Laval

Cité-de-la-Santé : entre la promesse d'agrandissement et les 300 km de vélo qui financent les équipements

Pendant que Charles Milliard promet de prioriser l'agrandissement de la Cité-de-la-Santé, 200 cyclistes roulent jusqu'à Trois-Rivières pour financer des équipements du CISSS de Laval. Portrait d'un hôpital sous pression.

Les 12 et 13 septembre, près de 200 cyclistes prennent la route entre Laval et Trois-Rivières pour la 19e édition du 300 KM pour la VIE, l'événement-phare de la Fondation Cité de la Santé. Le plongeur olympique Alexandre Despatie, ambassadeur de longue date de l'organisme, sera de la partie, comme le rapportait le Courrier Laval. Objectif : amasser des fonds destinés à l'achat d'équipements médicaux pour le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Laval.

Quelques jours plus tôt, Média Laval rapportait que le candidat à la direction du Parti libéral du Québec devenu chef, Charles Milliard, s'engageait à prioriser l'agrandissement de l'Hôpital de la Cité-de-la-Santé s'il forme le prochain gouvernement au scrutin du 5 octobre 2026. Deux nouvelles apparemment sans lien. En réalité, un même dossier : celui d'un hôpital régional qui dessert plus de 450 000 personnes avec une infrastructure conçue pour une autre époque, et dont une partie du renouvellement technologique repose sur la générosité citoyenne.

Un hôpital ouvert en 1978 pour une ville qui a presque doublé

L'Hôpital de la Cité-de-la-Santé a ouvert ses portes en 1978. À l'époque, Laval comptait environ 250 000 habitants. Aujourd'hui, selon les données de l'Institut de la statistique du Québec, la région administrative de Laval dépasse les 460 000 personnes et figure parmi les régions dont la croissance démographique est la plus soutenue au Québec, portée notamment par l'immigration internationale. Le vieillissement de la population lavalloise, lui, suit la courbe québécoise : la proportion des 65 ans et plus continue de grimper, ce qui se traduit mécaniquement par une hausse des consultations, des hospitalisations et des séjours prolongés.

La Cité-de-la-Santé est l'unique hôpital général de soins aigus de l'île Jésus. C'est une particularité que peu de régions québécoises partagent : à Montréal, l'offre est répartie entre plusieurs établissements; en Montérégie, entre Charles-Le Moyne, Pierre-Boucher, Honoré-Mercier et d'autres. À Laval, tout converge vers un seul point d'entrée majeur, complété par l'Hôpital juif de réadaptation et par des services ambulatoires répartis dans les CLSC. Cette concentration explique en bonne partie pourquoi les taux d'occupation des civières lavalloises figurent régulièrement parmi les plus élevés au Québec, un constat que le Commissaire à la santé et au bien-être et les données publiques du ministère de la Santé et des Services sociaux documentent depuis des années.

Ce que le 300 KM pour la VIE finance réellement

La Fondation Cité de la Santé existe depuis 1980. Son 300 KM pour la VIE, né en 2007, est devenu l'un des événements caritatifs sportifs les plus établis dans la région : un aller-retour Laval–Trois-Rivières sur deux jours, avec une centaine de bénévoles et des équipes d'entreprises qui reviennent année après année. Les éditions récentes ont permis de récolter plusieurs centaines de milliers de dollars, cumulant depuis le lancement des sommes qui dépassent largement le cap des 10 millions de dollars remis au CISSS de Laval, tous événements confondus pour la Fondation.

Ce que ces montants achètent, c'est l'essentiel du quotidien clinique : moniteurs, appareils d'imagerie, équipements de soins intensifs, matériel pour l'unité mère-enfant, mobilier adapté, technologies de réadaptation. Des équipements que le réseau public ne finance pas toujours au rythme où ils s'usent ou deviennent obsolètes.

C'est ici que la question devient politique. Le modèle québécois prévoit que les fondations hospitalières financent le « plus » — le confort, l'innovation, le supplément d'humanité. Dans les faits, une part croissante de leurs dons sert à combler des besoins de base en équipement. Le phénomène est documenté à l'échelle canadienne, et il soulève la même interrogation partout : lorsqu'une région de près d'un demi-million d'habitants doit compter sur un peloton de 200 cyclistes pour renouveler du matériel médical, s'agit-il encore de philanthropie complémentaire ou d'un transfert tacite de responsabilité?

La promesse Milliard : ce qu'il faudrait pour qu'elle devienne un chantier

L'engagement rapporté par Média Laval — prioriser l'agrandissement de la Cité-de-la-Santé — n'est pas neuf dans son principe. Le projet d'agrandissement et de modernisation de l'hôpital figure depuis plusieurs années dans les discussions régionales et a fait l'objet d'inscriptions au Plan québécois des infrastructures (PQI), l'outil quinquennal qui recense les projets d'immobilisations gouvernementaux et leur stade d'avancement : « à l'étude », « en planification » ou « en réalisation ».

La distinction est capitale, et c'est elle qui sépare une promesse d'un chantier. Un projet « à l'étude » n'a pas d'enveloppe fermée ni d'échéancier contraignant. Un projet « en planification » a franchi l'étape du dossier d'opportunité et travaille son dossier d'affaires. Seul un projet « en réalisation » dispose d'un budget autorisé et d'un calendrier de construction. Tant qu'un engagement électoral ne se traduit pas par un déplacement de catégorie dans le PQI, il reste une intention.

Trois conditions concrètes devraient être exigées de tout parti qui promet cet agrandissement.

Le chiffrage. Combien? Pour quel nombre de lits additionnels, quelles salles d'opération, quelle capacité d'urgence? Les projets hospitaliers québécois récents donnent une échelle : l'agrandissement de l'urgence et des blocs opératoires d'un hôpital régional se compte en centaines de millions, et les dépassements de coûts sont la règle plutôt que l'exception, comme l'ont montré les chantiers du CHUM et du CUSM. Une promesse sans ordre de grandeur n'est pas vérifiable.

L'échéancier. Entre l'annonce politique et la première pelletée de terre, le délai moyen pour un projet hospitalier majeur au Québec dépasse fréquemment cinq ans, sans compter la construction elle-même. La création de Santé Québec, l'agence qui gère depuis 2024 les opérations du réseau, a ajouté une couche de réorganisation dont les effets sur la vitesse d'exécution des projets d'immobilisations restent à démontrer.

La main-d'œuvre. C'est la condition la moins discutée et probablement la plus déterminante. Des murs neufs ne soignent personne. Le CISSS de Laval, comme l'ensemble du réseau, compose avec des postes vacants en soins infirmiers, en inhalothérapie, en imagerie médicale et en soutien administratif. Ouvrir des lits supplémentaires sans personnel pour les couvrir revient à construire des chambres fermées. Toute promesse d'agrandissement crédible devrait être accompagnée d'un plan de dotation chiffré et d'un calendrier de recrutement.

Un contexte lavallois particulier

La question de la santé résonne d'autant plus à Laval cet automne que le maire Stéphane Boyer a annoncé sur ses réseaux sociaux, comme l'a rapporté le Courrier Laval, avoir reçu un diagnostic de méningiome, une tumeur au cerveau, après des mois de maux de tête et de troubles visuels. L'annonce a suscité une vague de soutien dans la communauté. Elle rappelle aussi, très concrètement, que l'accès à l'imagerie diagnostique — les délais pour une résonance magnétique demeurent un point de friction dans plusieurs régions — n'est pas une abstraction budgétaire.

Ailleurs dans la vie lavalloise, d'autres signaux témoignent d'une région en croissance rapide : le Collège Montmorency a franchi cet automne le cap des 10 000 étudiants à la formation régulière, une première, selon Média Laval. Une donnée qui n'est pas sans lien avec le dossier hospitalier : le cégep forme notamment en soins infirmiers, et les bassins de main-d'œuvre régionaux se construisent là.

Ce qu'il faut surveiller d'ici le 5 octobre

La campagne électorale québécoise mettra inévitablement la santé au premier plan, et Laval sera un terrain disputé. Trois indicateurs permettront de distinguer les engagements sérieux des slogans : la présence d'un montant précis, la mention explicite d'un statut au PQI, et l'existence d'un volet ressources humaines.

En attendant, les 200 cyclistes rouleront. Et le CISSS de Laval recevra un chèque qui, à sa manière, mesure exactement l'écart entre les besoins d'un hôpital régional et ce que le budget public y consacre.