Éducation

PISA 2025 : le recul mondial rattrape le Québec en pleine campagne électorale

Les scores en lecture et en mathématiques reculent partout, l'usage scolaire de l'IA explose et la France règle ses comptes avec dix ans de réformes. Un débat qui frappe à nos portes.

Le cycle 2025 du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA), piloté par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), confirme ce que les enquêtes précédentes laissaient craindre : la baisse des performances en lecture et en mathématiques n'était pas un accident de parcours pandémique, mais une tendance de fond. Le média américain The 74 titre sur des « creux » historiques, et souligne un phénomène nouveau dans les données : la montée fulgurante du recours à l'intelligence artificielle par les élèves à des fins scolaires.

Au Québec, cette nouvelle arrive à un moment politiquement chargé. À quelques semaines du scrutin provincial, l'éducation redevient un terrain de confrontation — les rencontres candidats-électeurs se multiplient dans le réseau collégial, comme cette activité de 120 minutes annoncée par le Cégep de Rivière-du-Loup et relayée par Infodimanche. Et le réflexe habituel, celui de brandir les résultats québécois en mathématiques comme preuve que « le système fonctionne », risque cette fois de moins bien tenir la route.

Ce que PISA mesure, et ce qu'il ne mesure plus aussi bien

Rappelons la mécanique. PISA teste des jeunes de 15 ans tous les trois ans — décalé à quatre ans après la pandémie — en lecture, en mathématiques et en sciences. L'enquête ne vérifie pas la maîtrise d'un programme national, mais la capacité à mobiliser des savoirs devant des situations nouvelles. C'est sa force comparative et, en même temps, sa principale limite : un pays peut reculer sans que ses examens ministériels bougent d'un iota.

Le Canada participe avec un échantillon suffisamment large pour permettre des résultats par province, ce qui a longtemps servi les intérêts du Québec. Depuis les années 2000, la province caracole en tête au pays en mathématiques, souvent parmi les meilleures juridictions occidentales. Ce résultat a nourri un récit commode : le « modèle québécois » d'enseignement des mathématiques serait solide, presque exportable.

Deux nuances s'imposent. D'abord, l'avance québécoise en mathématiques s'est érodée d'un cycle à l'autre, comme celle de la plupart des systèmes performants. Ensuite, le Québec n'a jamais dominé en lecture de la même façon; il y navigue dans la moyenne canadienne, derrière l'Alberta ou l'Ontario selon les années. Autrement dit, le bouclier politique n'a jamais couvert qu'un seul flanc.

Le facteur IA entre dans les données

L'élément vraiment neuf de ce cycle, c'est la place occupée par les outils d'intelligence artificielle générative dans les habitudes de travail des élèves. The 74 rapporte une progression abrupte de leur usage à des fins académiques. Cela ouvre une question méthodologique que l'OCDE devra trancher : si un adolescent rédige, résume et vérifie de plus en plus souvent avec une machine, que teste-t-on exactement quand on le prive de cette machine trois heures durant?

La question n'est pas rhétorique. Un élève peut très bien produire des travaux de qualité toute l'année et s'effondrer devant un texte long à interpréter seul. Le professeur Sankar Prasad Rath, de l'IIT Kanpur, récipiendaire d'un prix national d'enseignement en Inde, résumait récemment la tension dans une entrevue au Hindustan Times : l'IA ne remplace pas la compréhension conceptuelle. Le corollaire inquiétant, c'est qu'elle peut la masquer longtemps.

Au Québec, le ministère de l'Éducation a diffusé des balises sur l'usage pédagogique de l'IA, mais l'encadrement demeure largement laissé à l'appréciation des centres de services scolaires et des établissements. Aucune donnée provinciale robuste ne documente à ce jour l'ampleur réelle du recours à ces outils par les élèves du secondaire. C'est un angle mort qu'un prochain cycle de recherche devrait combler.

La lecture syndicale française et son écho ici

En France, la publication des résultats a immédiatement pris une tournure politique. Le média spécialisé VousNousIls rapporte que l'UNSA Éducation et la FSU-SNUipp y voient la sanction d'une décennie de choix éducatifs : baisse des performances, inégalités persistantes, personnels fragilisés. Le message est frontal — on ne redresse pas un système en empilant les réformes par le haut.

Les Cahiers pédagogiques poussent l'argument plus loin dans un texte intitulé « L'illusion des réformes sans les enseignants », en réaction à une note du Conseil d'analyse économique publiée le 3 septembre 2026, quelques jours avant la sortie des résultats. Le reproche : proposer un « plan d'action pour rattraper le retard » conçu sans ceux qui devront l'appliquer, dans un sentiment tenace de déjà-lu.

Ce diagnostic voyage bien. Le Québec sort d'une séquence dense : création du ministère lors du remaniement de la gouvernance scolaire, abolition des commissions scolaires anglophones contestée jusqu'en Cour suprême, réforme de la formation à l'enseignement, négociations nationales éprouvantes, Institut national d'excellence en éducation créé pour arbitrer les pratiques probantes. Chaque pièce se défend individuellement. L'accumulation, elle, a produit une fatigue documentée par les taux d'abandon en début de carrière et par les difficultés persistantes de recrutement, particulièrement à Montréal et en Outaouais.

L'écart public-privé, l'angle mort québécois

Si PISA doit servir à quelque chose au Québec, ce n'est pas à célébrer une moyenne. C'est à regarder la dispersion. La province se distingue au Canada par la part de ses élèves du secondaire inscrits au privé — autour de 20 % à l'échelle provinciale, davantage sur l'île de Montréal — et par un réseau public traversé de programmes sélectifs qui s'ajoutent à cette première ligne de partage.

Le Conseil supérieur de l'éducation avait qualifié ce système à trois vitesses de menace pour l'équité dès son avis de 2016, sans que le portrait change significativement depuis. Or les moyennes nationales de PISA masquent précisément ce genre de structure : un système peut afficher un score honorable tout en concentrant ses élèves les plus vulnérables dans un même sous-ensemble d'écoles. La question à poser aux partis en campagne n'est donc pas « où se classe le Québec? », mais « quel est l'écart entre le décile le plus favorisé et le décile le plus défavorisé, et cet écart se resserre-t-il? ».

Lire, encore et toujours

La lecture demeure le nerf de la guerre, parce qu'elle conditionne tout le reste, y compris les mathématiques dès que les problèmes deviennent contextualisés. C'est là que la baisse mondiale devrait le plus inquiéter, car elle touche la compétence la plus dépendante de la pratique soutenue — et la plus facilement déléguée à un assistant conversationnel.

Le Québec a des atouts institutionnels réels. Le Fonds de recherche du Québec continue de soutenir activement la diffusion scientifique en français, notamment par son prix Publication en français dont les récipiendaires ont été annoncés en septembre 2026. Ce type de levier n'agit pas directement sur une classe de secondaire 3, mais il entretient l'écosystème intellectuel francophone dans lequel les jeunes lecteurs finiront par puiser.

Ce qu'il faut surveiller

Trois choses, dans les prochaines semaines. D'abord, la publication du rapport canadien détaillé, qui permettra de comparer les provinces et de vérifier si l'avance québécoise en mathématiques tient toujours. Ensuite, la manière dont les partis politiques instrumentaliseront — ou non — ces chiffres en campagne : un score de PISA n'est pas un bulletin de gouvernement, et personne ne devrait prétendre le contraire. Enfin, la réaction des fédérations syndicales québécoises, qui trouveront dans l'argumentaire français un cadre tout prêt.

La leçon la plus utile de ce cycle 2025 n'est peut-être pas dans les scores eux-mêmes. Elle tient en une phrase que la France redécouvre à ses dépens : aucun plan de redressement scolaire ne survit à son application s'il a été conçu sans les personnes qui enseignent. Le Québec, qui aborde une élection avec un réseau déjà à bout de souffle, ferait bien de la retenir avant d'annoncer la prochaine grande réforme.