Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine

Mort d'un chasseur à l'arbalète à Maria : le coroner écarte la défaillance mécanique

L'expertise balistique confirme que l'arbalète était en parfait état de fonctionner. Le coroner conclut à un accident, ce qui ramène l'attention sur le maniement de l'arme en forêt.

Un rapport de coroner vient clore l'enquête sur la mort d'un chasseur survenue à Maria, dans la Baie-des-Chaleurs. La conclusion, rapportée par Radio-Canada, tient en peu de mots : il s'agit d'un accident. L'expertise balistique commandée dans le cadre de l'investigation a établi que l'arbalète en cause, un modèle PSE Fang 350 XT, était « en parfait état de fonctionner ».

Cette phrase, en apparence anodine, est en réalité le cœur du dossier. Elle ferme une porte — celle du bris mécanique, du défaut de fabrication, du rappel de produit — et en ouvre une autre, beaucoup plus inconfortable : celle du geste humain.

Ce que l'expertise établit, et ce qu'elle laisse en suspens

Quand un décès survient de façon violente, obscure ou dans des circonstances qui soulèvent des questions, le Bureau du coroner du Québec est saisi. Le coroner investigateur a un mandat précis, défini par la Loi sur les coroners : déterminer l'identité de la personne décédée, la date, le lieu, les causes probables du décès — c'est-à-dire les maladies ou les blessures ayant mené à la mort — et les circonstances qui l'entourent. Il classe ensuite le décès selon une nature : naturelle, accidentelle, suicide, homicide ou indéterminée.

Dans le cas de Maria, la nature retenue est l'accident. C'est une catégorie qui, juridiquement, ne détermine aucune faute ni aucune responsabilité civile ou criminelle. Le Bureau du coroner le rappelle systématiquement : ses conclusions ne peuvent servir à établir la responsabilité de qui que ce soit devant les tribunaux.

L'expertise balistique, elle, répond à une question technique bien délimitée. Une arbalète est un mécanisme : un arc monté sur un fût, une corde retenue par une gâchette, un système de sécurité. Chacun de ces éléments peut faillir. Une gâchette peut se déclencher sous l'effet d'un choc. Un cran de sûreté peut être usé. Une corde peut céder. Les laboratoires spécialisés — au Québec, le Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale relève du ministère de la Sécurité publique — sont en mesure de tester ces composantes une à une.

Le verdict est sans ambiguïté : rien n'a lâché. L'arme a fonctionné exactement comme elle était censée le faire. Ce qui signifie, par élimination, que le trait est parti parce que quelque chose ou quelqu'un a actionné la détente, ou parce que l'arme se trouvait armée dans une position où elle n'aurait pas dû l'être.

Ce que l'expertise ne dit pas, en revanche, c'est le détail du geste. Un rapport de coroner reconstitue une séquence à partir des éléments disponibles — témoignages, scène, autopsie — mais il ne peut pas restituer les secondes précises qui ont précédé le drame lorsque personne n'en a été témoin direct. C'est la limite structurelle de l'exercice.

L'arbalète, une arme qui a changé de statut

L'arbalète n'est pas un accessoire marginal dans la chasse québécoise. Elle occupe aujourd'hui une place substantielle, et son encadrement réglementaire a beaucoup évolué au fil des dernières décennies.

Au Québec, la réglementation du ministère de l'Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs distingue clairement les engins de chasse : arme à feu, arc, arbalète. Chacun donne accès à des périodes de chasse différentes selon les zones. Dans plusieurs zones, la saison d'arc et d'arbalète précède celle de la carabine, ce qui explique l'attrait de ces engins pour les chasseurs qui veulent être en forêt plus tôt en automne, quand la végétation est encore dense et le comportement du gibier différent.

Une particularité importante : contrairement à l'arme à feu, l'arbalète n'est pas soumise au régime fédéral d'enregistrement et de permis de possession des armes à feu. Il n'y a pas de permis de possession et d'acquisition à détenir pour en acheter une au Canada, sauf pour certains modèles conçus pour être utilisés d'une seule main ou mesurant moins de 500 millimètres, qui sont, eux, prohibés. Un chasseur québécois doit néanmoins détenir un certificat du chasseur avec la mention appropriée pour chasser à l'arbalète, ce qui suppose la réussite du cours d'Initiation à la chasse avec arme à feu et arbalète offert par la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs.

Cette relative accessibilité, combinée à une puissance considérable — un trait d'arbalète moderne peut voyager à plus de 350 pieds par seconde, d'où la désignation du modèle en cause — crée une équation particulière. On tient entre les mains un engin capable de tuer un orignal, sans que son maniement quotidien soit entouré du même halo de solennité que celui d'une carabine.

Le maniement : là où tout se joue

Les règles de base enseignées dans les cours de la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs sont connues, mais leur application est exigeante. Une arbalète armée est une arbalète chargée : l'énergie est déjà emmagasinée dans les branches, et seule la gâchette la retient. Contrairement à une carabine, dont on peut retirer les munitions, désarmer une arbalète n'est pas une opération triviale. Cela suppose généralement de décocher un trait dans une cible ou dans un sol meuble, ou d'utiliser un dispositif de désarmement prévu à cet effet.

C'est précisément cette contrainte qui produit les situations à risque. Le chasseur qui redescend d'un mirador, qui franchit une clôture, qui traverse un fossé, qui range son équipement dans un véhicule tout-terrain, se retrouve à manipuler un engin armé. La règle veut qu'on désarme avant tout déplacement significatif, qu'on maintienne le trait pointé dans une direction sécuritaire et qu'on garde les doigts hors de la détente. Elle veut aussi qu'on hisse et descende l'arbalète d'un mirador à l'aide d'une corde, jamais en la portant.

S'ajoute la question des doigts et du pouce : la corde d'une arbalète, lors du départ du trait, balaie une trajectoire qui peut sectionner ou fracturer une main mal placée sur le fût. Les fabricants installent des ailettes de protection, mais les blessures de ce type demeurent parmi les plus fréquentes.

Un automne qui structure la région

En Gaspésie, la chasse n'est pas qu'un loisir. Elle rythme l'économie automnale : pourvoiries, zecs, réserves fauniques, hébergement, restauration, boucheries, quincailleries. La Société des établissements de plein air du Québec gère notamment la réserve faunique de Matane et celle des Chic-Chocs, deux territoires réputés pour l'orignal. Des milliers de chasseurs de l'extérieur convergent chaque automne vers la péninsule.

Cette densité d'activité explique pourquoi chaque décès en forêt résonne fortement dans la région. Elle explique aussi pourquoi les décisions du coroner y sont scrutées : elles peuvent entraîner des recommandations qui touchent directement les pratiques locales.

Ce que recommandent habituellement les coroners

Lorsqu'un coroner conclut à un accident de chasse, il peut formuler des recommandations visant à éviter que des décès semblables se reproduisent. Ces recommandations sont adressées à des organismes précis — ministère responsable de la faune, Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs, fabricants, gestionnaires de territoires — et sont rendues publiques.

Les thèmes reviennent avec régularité dans les rapports du Bureau du coroner : renforcement du volet pratique de la formation obligatoire, port du dossard fluorescent, sécurité dans les miradors et usage du harnais, procédures de désarmement, vérification de la cible et de ce qui se trouve derrière elle, et communication entre les membres d'un groupe de chasse.

Dans le cas des accidents impliquant des arbalètes, un angle revient plus spécifiquement : la nécessité de rendre le désarmement sécuritaire simple et systématique, et de mieux faire connaître les dispositifs de décochage sans trait que proposent désormais plusieurs fabricants.

Ce que ça change

Concrètement, l'écartement de la défaillance mécanique signifie qu'il n'y aura vraisemblablement pas de rappel de produit ni d'avis de sécurité visant le modèle en cause. La responsabilité de la prévention se déplace donc entièrement du côté des pratiques.

Pour les chasseurs gaspésiens qui entament ou poursuivent leur saison, le message est celui que répètent les instructeurs depuis toujours, mais qu'un rapport de coroner rend soudainement très concret : une arbalète en parfait état de marche demeure une arme mortelle. C'est même précisément parce qu'elle fonctionne parfaitement qu'elle l'est.