Mardi, l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) lèvera le voile sur les résultats de son Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA), édition 2025. Comme le rappelait Le Café pédagogique cette fin de semaine, ce cycle place la culture scientifique au cœur du dispositif — après une édition 2022 dominée par les mathématiques et marquée par un recul historique dans presque tous les pays participants.
Au Québec, la publication tombe à un moment délicat : en pleine campagne électorale provinciale, où l'école — pénurie d'enseignants, réussite des garçons, cellulaires en classe, francisation, réforme des services de garde éducatifs — s'installe parmi les enjeux de premier plan. Le premier débat de circonscription est déjà annoncé pour le 16 septembre à l'Université du Québec à Rimouski, selon le Journal Le Soir. Autrement dit : les chiffres de l'OCDE atterriront dans un espace public où chaque formation politique cherchera la confirmation de son propre diagnostic.
Avant que la mêlée commence, il vaut la peine de rappeler ce que PISA mesure exactement, comment le Québec y figure, et quelles sont les limites de l'exercice.
Un test qui ne mesure pas le programme scolaire
Première chose à comprendre : PISA n'est pas un examen du ministère. L'enquête, lancée en 2000 et menée tous les trois ans (le cycle 2021 a été reporté à 2022 en raison de la pandémie), s'adresse à des élèves de 15 ans, peu importe leur niveau ou leur parcours. Elle n'évalue pas la maîtrise d'un programme national, mais la capacité à mobiliser des connaissances dans des situations nouvelles : interpréter des données, évaluer la crédibilité d'une information, raisonner devant un phénomène.
En sciences — le domaine majeur de 2025 —, cela signifie qu'on demande moins à l'élève de réciter le cycle du carbone que d'expliquer un phénomène scientifiquement, d'évaluer un protocole ou d'interpréter des résultats. Pour l'édition 2025, l'OCDE a par ailleurs mis à jour son cadre d'évaluation en sciences, en y intégrant plus explicitement des dimensions comme la compréhension des enjeux environnementaux et la capacité à reconnaître ce qui distingue une démarche scientifique d'une simple opinion. Ce genre de changement de cadre est justement l'un des motifs pour lesquels il faut lire les comparaisons dans le temps avec prudence.
À cela s'ajoute un questionnaire contextuel — sur le milieu socioéconomique, le climat de classe, le sentiment d'appartenance, l'usage des écrans — qui fournit souvent les données les plus intéressantes pour les chercheurs, mais qui fait rarement les manchettes.
Comment le Québec entre dans l'équation
Le Canada est l'un des rares pays à sur-échantillonner ses régions pour permettre des comparaisons infranationales. Concrètement, PISA est administré au Canada par le Conseil des ministres de l'Éducation (Canada), en collaboration avec les ministères provinciaux, et l'échantillon est conçu pour produire des résultats fiables province par province. C'est ce qui permet, à chaque cycle, de comparer le Québec non seulement à la France, à la Finlande ou à Singapour, mais aussi à l'Ontario, à l'Alberta ou à la Colombie-Britannique.
Au Québec, l'échantillon combine des écoles publiques francophones et anglophones ainsi que des écoles privées, en respectant la répartition réelle du réseau. Les élèves sont tirés au sort à l'intérieur des établissements sélectionnés. Le Canada participe aussi au Programme pancanadien d'évaluation (PPCE), qui suit les élèves de 8e année ou de 2e secondaire, et qui offre un point de comparaison utile — souvent plus proche des programmes d'études réels que PISA.
Ce double dispositif a une conséquence pratique : lorsqu'un parti politique citera « PISA » pour parler du Québec, il faudra vérifier de quelle donnée il s'agit — le score moyen provincial, la proportion d'élèves faibles, l'écart entre milieux favorisés et défavorisés, ou la comparaison avec la moyenne de l'OCDE. Ce ne sont pas les mêmes indicateurs, et ils ne racontent pas la même histoire.
Ce que les cycles précédents ont montré
Le portrait québécois qui ressort des vingt-cinq dernières années tient en trois traits.
Les mathématiques, force constante. Cycle après cycle, le Québec s'est classé parmi les meilleurs systèmes du monde occidental en mathématiques, généralement au sommet des provinces canadiennes et bien au-dessus de la moyenne de l'OCDE. Cette performance est souvent attribuée à la structure du programme, à la formation disciplinaire des enseignants du secondaire et à la culture d'évaluation ministérielle. Elle demeure l'argument le plus solide de ceux qui défendent l'école québécoise contre le discours du déclin.
Les sciences, solides mais en tassement. Le Québec s'est constamment situé au-dessus de la moyenne de l'OCDE en sciences, sans jamais dominer aussi nettement qu'en mathématiques. La tendance générale au Canada, comme dans la plupart des pays de l'OCDE, montre un effritement progressif des scores en sciences depuis le milieu des années 2000. C'est précisément ce que le cycle 2025 permettra de tester : le tassement se poursuit-il, se stabilise-t-il, ou s'aggrave-t-il après la pandémie ?
La lecture, le point d'attention. C'est en compréhension de l'écrit que le Québec a historiquement été le plus proche de la moyenne canadienne, parfois derrière l'Ontario et l'Alberta. Le recul observé en 2022 dans presque tous les pays a touché la lecture au moins autant que les mathématiques. Les résultats de 2025 dans ce domaine — évalué comme domaine mineur cette fois — seront donc lus avec attention.
Un quatrième élément mérite d'être souligné : le Canada figure régulièrement parmi les pays où le lien entre l'origine socioéconomique et la performance est moins étroit que dans la moyenne de l'OCDE. Le système reste inégalitaire, mais moins que beaucoup d'autres. Ce constat est celui qui résiste le mieux aux variations de cycle en cycle, et c'est aussi celui que les débats électoraux ignorent le plus souvent.
Les limites qu'il faut garder en tête
PISA est une enquête sérieuse, mais ce n'est pas un thermomètre. Plusieurs réserves méthodologiques circulent depuis des années dans la communauté scientifique.
D'abord, la comparabilité. Les taux de participation varient d'un pays à l'autre, tout comme le traitement des élèves absents, décrocheurs ou orientés hors du système régulier. Un pays où une part importante des jeunes de 15 ans a déjà quitté l'école ne mesure pas la même population qu'un pays où la scolarisation est quasi universelle à cet âge.
Ensuite, la marge d'erreur. Les scores PISA sont des estimations assorties d'intervalles de confiance. Un écart de cinq ou dix points entre deux territoires n'est souvent pas statistiquement significatif. Les « chutes au classement » annoncées à grand renfort de titres relèvent régulièrement de ce type d'illusion : c'est le nombre de participants ou la position relative qui change, pas nécessairement la performance réelle.
Il y a aussi la question du passage au numérique : l'épreuve s'administre désormais par ordinateur, et les tests adaptatifs modifient l'expérience de l'élève. Enfin, personne ne sait vraiment mesurer la motivation des participants : PISA ne compte pas dans le bulletin, et l'investissement des élèves peut varier selon les cultures scolaires.
Rien de tout cela ne rend l'exercice inutile. Mais cela invite à traiter PISA comme un indicateur parmi d'autres — à croiser avec le PPCE, les taux de diplomation par cohorte, les données ministérielles sur les élèves handicapés ou en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage (HDAA), et la recherche québécoise sur les milieux défavorisés.
Le risque de la récupération électorale
C'est ici que le calendrier devient sensible. En campagne, un chiffre isolé est un projectile. Une hausse en sciences deviendra la preuve que « les réformes fonctionnent » ; une baisse, celle que « l'école est en crise ». Les deux lectures peuvent s'appuyer sur les mêmes données, en changeant simplement de point de comparaison — la moyenne de l'OCDE, l'Ontario, ou le Québec de 2006.
Quelques réflexes de lecture s'imposent donc. Vérifier si l'écart cité est statistiquement significatif. Regarder les extrémités de la distribution — la proportion d'élèves sous le seuil de compétence de base, celle d'élèves très performants — plutôt que la seule moyenne, qui masque tout. Distinguer les tendances longues des variations d'un cycle. Et se rappeler que PISA mesure un état des acquis à 15 ans, produit de dix années de scolarité : aucun résultat de 2025 ne peut être attribué à une politique adoptée l'an dernier.
Un dernier repère, qui traverse la recherche internationale bien au-delà de PISA : le facteur le plus déterminant sur l'apprentissage demeure la qualité de l'enseignement, et donc la façon dont les systèmes recrutent, forment, soutiennent et retiennent leur personnel enseignant. La revue australienne Teacher Magazine y consacrait justement cette semaine une réflexion sur la manière de reconnaître l'expertise enseignante et de protéger le temps consacré à ce qui compte vraiment. Dans un Québec aux prises avec une pénurie persistante et un recours croissant à du personnel non légalement qualifié, c'est peut-être la variable la plus utile à surveiller — bien avant le rang dans un tableau.
Les résultats de mardi mériteront d'être lus. Ils ne mériteront pas d'être transformés en verdict.
