs de fumée, de séparation coupe-feu et de capacité électrique. Beaucoup de logements ont depuis été rénovés, mais rarement dans une logique de mise à niveau incendie complète. Les panneaux électriques d'origine, les prises non mises à la terre et les conduits de sécheuse improvisés survivent dans un nombre non négligeable de résidences.

Prévention : l'obligation légale existe, les moyens sont l'enjeu

Depuis la Loi sur la sécurité incendie et l'adoption des schémas de couverture de risques, chaque municipalité québécoise doit se doter d'un programme de prévention comprenant, notamment, la visite périodique des résidences pour vérifier la présence et le fonctionnement des avertisseurs de fumée. Le principe est simple : un avertisseur fonctionnel réduit de façon majeure le risque de décès en cas d'incendie. Or, les bilans provinciaux montrent régulièrement qu'une proportion importante des bâtiments incendiés n'avait aucun avertisseur, ou un avertisseur inopérant faute de pile.

À Laval, le SSIL mène des visites de prévention résidentielle et déploie des campagnes de sensibilisation, notamment durant la Semaine de la prévention des incendies, qui se tient chaque année en octobre sous l'égide du ministère de la Sécurité publique. Le service participe aussi aux opérations de changement de piles au moment du passage à l'heure normale.

Mais le calcul est implacable : visiter l'ensemble des unités d'habitation d'une ville de plus de 450 000 personnes suppose des dizaines de milliers de visites par cycle. Chaque visite mobilise des pompiers ou des préventionnistes pendant que les opérations d'intervention doivent continuer de rouler. C'est le nœud du dossier. Un service d'incendie municipal est financé et évalué d'abord sur sa capacité à répondre vite; la prévention, elle, produit des résultats invisibles — les incendies qui n'ont pas eu lieu — et se retrouve structurellement en concurrence avec l'urgence.

La question mérite d'être posée aux élus lavallois à l'approche du cycle budgétaire municipal : combien d'équivalents temps plein le SSIL consacre-t-il réellement à la sensibilisation, et ce ratio a-t-il suivi la croissance démographique de la ville? Laval a gagné des dizaines de milliers de résidents en une décennie, avec une densification marquée le long des axes du métro et des grands boulevards, où les tours d'habitation multiplient les cuisines et les buanderies dans un même bâtiment.

Les gestes qui changent tout

En attendant les arbitrages budgétaires, l'essentiel du travail repose sur les occupants eux-mêmes. Pour la cuisson : ne jamais quitter la pièce lorsqu'un corps gras chauffe, garder un couvercle à portée de main, éviter les vêtements amples près des ronds, et nettoyer régulièrement la hotte et les grilles, où la graisse accumulée agit comme un accélérant.

En cas de flambée d'huile, la marche à suivre tient en trois gestes : fermer le rond, glisser un couvercle sur la casserole, laisser refroidir sans y toucher. Pas d'eau. Pas de farine. Pas de déplacement de la casserole. Un extincteur à poudre polyvalente ABC, installé à l'écart de la cuisinière — pour qu'on puisse l'atteindre sans traverser les flammes —, complète l'arsenal.

Pour la sécheuse : vider le filtre à charpie après chaque brassée, faire inspecter et nettoyer le conduit d'évacuation au moins une fois l'an, privilégier un conduit rigide en métal plutôt qu'un boyau de plastique ou de vinyle, et éviter de faire fonctionner l'appareil en l'absence des occupants ou la nuit. Tout comportement anormal — odeur de brûlé, vêtements anormalement chauds, cycles qui s'allongent — doit être considéré comme un signal d'alarme.

Enfin, l'avertisseur de fumée. Un par étage, à l'extérieur des chambres, testé chaque mois, pile changée une fois l'an et appareil remplacé au bout de dix ans. Dans le cas du boulevard Lévesque Est, c'est la fumée qui a blessé; une détection précoce fait souvent toute la différence entre une évacuation et une hospitalisation.

Un dossier à suivre

Les deux interventions du week-end s'ajoutent à une liste qui s'allonge. Le Courrier Laval, comme Média Laval, couvre régulièrement l'activité du SSIL, et le neuvième feu de cuisine de l'année n'attendra probablement pas la fin de l'automne. La vraie question n'est pas de savoir s'il surviendra, mais si le prochain occurra dans un logement où quelqu'un aura reçu, ne serait-ce qu'une fois, la visite d'un préventionniste.