Laval

Laval ouvre les portes de ses écoles secondaires pendant que son cégep éclate ses murs

Le 12 septembre, les familles lavalloises visitent les écoles secondaires publiques. Au même moment, le Collège Montmorency franchit le cap des 10 000 étudiants. Portrait d'un réseau sous pression.

Ce samedi 12 septembre, des milliers de parents lavallois vont faire la tournée. Gymnases décorés, kiosques de programmes particuliers, élèves-guides en uniforme : la journée portes ouvertes des écoles secondaires publiques de Laval est un rituel de septembre, mais elle arrive cette année dans un contexte qui mérite qu'on s'y attarde. Car pendant que les écoles vendent leurs concentrations sport, musique, science et arts, le réseau lavallois, lui, arrive à saturation à toutes les étapes du parcours — jusqu'au Collège Montmorency, qui vient de franchir pour la première fois le cap des 10 000 étudiants à la formation régulière.

Une journée, une douzaine d'écoles, et un vrai marché

Comme le rapportait Média Laval au début du mois, la journée du 12 septembre 2026 permet aux futurs élèves de 6e année — et à leurs parents — de visiter les écoles secondaires du Centre de services scolaire de Laval. La liste couvre à peu près tout le territoire : L'Odyssée-des-Jeunes et Horizon Jeunesse dans le secteur Vimont-Auteuil, Poly-Jeunesse à Fabreville, Curé-Antoine-Labelle à Sainte-Rose, Saint-Maxime à Chomedey avec son point de service à Sainte-Dorothée, Mont-de-La Salle à Laval-des-Rapides, Saint-Martin à Chomedey, Georges-Vanier et Leblanc dans l'est de l'île, et De la Croisée à Laval-des-Rapides.

On parle ici d'un des plus gros centres de services scolaires du Québec. Le CSS de Laval encadre plus de 60 000 élèves, jeunes et adultes confondus, dans une centaine d'établissements. À l'échelle de l'île, il faut ajouter la Commission scolaire Sir-Wilfrid-Laurier pour le secteur anglophone et un réseau privé actif — le Collège Letourneau, le Collège Laval, l'Académie Sainte-Thérèse dans les Laurentides voisines — qui recrute lui aussi chez les familles lavalloises et tient ses propres portes ouvertes à l'automne.

Parce que c'est bien de cela qu'il s'agit : une journée de recrutement. Les écoles publiques lavalloises ont développé au fil des années un éventail de projets particuliers — programme d'éducation internationale (PEI), concentrations sportives, arts, robotique, sciences, langues, programmes de type « Sport-études » reconnus par le ministère. Ces programmes sont l'outil principal par lequel le public tente de retenir les élèves que le privé et les écoles à vocation particulière pourraient aspirer. À L'Odyssée-des-Jeunes comme à Curé-Antoine-Labelle ou à Poly-Jeunesse, les kiosques du 12 septembre servent autant à informer qu'à convaincre.

Le tri scolaire, débat national qui se joue dans les gymnases lavallois

Cette compétition entre établissements n'est pas anodine, et elle est au cœur d'un débat que le Québec n'a jamais réglé. Le Conseil supérieur de l'éducation avait sonné l'alarme dès 2016 dans son avis « Remettre le cap sur l'équité », en dénonçant un système à trois vitesses : le privé subventionné, les programmes sélectifs du public, et les classes ordinaires qui héritent d'une concentration d'élèves en difficulté. Le Québec est la province canadienne où la proportion d'élèves du secondaire fréquentant l'école privée est la plus élevée, et la région métropolitaine — dont Laval — est l'épicentre du phénomène.

Pour les familles lavalloises, la question est très concrète. Un enfant qui n'est pas admis à un programme particulier, ou dont les parents ne peuvent assumer les frais afférents (équipement sportif, sorties, instruments), se retrouve dans le régulier de son école de quartier. Les portes ouvertes, dans ce contexte, ne sont pas seulement une visite guidée : c'est le début d'une course aux examens d'admission, qui se tiennent généralement à l'automne pour une entrée en secondaire 1 l'année suivante.

À noter que le gouvernement a modifié en 2023, via la Loi sur l'instruction publique, les règles encadrant les frais exigés des parents pour les projets pédagogiques particuliers, en plafonnant certains montants. Mais l'accès sélectif, lui, demeure la norme dans plusieurs de ces programmes.

Montmorency : plus de 10 000 étudiants, un record historique

L'autre bout du tuyau est encore plus révélateur. Selon Média Laval, le Collège Montmorency accueille cet automne, pour la première fois de son histoire, plus de 10 000 étudiants à l'enseignement régulier. Le cégep lavallois, ouvert en 1969 et installé depuis 1990 au cœur du centre-ville de Laval, tout près de la station de métro Montmorency, fait ainsi partie du peloton de tête des plus grands cégeps du Québec.

Ce n'est pas une surprise pour qui suit les projections. La Fédération des cégeps et le ministère de l'Enseignement supérieur anticipent depuis plusieurs années une hausse importante des effectifs collégiaux dans la couronne nord de Montréal, portée par la démographie. Montmorency, avec plus d'une trentaine de programmes préuniversitaires et techniques, dessert non seulement Laval mais une bonne partie des Basses-Laurentides — un bassin où la population a explosé depuis vingt ans.

Le collège a d'ailleurs obtenu au cours des dernières années des autorisations pour agrandir et réaménager ses espaces, et il a développé des locaux hors campus. Mais franchir 10 000 étudiants dans un bâtiment conçu pour beaucoup moins, cela veut dire des horaires étalés, des laboratoires occupés du matin au soir, une cafétéria bondée et des stationnements sous tension.

La démographie lavalloise ne laisse pas le choix

Laval compte aujourd'hui plus de 450 000 habitants selon les données de l'Institut de la statistique du Québec, ce qui en fait la troisième ville de la province. Sa croissance a été soutenue par le développement résidentiel de Sainte-Dorothée, Sainte-Rose, Auteuil et Vimont, et par l'immigration : Chomedey est l'un des quartiers les plus diversifiés du Québec hors Montréal.

Cette croissance se traduit mécaniquement en pression sur les briques. Le Plan québécois des infrastructures prévoit des investissements pour l'ajout d'espace scolaire, et Laval a bénéficié ces dernières années d'agrandissements et de nouvelles écoles primaires. Mais le problème est connu et documenté par la Vérificatrice générale du Québec ainsi que par le ministère de l'Éducation : la vétusté du parc immobilier scolaire québécois est majeure, et une part importante des bâtiments est en mauvais ou très mauvais état. Construire assez vite pour absorber la croissance tout en réparant l'existant relève de la quadrature du cercle.

Ajoutons la variable ressources humaines. Le Québec vit une pénurie d'enseignants qui touche particulièrement le Grand Montréal, dont Laval, avec un recours accru à du personnel non légalement qualifié. Ouvrir des classes ne sert à rien s'il n'y a personne devant.

À un mois du scrutin, l'éducation reste dans l'ombre de la santé

Le timing est frappant. Le Québec vote le 5 octobre 2026, et l'actualité lavalloise de la campagne, telle que rapportée par le Courrier Laval et par Média Laval, a surtout tourné autour de la santé : le chef libéral Charles Milliard s'est engagé, lors d'un point de presse tenu à la fête du Travail entouré de ses six candidats régionaux, à lancer les travaux d'agrandissement et de modernisation de l'Hôpital de la Cité-de-la-Santé dans un premier mandat.

On comprend l'attrait politique : la Cité-de-la-Santé est un dossier ancien et symboliquement puissant. Mais le réseau scolaire lavallois, lui, aurait aussi besoin d'engagements chiffrés. Combien de nouvelles classes de secondaire à Laval d'ici 2031? Quel plan pour Montmorency, qui vient de démontrer par ses chiffres qu'il déborde? Quelles mesures pour éviter que la compétition entre programmes particuliers ne creuse davantage les écarts entre les écoles d'un même quartier?

Ce que les parents devraient regarder samedi

Si vous faites la tournée le 12 septembre, quelques questions valent la peine d'être posées aux directions, au-delà de la brochure. Combien d'élèves l'école compte-t-elle actuellement, et quelle est sa capacité officielle? Y a-t-il des locaux temporaires ou modulaires? Quel est le taux d'admission au programme particulier convoité, et quels sont les frais réels sur cinq ans? Quelle est la stabilité du personnel enseignant? Et pour le régulier — celui que fréquentera la majorité des élèves —, quels services d'orthopédagogie et de psychoéducation sont réellement disponibles?

La journée portes ouvertes est conçue pour séduire. Elle peut aussi servir à mesurer, école par école, l'état d'un réseau que la croissance de Laval met à l'épreuve. Et pendant que les parents choisissent, le message de Montmorency est limpide : la cohorte qui visite les gymnases lavallois cet automne arrivera au cégep vers 2032. Il reste six ans pour se préparer.