Côte-Nord

Sept lacs pour un immense territoire : la Haute-Côte-Nord surveille ses eaux contre le myriophylle à épis

L'organisme de bassin versant de la Haute-Côte-Nord a inventorié sept lacs cet été à la recherche de plantes exotiques envahissantes. Un filet de sécurité mince, financé par projets.

Pendant que la campagne électorale provinciale s'anime autour d'un pont sur le Saguenay, de l'avenir de la filière forestière ou de la dévitalisation de Tadoussac, une équipe réduite a passé l'été à sillonner les rives de quelques lacs de la Haute-Côte-Nord, masque et tuba à portée de main. Son mandat : repérer les premiers brins de myriophylle à épis ou d'autres plantes aquatiques exotiques envahissantes avant qu'elles ne s'installent pour de bon.

Radio-Canada a rapporté que l'Organisme de bassin versant de la Haute-Côte-Nord aura évalué sept lacs cet été, avec le soutien financier du conseil régional de l'environnement Environnement Côte-Nord. Sept plans d'eau. Sur un territoire qui en compte des milliers. C'est là que réside toute l'histoire — et tout le problème.

Ce que fait vraiment un inventaire de détection précoce

Un inventaire de détection précoce n'a rien d'un simple coup d'œil du quai. Le protocole reconnu au Québec, développé notamment par le Conseil québécois des espèces exotiques envahissantes et repris par le ministère de l'Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs, consiste à parcourir systématiquement la zone littorale d'un lac — celle où la lumière atteint le fond et où poussent les plantes aquatiques — en portant une attention particulière aux secteurs à risque élevé : rampes de mise à l'eau, débarcadères, quais, embouchures de tributaires, zones de villégiature dense.

L'objectif n'est pas de dresser un portrait exhaustif de la végétation aquatique, mais de répondre à une question binaire : y a-t-il, oui ou non, une espèce envahissante présente? Car en matière de plantes aquatiques envahissantes, la fenêtre d'intervention est étroite. Un foyer de myriophylle à épis de quelques mètres carrés, détecté rapidement, peut parfois être contenu par arrachage manuel ou recouvrement par toile de jute. Une colonie établie sur plusieurs hectares, elle, ne se déloge plus.

Sur la Côte-Nord, les inventaires réalisés ces dernières années par les organismes de bassin versant et les associations de riverains n'ont jusqu'ici pas révélé de contamination massive. C'est précisément ce qui rend la surveillance pertinente : la région fait encore partie des territoires où la prévention a du sens, contrairement à des secteurs des Laurentides, de l'Estrie, de l'Outaouais ou de la Montérégie où le myriophylle à épis est solidement implanté depuis des décennies.

Le myriophylle à épis, une plante qui ne recule pas

Le myriophylle à épis (Myriophyllum spicatum) est arrivé en Amérique du Nord au 20e siècle et progresse depuis dans les lacs québécois. Selon les données du ministère de l'Environnement et du réseau de surveillance volontaire des lacs, il a été signalé dans plus de deux cents plans d'eau au Québec, et le décompte s'allonge chaque saison.

Sa force réside dans sa reproduction : un simple fragment de tige, arraché par une hélice ou coincé sur une remorque, peut prendre racine ailleurs. La plante forme des herbiers denses qui atteignent la surface, nuisent à la baignade et à la navigation, réduisent la diversité des plantes indigènes, modifient l'habitat du poisson et peuvent affecter la qualité de l'eau lors de la décomposition des masses végétales.

D'autres espèces figurent sur la liste de surveillance : le potamot crépu, l'hydrocharide grenouillette, le châtaigne d'eau, sans oublier des envahisseurs animaux comme la moule zébrée, dont la progression dans le réseau du Saint-Laurent et dans certains lacs intérieurs inquiète les gestionnaires. Sur la Côte-Nord, la proximité du fleuve et le trafic récréatif estival constituent des voies d'entrée bien réelles.

Les vecteurs : embarcations, pêche, villégiature

L'introduction d'une plante envahissante dans un lac isolé n'est pratiquement jamais un accident naturel. Elle résulte presque toujours d'un déplacement humain.

Les embarcations arrivent en tête : coques, hélices, ancres, remorques, vives d'eau et réservoirs de ballast des bateaux de sport transportent fragments végétaux et larves. Un ponton descendu dans un lac des Laurentides le samedi et remis à l'eau dans la Haute-Côte-Nord la semaine suivante suffit. Viennent ensuite le matériel de pêche — bottes-pantalons, filets, seaux d'appâts, viviers — puis les aménagements de villégiature, comme la transplantation involontaire de plantes ornementales aquatiques ou l'introduction de terre et de sable contaminés lors de travaux de rive.

La Côte-Nord n'est pas à l'abri parce qu'elle est éloignée. Elle est à risque parce qu'elle attire : pêche sportive, chasse, villégiature, tourisme motorisé. Le trafic est saisonnier, mais il vient précisément des régions les plus contaminées du Québec.

Le chaînon manquant : aucune obligation provinciale de laver les embarcations

C'est ici que le portrait devient inconfortable. Le Québec n'impose aucune obligation générale de lavage des embarcations avant leur mise à l'eau. La responsabilité repose sur une mosaïque de règlements municipaux, de stations de lavage volontaires, de vignettes et de contrôles d'accès mis en place lac par lac, souvent à l'initiative d'associations de riverains ou de municipalités qui en assument seules les coûts.

Le résultat est prévisible : une protection très efficace là où une municipalité a les moyens et la volonté d'agir — barrières, préposés, lavage obligatoire à haute pression — et une porte grande ouverte partout ailleurs. Or les lacs de la Haute-Côte-Nord sont majoritairement bordés de territoire public, accessibles par chemins forestiers, sans rampe officielle ni surveillance. Contrôler l'accès y est, en pratique, presque impossible.

Des municipalités du sud du Québec ont bien démontré qu'un règlement obligeant le lavage et l'émission d'un certificat fonctionne. Mais l'approche à la pièce a une faille structurelle : elle ne protège pas les plans d'eau des régions qui n'ont ni la densité fiscale ni le personnel pour l'appliquer. Les organismes environnementaux réclament depuis des années un cadre provincial harmonisé. Le sujet n'a pas percé dans la présente campagne électorale, où la Côte-Nord entend surtout parler d'infrastructures routières, de traverse, de bois et de services de proximité.

Financer la prévention par petits projets

L'autre fragilité du système est budgétaire. Les organismes de bassin versant du Québec — 40 sur l'ensemble du territoire — reçoivent du ministère de l'Environnement un financement de base destiné à la planification de la gestion intégrée de l'eau. Tout ce qui dépasse ce mandat — inventaires terrain, sensibilisation, caractérisation de bandes riveraines — doit être financé par des projets ponctuels, souvent d'une seule saison.

C'est exactement le modèle observé cette année en Haute-Côte-Nord : un appui d'Environnement Côte-Nord permet d'aller voir sept lacs. L'an prochain, sans reconduction, il n'y aura peut-être aucun inventaire. Et une détection précoce n'a de valeur que si elle est répétée : un lac déclaré indemne en 2025 peut être contaminé en 2027 sans que personne ne s'en aperçoive avant que les herbiers n'atteignent la surface.

À titre de comparaison, la restauration ou le contrôle d'un lac contaminé se compte en dizaines, voire en centaines de milliers de dollars par année, sans garantie d'éradication. Les toiles de jute, l'arrachage par plongeurs, le suivi scientifique : tout cela s'additionne et se répète indéfiniment. La prévention, elle, coûte quelques milliers de dollars par lac.

Ce qui change, et ce qui devrait changer

L'exercice mené cet été a une valeur qui dépasse ses sept lacs. Il produit une donnée de référence — un état zéro — sans lequel aucune détection future ne peut être interprétée. Il forme des riverains à reconnaître les espèces. Il crée un réflexe de signalement, notamment vers l'outil Sentinelle du ministère de l'Environnement, où citoyens et organismes peuvent déclarer une observation avec photos et coordonnées.

Mais un filet à sept mailles ne retient pas grand-chose sur un territoire de la taille de la Côte-Nord. Trois leviers manquent : un financement pluriannuel stable pour les inventaires, une obligation provinciale de lavage des embarcations avec infrastructures accessibles aux régions éloignées, et une campagne de sensibilisation soutenue auprès des pêcheurs et villégiateurs de passage.

D'ici là, la meilleure protection des lacs de la Haute-Côte-Nord reste le geste individuel : inspecter, vider, nettoyer et sécher son embarcation, sa remorque et son matériel entre chaque plan d'eau. C'est peu coûteux, c'est efficace, et pour l'instant, ce n'est pas obligatoire.