Abitibi-Témiscamingue

Fonderie Horne : quand la norme d'arsenic redevient une monnaie d'échange électorale

À un mois du scrutin, Paul St-Pierre Plamondon renonce à forcer Glencore à respecter la norme québécoise d'arsenic. Un glissement qui en dit long sur le rapport de force entre Québec et une région minière.

Il y a trois ans, l'arsenic de la Fonderie Horne était devenu l'un des dossiers environnementaux les plus explosifs du Québec. Des audiences publiques bondées, des parents en larmes, des pancartes « Notre santé n'est pas à vendre » dans les rues du quartier Notre-Dame. Aujourd'hui, à un mois du scrutin du 5 octobre, le vocabulaire a changé. On ne parle plus d'obligation réglementaire, mais de « financement », de « faisabilité », de « transition ». Et c'est un chef souverainiste, historiquement proche des mouvements citoyens, qui vient d'entériner ce glissement.

Ce que PSPP a dit — et ce qu'il n'a pas dit

Selon ce qu'a rapporté Radio-Canada Abitibi-Témiscamingue, le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, n'entend plus forcer Glencore à respecter la norme québécoise d'arsenic dans l'air à Rouyn-Noranda. Il n'a pas complètement fermé la porte à une contribution financière de la multinationale suisse pour la suite des choses, mais a précisé que ce n'était « pas sur la table ».

La nuance est importante, et elle est révélatrice. Passer de « nous imposerons la norme » à « nous négocierons un financement », c'est déplacer le curseur de la contrainte vers la collaboration. C'est aussi, implicitement, reconnaître que l'État québécois estime ne pas disposer — ou ne pas vouloir user — d'un levier suffisant pour imposer sa propre norme sanitaire à une entreprise qui emploie plus de 600 personnes dans une ville de 42 000 habitants.

Rappelons le contexte réglementaire. La norme québécoise pour l'arsenic dans l'air ambiant est de 3 nanogrammes par mètre cube (ng/m³). La Fonderie Horne, seule fonderie de cuivre au Canada et unique installation du genre à traiter des matières électroniques recyclées à cette échelle, bénéficie depuis des décennies d'une attestation d'assainissement lui permettant de dépasser largement ce seuil. En 2022, les concentrations mesurées dans le quartier Notre-Dame tournaient autour de 87 ng/m³ en moyenne annuelle, soit près de trente fois la norme.

L'entente de 2023 : une cible, pas une norme

En mars 2023, le gouvernement caquiste a délivré une nouvelle attestation d'assainissement fixant une trajectoire : descendre à 15 ng/m³ d'ici la fin de 2027. Le ministre de l'Environnement de l'époque, Benoit Charette, avait défendu cette approche graduelle en évoquant les emplois et la complexité technique. Les groupes citoyens, eux, y avaient vu une capitulation : cinq fois la norme, tolérés pour au moins cinq ans de plus.

Entre-temps, les données de santé publique se sont accumulées. La Direction de santé publique de l'Abitibi-Témiscamingue avait estimé que l'exposition à l'arsenic dans le quartier Notre-Dame pouvait entraîner un excès de cas de cancer du poumon, et une étude de biosurveillance menée auprès d'enfants du secteur avait révélé des concentrations d'arsenic dans les ongles supérieures à celles mesurées ailleurs au Québec. L'Institut national de santé publique du Québec a produit plusieurs avis sur la question. Le débat n'a jamais porté sur l'existence du risque, mais sur le rythme auquel on accepte de le réduire.

Pourquoi le recul du PQ change la donne

En 2022, aux dernières élections générales, l'arsenic de Rouyn-Noranda avait été un thème de campagne national. Québec solidaire et le Parti québécois avaient tous deux réclamé un retour rapide à 3 ng/m³. Le PQ, qui n'avait alors que trois députés, pouvait se permettre la fermeté d'une formation sans responsabilité gouvernementale immédiate.

La situation de 2026 est différente. Le PQ se présente cette fois comme un parti aspirant au pouvoir, avec une plateforme économique qui met de l'avant la valorisation des ressources naturelles et la filière batterie — laquelle dépend, précisément, du cuivre et des métaux critiques. Or la Fonderie Horne s'est repositionnée dans le discours public comme un maillon du recyclage des métaux stratégiques et de l'économie circulaire, un argument qui résonne fortement dans un contexte de tensions commerciales avec les États-Unis.

Ce repositionnement n'est pas anodin. Il transforme une usine perçue comme un pollueur historique en actif stratégique national. Et quand une installation devient stratégique, la norme sanitaire cesse d'être un plancher non négociable pour devenir un paramètre à optimiser.

Une région qui demande justement d'être traitée différemment

Le moment de cette annonce mérite qu'on s'y arrête. Radio-Canada rapporte que le milieu municipal de l'Abitibi-Témiscamingue dévoilera le 8 septembre cinq priorités régionales en vue du scrutin, dont la reconnaissance du « caractère particulier » de la région.

Cette demande est légitime et ancienne. L'éloignement, la faible densité, les coûts de transport, la difficulté à recruter du personnel médical, l'état des infrastructures : autant de réalités qui justifient des programmes adaptés plutôt que des enveloppes calculées au prorata de la population. La circonscription voisine d'Ungava illustre le même phénomène à une échelle encore plus extrême, comme l'a documenté Radio-Canada en soulignant que l'éloignement y fait exploser le coût du panier d'épicerie.

Mais il y a une tension à nommer. Réclamer un traitement adapté en matière de services publics, de transport et de développement économique, c'est une chose. Accepter que ce « caractère particulier » se traduise aussi par une norme sanitaire plus permissive qu'ailleurs au Québec, c'en est une autre. Aucun élu régional ne formule évidemment les choses ainsi. Mais dans les faits, Rouyn-Noranda est la seule ville québécoise où l'on discute ouvertement du seuil d'arsenic que ses résidents devraient tolérer.

Le paradoxe est d'autant plus visible que la région vit simultanément d'autres épisodes qui touchent à la qualité de base des services. À La Sarre, un avis d'ébullition émis après la détection d'E. coli dans le réseau d'aqueduc le 25 août pourrait s'étirer jusqu'au 14 septembre, selon les informations diffusées par Radio-Canada. Trois semaines sans eau potable fiable dans une ville de plus de 7 000 habitants : voilà aussi ce que recouvre la notion d'infrastructures régionales sous-financées.

Le vrai enjeu : qui détient le rapport de force

La question de fond n'est pas de savoir si Glencore va payer. C'est de savoir qui fixe les termes.

Dans le modèle réglementaire classique, l'État établit une norme fondée sur la science, et l'entreprise s'y conforme ou cesse ses activités. Dans le modèle qui s'installe à Rouyn-Noranda, l'État établit une cible négociée, l'entreprise évalue sa faisabilité économique, et la différence entre la cible et la norme est comblée par des mesures d'atténuation — rachat de maisons, zone tampon, programmes de suivi de santé — souvent cofinancées par des fonds publics.

Glencore a déjà investi des centaines de millions de dollars dans la réduction de ses émissions, et l'entreprise fait valoir des baisses réelles des concentrations mesurées. Ce n'est pas contesté. Ce qui l'est, c'est le principe : une norme environnementale qui devient l'objet d'une négociation commerciale perd sa nature de plancher sanitaire. Elle devient un plafond de dépenses acceptable.

Le recul du PQ signifie qu'aucun des partis susceptibles de former le gouvernement ne s'engage désormais à imposer les 3 ng/m³ dans un horizon défini. Québec solidaire maintient une position plus ferme, mais son poids parlementaire ne lui permettra vraisemblablement pas d'en faire une condition.

Ce qu'il faut surveiller d'ici le 5 octobre

Trois choses. D'abord, la formulation exacte des cinq priorités municipales du 8 septembre : la santé environnementale y figurera-t-elle, et sous quelle forme? Ensuite, la position des candidats locaux dans Rouyn-Noranda–Témiscamingue, où le sujet ne peut pas être esquivé. Enfin, l'échéance de 2027 : c'est le prochain gouvernement, quel qu'il soit, qui devra décider si la cible de 15 ng/m³ constitue un point d'arrivée ou une étape.

En 2022, la question posée aux partis était : « Quand ramènerez-vous l'arsenic à 3? » En 2026, elle est devenue : « Combien Glencore acceptera-t-elle de payer? » Ce déplacement, à lui seul, raconte l'histoire d'un rapport de force.