Lanaudière

Volaille, quotas et gestion de l'offre : ce que les promesses agricoles des partis changent pour Lanaudière

Les Éleveurs de volailles du Québec ont déposé cinq priorités aux partis pendant que le PLQ promet 560 M$ et que le PQ avance ses mesures. Décryptage depuis une région où l'agriculture pèse lourd.

La campagne électorale provinciale qui mènera au scrutin du 5 octobre a pris, cette semaine, un net virage agricole. Coup sur coup, le Parti libéral du Québec et le Parti québécois ont dévoilé leurs engagements pour le secteur, pendant que les Éleveurs de volailles du Québec déposaient sur la table cinq priorités destinées à toutes les formations politiques. Vu de Lanaudière, où l'agriculture structure l'économie de plusieurs MRC, ces annonces ne relèvent pas de l'abstraction : elles touchent des quotas, des bâtiments d'élevage, des transferts de fermes et, en filigrane, la relation commerciale avec Washington.

Cinq demandes, une priorité qui domine

Selon ce que rapportait Mon Joliette, les Éleveurs de volailles du Québec ont présenté jeudi cinq priorités aux partis politiques. En tête de liste : la protection intégrale de la gestion de l'offre dans les négociations commerciales. Vient ensuite l'adaptation du mécanisme de remboursement lié aux coûts de production, un enjeu technique en apparence, mais déterminant pour la marge de manœuvre des fermes.

La demande n'est pas nouvelle, mais son urgence, elle, s'est déplacée. Depuis l'adoption à Ottawa du projet de loi C-202, sanctionné en juin 2025, la Loi sur le ministère des Affaires étrangères, du Commerce et du Développement interdit formellement au gouvernement fédéral de consentir de nouveaux accès au marché canadien ou d'augmenter les contingents tarifaires pour les produits soumis à la gestion de l'offre — lait, œufs, volaille. Sur papier, c'est un verrou législatif. Dans les faits, les producteurs savent qu'un verrou peut être déverrouillé par une loi subséquente, et que la pression américaine sur les secteurs protégés n'a jamais cessé.

Car c'est là que le bât blesse. L'Accord Canada–États-Unis–Mexique doit faire l'objet d'une révision conjointe en juillet 2026. Autrement dit : dans quelques mois. Les producteurs de volaille québécois ont déjà encaissé les concessions des trois derniers accords — le Partenariat transpacifique global et progressiste, l'Accord économique et commercial global avec l'Union européenne et l'ACEUM lui-même —, qui ont ouvert des brèches cumulatives dans le marché intérieur. L'idée d'une quatrième saignée, dans un contexte où l'administration américaine multiplie les mesures tarifaires, explique pourquoi cette demande arrive en tête et non en cinquième position.

Ce que promettent le PLQ et le PQ

Toujours selon Mon Joliette, le Parti libéral de Charles Milliard propose de redistribuer 560 M$ sur quatre ans au secteur agricole. Le Parti québécois, de son côté, avance ses propres mesures. Les deux formations convergent sur trois axes : accroître le soutien financier aux producteurs, favoriser la relève et réduire le fardeau administratif des entreprises agricoles.

Cette convergence n'a rien d'un hasard. Elle reflète le diagnostic posé depuis plusieurs années par l'Union des producteurs agricoles et repris dans les travaux parlementaires. En 2023-2024, la Commission de l'agriculture, des pêcheries, de l'énergie et des ressources naturelles a mené un mandat d'initiative sur les impacts des changements climatiques et de l'inflation sur le secteur bioalimentaire. Le rapport, déposé en 2024, formulait des recommandations sur la gestion des risques, le soutien à la relève et l'allègement réglementaire. Les engagements électoraux de 2026 puisent visiblement dans ce terreau.

Le fardeau administratif, notamment, n'est pas un épouvantail rhétorique. Un producteur avicole québécois compose avec les exigences du Programme d'assurance de la salubrité des aliments à la ferme, les normes de bien-être animal, les obligations environnementales liées à la gestion des fumiers, les inspections du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec et celles de l'Agence canadienne d'inspection des aliments. Chaque palier a sa logique; leur superposition, elle, a un coût en heures et en argent.

Lanaudière : une agriculture qui pèse

Pourquoi ces débats résonnent-ils particulièrement dans la région? Parce que Lanaudière n'est pas une région agricole d'appoint. Le territoire compte plus d'un millier d'entreprises agricoles enregistrées, concentrées principalement dans les MRC de D'Autray, de Joliette, de Montcalm et de L'Assomption. La plaine du Saint-Laurent y offre des sols parmi les plus productifs du Québec, et la région s'est bâtie une réputation solide en horticulture maraîchère, en production laitière, en acériculture dans la Matawinie et, oui, en production avicole.

La Fédération de l'UPA de Lanaudière représente ces producteurs et a l'habitude d'intervenir dans les campagnes électorales. Le contexte régional ajoute une couche de complexité : la pression urbaine venue de la couronne nord de Montréal — Repentigny, Mascouche, Terrebonne — grignote le territoire agricole, tandis que la Commission de protection du territoire agricole du Québec arbitre les demandes de dézonage. Un producteur de volaille qui veut agrandir son poulailler à Saint-Roch-de-l'Achigan ou à Sainte-Julienne se heurte souvent à la fois aux normes de distances séparatrices, aux exigences environnementales et au voisinage résidentiel qui avance.

La relève, elle, reste le nœud du problème. L'âge moyen des producteurs agricoles québécois dépasse 55 ans, et la valeur des actifs — terres, bâtiments, quotas — a explosé au cours des vingt dernières années. Dans le secteur avicole sous gestion de l'offre, le quota représente un actif majeur : il faut détenir un droit de production pour mettre un poulet en marché. Le prix de ce quota, transigé sur un système d'enchères encadré, se chiffre en centaines de dollars le mètre carré de superficie de production. Pour un jeune sans patrimoine familial, la barrière à l'entrée est considérable. C'est précisément pour cette raison que les Éleveurs de volailles du Québec maintiennent un programme d'aide au démarrage réservé à la relève, qui prête des quotas à de nouveaux producteurs.

Le mécanisme des coûts de production, cœur du réacteur

La deuxième priorité des Éleveurs mérite qu'on s'y arrête, parce qu'elle est mal comprise. Sous la gestion de l'offre, le prix payé au producteur n'est pas fixé par le marché au jour le jour : il découle d'une formule qui tient compte des coûts de production, notamment le prix des grains, des poussins, de l'énergie et de la main-d'œuvre. Quand ces coûts bondissent — comme ce fut le cas après 2021 —, le mécanisme doit suivre. S'il suit trop lentement, les fermes absorbent la différence dans leur trésorerie.

Demander « l'adaptation du mécanisme de remboursement » revient donc à demander que la formule réagisse plus vite et plus finement aux chocs. C'est une revendication technique qui ne fera pas les manchettes, mais qui détermine si une ferme lanaudoise de 2 000 mètres carrés dégage une marge ou non l'an prochain.

Un chœur régional qui monte

L'intervention des Éleveurs de volailles s'inscrit dans une séquence plus large. La MRC de Joliette a interpellé les candidats de sa circonscription pour faire connaître ses priorités. La MRC de Matawinie a fait de même auprès des candidats de Berthier, avec dix dossiers qu'elle juge indissociables. La Ville de Repentigny réclame des engagements clairs sur la mobilité, les infrastructures, la solidarité sociale et le développement économique. La Table de concertation régionale des associations de personnes handicapées de Lanaudière a lancé sa propre campagne de sensibilisation. Le Réseau des Femmes Élues de Lanaudière a réuni sept candidates lors d'un 5 à 7 à Joliette le 26 août.

Autrement dit, Lanaudière fait ses devoirs. Chaque acteur dépose son cahier de demandes. Reste à voir ce que les partis en feront après le 5 octobre — et si les 560 M$ annoncés par le PLQ, ou les mesures péquistes, franchiront l'épreuve du budget.

Ce qu'il faut surveiller

Trois échéances baliseront les prochains mois. D'abord le scrutin du 5 octobre, qui déterminera quelle plateforme agricole devient programme de gouvernement. Ensuite le premier budget du gouvernement élu, où l'on verra si les engagements se traduisent en crédits votés. Enfin la révision de l'ACEUM en juillet 2026, qui mettra à l'épreuve le fameux verrou de la loi C-202.

Pour un producteur de poulet de Saint-Félix-de-Valois ou de Saint-Esprit, la question tient en une phrase : est-ce que les engagements pris en campagne survivront à la première négociation difficile avec Washington? L'histoire récente des trois derniers accords commerciaux invite à une prudence méthodique.