Montérégie

Couronne-Sud : cinq priorités déposées, des chaises vides aux débats sectoriels

Les élus de la Montérégie harmonisent leurs demandes électorales pendant que des débats sur le logement et les aînés se tiennent sans les candidats attendus.

La séquence est révélatrice. D'un côté, la Table des préfets et élus de la Couronne-Sud (TPECS) publie une plateforme resserrée autour de cinq priorités électorales. De l'autre, à quelques kilomètres de là, la Fédération régionale des OSBL d'habitation de la Montérégie et de l'Estrie (FROHME) doit revoir ses plans faute de participants, et la FADOQ tient son débat national à Brossard sans la ministre responsable des Aînés et députée de Prévost, Sonia Bélanger.

Entre les deux, un même constat : la banlieue sud s'organise mieux qu'avant, mais elle demeure moins courtisée que Laval ou la région de Québec quand vient le temps d'arracher des engagements écrits.

Cinq priorités, un message unifié

Selon ce qu'a rapporté le FM 103,3, la TPECS a ciblé cinq enjeux qu'elle souhaite voir figurer au menu de la campagne provinciale, avec le transport en tête de liste. La Table regroupe les élus des MRC et villes de la Couronne-Sud — un territoire qui va de Vaudreuil-Soulanges jusqu'à la Vallée-du-Richelieu en passant par Roussillon, Marguerite-D'Youville et La Vallée-du-Richelieu — et représente plusieurs centaines de milliers de résidents.

Dans la foulée, Candiac et La Prairie ont déposé leur propre liste de quatre priorités. Les maires Normand Dyotte et Frédéric Galantai placent au premier rang un financement stable pour les infrastructures d'eau potable. Ce choix n'a rien d'anodin : il traduit un déséquilibre financier structurel dont les municipalités québécoises parlent depuis des années.

L'Union des municipalités du Québec le répète dans ses documents budgétaires : les villes assument une part croissante de responsabilités — eau, matières résiduelles, adaptation aux changements climatiques, sécurité publique, logement — avec un coffre à outils fiscaux qui repose encore massivement sur l'impôt foncier. Quand une ville de banlieue doit remplacer des conduites installées dans les années 1960 et 1970, la facture retombe directement sur le compte de taxes des propriétaires, à moins qu'un programme comme le PRIMEAU du ministère des Affaires municipales et de l'Habitation ne vienne éponger une partie des coûts. D'où la demande, très concrète, d'un financement « stable » plutôt que par appels de projets ponctuels.

Le transport, plaie ouverte de la rive sud

Si le transport arrive en tête, c'est que la Couronne-Sud vit une contradiction quotidienne. Le Réseau express métropolitain (REM) a transformé l'accès au centre-ville depuis Brossard, avec les stations Panama, Du Quartier et Rive-Sud mises en service en juillet 2023. Mais ce gain s'arrête à la limite du corridor : ailleurs sur le territoire, l'automobile reste souvent la seule option praticable.

Le financement du transport collectif métropolitain, lui, demeure fragile. L'Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM) et les sociétés de transport, dont le Réseau de transport de Longueuil (RTL), naviguent depuis la pandémie d'un plan de rattrapage à l'autre, l'achalandage ne s'étant jamais entièrement rétabli au niveau d'avant 2020. Les municipalités, qui contribuent une part importante de ces budgets, réclament une révision du cadre financier — un dossier que Québec a repoussé de rapport en rapport.

L'actualité récente illustre par ailleurs la fragilité des services de base : le RTL est revenu cette semaine sur une panne informatique qui a perturbé le transport adapté pendant une journée complète, de 6 h 30 à 17 h, selon le FM 103,3. Pour les usagers concernés — personnes à mobilité réduite, aînés, personnes handicapées —, ce type d'interruption ne se rattrape pas le lendemain.

Des débats sectoriels sans candidats

C'est là que la deuxième moitié du portrait devient inconfortable. Toujours selon le FM 103,3, des organismes longueuillois se sont dits déçus du manque d'intérêt manifesté par les politiciens : le débat que voulait organiser le FROHME sur le logement communautaire a dû être remis en question faute d'engagement suffisant des candidats.

Le logement hors marché n'est pourtant pas un enjeu marginal en Montérégie. La Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL) mesure depuis plusieurs années des taux d'inoccupation très serrés dans la région métropolitaine, bien en deçà du seuil d'équilibre de 3 %, avec des loyers moyens en hausse soutenue. À Longueuil, les listes d'attente pour du logement social se comptent en milliers de ménages, et les OSBL d'habitation — qui gèrent une part importante du parc destiné aux aînés et aux personnes seules — sont en première ligne des hausses de coûts d'entretien, d'assurances et de rénovation.

Même scénario du côté des aînés. Le débat national de la FADOQ tenu à Brossard a réuni la députée sortante et candidate libérale dans La Pinière, Linda Caron, ainsi que la candidate péquiste et représentante d'Iberville, Camille Pépin, mais s'est déroulé sans Sonia Bélanger. L'absence de la ministre responsable des Aînés à un débat organisé par la plus grande organisation d'aînés du Québec — la FADOQ revendique plus de 550 000 membres — envoie un signal que les organismes du milieu n'ont pas manqué de relever.

À Saint-Bruno-de-Montarville, une rencontre du « Tour d'horizon politique – Élections 2026 » a porté sur les besoins en centres de la petite enfance. Là aussi, l'écart entre les places promises et les places livrées reste le nerf de la discussion : le ministère de la Famille poursuit le déploiement du réseau vers son objectif de complétion, mais les délais de construction, la pénurie d'éducatrices qualifiées et les coûts des projets ont forcé plusieurs révisions d'échéancier depuis 2021.

Pourquoi la banlieue sud pèse moins que son poids

Comment expliquer qu'un territoire aussi peuplé obtienne moins d'engagements fermes que Laval ou Québec? Trois facteurs se combinent.

La fragmentation politique. Là où Laval forme une seule ville, une seule MRC de fait et un bloc de circonscriptions homogène, la Couronne-Sud éclate en dizaines de municipalités et plusieurs MRC. Un maire de Laval parle pour 450 000 personnes; un maire de Candiac parle pour 22 000. C'est précisément ce que la TPECS tente de corriger en harmonisant les demandes : un seul document, cinq priorités, une voix.

L'absence d'un « grand projet » identifiable. Québec a le tramway et le troisième lien; Laval a le prolongement de la ligne orange. La Couronne-Sud, elle, présente une addition de besoins diffus — conduites d'eau, places en CPE, logements, dessertes d'autobus, entretien routier — moins photogéniques en campagne électorale qu'un ruban à couper.

Le paradoxe des circonscriptions pivots. La rive sud compte plusieurs sièges historiquement volatils, passés du Parti québécois au Parti libéral puis à la Coalition avenir Québec au fil des cycles. En théorie, cette volatilité devrait attirer les promesses. En pratique, elle pousse les partis vers des messages nationaux — impôts, santé, immigration — plutôt que vers des engagements territoriaux chiffrés, plus risqués parce que vérifiables après le scrutin.

Ce que ça change pour la suite

Le dépôt de listes de priorités par la TPECS, puis par Candiac et La Prairie, crée un précédent utile : un document public auquel les élus pourront se référer après le vote. C'est une stratégie qui a porté fruit ailleurs — les régions qui obtiennent le plus dans les budgets provinciaux sont généralement celles qui ont documenté leurs demandes avant la campagne, pas après.

Mais l'exercice a une limite : une plateforme municipale ne vaut que par les réponses qu'elle obtient. Or, quand les candidats déclinent les invitations aux débats sectoriels sur le logement et les aînés, il devient difficile de comparer les positions, donc de tenir quiconque responsable ensuite.

Entre-temps, les conseils municipaux continuent de gérer l'ordinaire avec les moyens du bord : Mont-Saint-Hilaire dépose une demande d'aide financière au Fonds des municipalités pour la biodiversité afin de protéger ses berges, Sainte-Julie mandate une firme pour 54 860 $ afin de sécuriser le chemin du Fer-à-Cheval, Boucherville réaménage deux parcs, Longueuil justifie ses travaux de repavage. Ce sont ces additions de petits contrats, financés localement, qui composent le vrai visage des finances municipales en Montérégie — et qui expliquent pourquoi les élus de la Couronne-Sud insistent tant, cette fois, sur le mot « stable ».