Montérégie

Fête du travail en Montérégie : quand un seul lien tombe, tout le réseau s'écroule

Fermeture complète du pont-tunnel, contresens sur l'A20 à Belœil, accident sur la 132 et service Exo au ralenti : la longue fin de semaine a exposé l'absence de plan B pour la Rive-Sud.

La longue fin de semaine de la Fête du travail devait être celle des derniers barbecues et des retours de chalet. En Montérégie, elle a surtout servi de démonstration en temps réel d'une vulnérabilité structurelle : la région dépend d'une poignée de corridors, et lorsqu'un seul de ces corridors est retiré du jeu, il n'existe plus de capacité de rechange — ni sur la route, ni dans le transport collectif.

Le portrait, tiré des bulletins de FM 103,3 et de TVA Nouvelles, tient en quatre éléments qui, mis côte à côte, forment un même dossier. Le pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine a été fermé dans les deux directions durant la fin de semaine, avec des fermetures nocturnes additionnelles de vendredi à lundi en direction de la Rive-Sud, pour permettre des travaux de réparation. Sur l'autoroute 20, entre la sortie 209 à Belœil et l'entrée de la rue Brunet à Mont-Saint-Hilaire, les automobilistes ont dû composer avec une circulation à contresens et la perte d'une voie dans chaque direction. À Longueuil, un accident impliquant plusieurs véhicules sur la route 132 a « fortement perturbé » le retour à la maison de centaines d'automobilistes, selon TVA Nouvelles. Et pendant ce temps, Exo roulait à l'horaire du samedi, avec un service à la demande limité à quelques municipalités.

Trois goulots, aucune redondance

Le problème n'est pas qu'un chantier ait eu lieu. Le problème, c'est qu'il n'y avait nulle part ailleurs à aller.

La géographie de la Rive-Sud est impitoyable : le fleuve Saint-Laurent n'est franchissable, entre Montréal et la Montérégie, que par une série de liens comptés sur les doigts d'une main — le pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine, le pont Jacques-Cartier, le pont Samuel-De Champlain, le pont Honoré-Mercier et l'estacade. Chacun de ces ouvrages fonctionne déjà près de sa capacité aux heures de pointe. Retirer le pont-tunnel, qui accueille autour de 120 000 véhicules par jour selon les données du ministère des Transports et de la Mobilité durable, revient à demander aux autres liens d'absorber un débit qu'ils n'ont mécaniquement pas les moyens de recevoir.

Le même raisonnement vaut à l'intérieur des terres. Dans la vallée du Richelieu, l'autoroute 20 est l'épine dorsale unique entre l'agglomération et les couronnes de Belœil, Mont-Saint-Hilaire, Saint-Basile-le-Grand et, plus loin, Saint-Hyacinthe. Il existe bien la route 116 et la 133, mais ce sont des routes urbaines traversant des noyaux villageois, ponctuées de feux de circulation, incapables de jouer le rôle de délestage autoroutier. Quand l'A20 perd une voie par direction, le refoulement se déverse dans les rues de Belœil et de McMasterville.

Quant à la 132, elle cumule deux fonctions incompatibles : celle d'artère locale desservant les quartiers de Longueuil et celle de corridor régional d'approche vers les ponts. Un simple carambolage y produit donc un double effet : il bloque les déplacements de proximité et il coupe l'accès aux liens interrives. C'est exactement ce que décrit TVA Nouvelles.

Le transport collectif, plan B absent les jours fériés

Dans une région bien maillée, la réponse à une entrave routière majeure passe par le rail et l'autobus. En Montérégie, cette réponse existe sur papier — le REM, les lignes d'autobus du RTL, les trains d'Exo, le terminus Longueuil — mais elle se contracte précisément les jours où la route flanche.

FM 103,3 le rapportait clairement : durant la Fête du travail, les autobus d'Exo circulaient selon l'horaire du samedi, tandis que le service Exo à la demande n'était offert qu'à Candiac, Delson et quelques autres secteurs. Les lignes de train de banlieue de la Montérégie, elles, sont historiquement conçues pour la navette de semaine : peu ou pas de départs les fins de semaine et jours fériés sur la ligne Saint-Hilaire, par exemple.

La logique est défendable sur le plan budgétaire — on ne fait pas rouler des rames vides. Mais elle crée un angle mort : les jours fériés sont aussi ceux où le ministère des Transports concentre ses chantiers majeurs, justement parce que les débits de navetteurs sont plus faibles. Résultat, les deux courbes se croisent au pire moment. Le réseau routier est amputé et le réseau collectif est en mode réduit. L'usager sans automobile — ou l'automobiliste pris dans un bouchon de plusieurs heures — n'a strictement aucune porte de sortie.

L'entretien reporté finit toujours par se payer

Les travaux du pont-tunnel ne sont pas un caprice. L'ouvrage, inauguré en 1967, a fait l'objet d'un vaste programme de réfection dont les travaux se sont étalés sur plusieurs années, avec des fermetures de tubes qui ont marqué l'imaginaire des navetteurs de la Rive-Sud depuis 2020. Chaque fin de semaine de fermeture est le prix d'un rattrapage sur des décennies d'entretien différé.

Ce schéma se répète à l'échelle municipale, et les décisions récentes des conseils de la région en témoignent. FM 103,3 rapportait que Saint-Bruno-de-Montarville a accordé à Pavages Métropolitain inc. — plus bas soumissionnaire conforme — un contrat de resurfaçage sur la rue Montarville et la rue De La Rabastalière. Longueuil, de son côté, a confié l'entretien de cinq passerelles intérieures et de ses abris taxis pour la période du 1er juillet 2026 au 30 juin 2028. Ce sont des gestes de bonne administration, mais ils racontent une même histoire : celle d'un patrimoine d'infrastructures qui arrive simultanément en fin de cycle et qui doit être remis à niveau pendant qu'il est en service.

Or, réparer un réseau sans redondance signifie forcément le fermer. C'est là le nœud du problème montérégien : il n'y a pas de marge de manœuvre pour entretenir sans paralyser.

Le train de demain contre l'embouteillage d'aujourd'hui

Le contraste est saisissant avec l'autre nouvelle de la semaine. FM 103,3 signalait qu'un mégacontrat de VIA Rail aura des retombées à Saint-Bruno : le premier ministre Mark Carney a annoncé une entente de 4,7 milliards de dollars pour l'acquisition de nouveaux trains, une commande dont les répercussions industrielles touchent des fournisseurs et des installations ferroviaires en Montérégie.

C'est une excellente nouvelle économique. C'est aussi une nouvelle qui appartient à un autre horizon temporel. Les livraisons de matériel roulant se comptent en années, voire en décennie; le projet de train à grande fréquence dans le corridor Québec-Windsor, dont ces investissements font partie, ne transformera pas le quotidien d'un navetteur de Belœil coincé sur l'A20 en septembre 2026.

La région investit donc — à juste titre — dans le futur du rail, pendant que ses usagers subissent aujourd'hui l'absence d'alternative. Entre les deux, il manque une couche : celle des mesures d'atténuation immédiates, peu coûteuses et réversibles. Bonifier le service d'Exo lors des grandes entraves planifiées, plutôt que de le réduire. Coordonner explicitement le calendrier des chantiers du MTMD avec ceux des sociétés de transport pour éviter que les deux réseaux tombent le même jour. Prolonger les voies réservées d'approche vers les ponts. Communiquer les délestages avant, pas pendant.

Ce qui change, et ce qui ne change pas

À court terme, rien ne change : les chantiers du pont-tunnel et de l'A20 vont se poursuivre, car ils sont nécessaires. Ce qui pourrait changer, c'est la manière de les accompagner.

Les municipalités de la région travaillent déjà en ce sens, chacune à son échelle. Mont-Saint-Hilaire a adopté à l'unanimité un nouveau programme d'accessibilité qui vise à réduire les obstacles au déplacement, rapportait FM 103,3 — un rappel utile que la mobilité n'est pas qu'une affaire de débit automobile, mais aussi de capacité, pour une personne à mobilité réduite ou sans voiture, de se rendre où elle doit aller.

La leçon de la fin de semaine est cependant plus large que n'importe quel programme municipal. Une région de plus de 1,5 million d'habitants — la deuxième plus populeuse du Québec — ne peut pas continuer à reposer sur cinq franchissements du fleuve et une seule autoroute structurante dans la vallée du Richelieu. La résilience d'un réseau ne se mesure pas quand tout fonctionne. Elle se mesure les jours comme celui-ci.