Intelligence artificielle

OpenAI s'apprêterait à louer des puces d'IA à Google : une alliance de circonstance dictée par la soif de calcul

Selon The Information, relayé par la Folha de S.Paulo, OpenAI négocierait l'achat de puces d'IA conçues par Google. Un virage notable pour un groupe longtemps tributaire de Nvidia et de Microsoft.

OpenAI s'apprêterait à louer des puces d'IA à Google : une alliance de circonstance dictée par la soif de calcul

Les rivaux d'hier se retrouvent parfois autour de la même ressource rare. C'est ce que suggère l'information publiée mardi par le site spécialisé The Information et reprise mercredi par la Folha de S.Paulo : OpenAI prévoirait d'acheter des puces d'intelligence artificielle auprès de Google. La source citée est anonyme, aucun des deux groupes n'a, à notre connaissance, confirmé publiquement l'accord, et ses termes (volumes, durée, montants) ne sont pas connus. Il faut donc le lire pour ce qu'il est : une négociation rapportée, pas un contrat signé. Mais la logique qui la sous-tend, elle, est limpide.

Ce que l'on sait, et ce que l'on ignore

Selon la Folha de S.Paulo, qui cite The Information, OpenAI envisagerait de se procurer des puces d'IA de Google, au moment où les entreprises technologiques gonflent leurs dépenses pour répondre à une demande de capacité de calcul qui ne cesse de croître. La précision importante, c'est que Google fabrique ses propres processeurs spécialisés, les TPU (unités de traitement tensoriel), qu'il utilise depuis des années pour ses propres modèles et qu'il loue à des clients de son infonuagique. Acheter ou louer ces puces revient, pour OpenAI, à puiser dans un réservoir de calcul qui n'est pas celui de Nvidia.

Ce qui reste flou : s'agit-il d'un achat de matériel livré, d'une location de capacité dans les centres de données de Google, ou d'un montage hybride? Le rapport évoque un achat, mais la frontière entre acquisition et accès infonuagique est souvent mince dans ce secteur. Prudence, donc, tant que les deux parties ne se sont pas exprimées.

Pourquoi une telle alliance paraît presque inévitable

OpenAI et Google sont d'abord des concurrents frontaux. ChatGPT affronte Gemini sur le terrain des assistants grand public, des outils pour entreprises et de la recherche en ligne. Qu'OpenAI se tourne vers l'un de ses principaux adversaires pour s'approvisionner dit à quel point le calcul est devenu le goulot d'étranglement de toute l'industrie.

La mécanique est simple. Entraîner un modèle de pointe exige des dizaines de milliers de puces tournant pendant des semaines. Les faire fonctionner au quotidien pour des centaines de millions d'utilisateurs, ce qu'on appelle l'inférence, en réclame encore davantage, et cette demande augmente à mesure que les usages se multiplient : agents autonomes, assistants de programmation, analyse de documents. Chaque nouvelle fonctionnalité consomme du calcul. Pour une entreprise dont le produit est ce calcul, diversifier ses fournisseurs devient une question de survie autant que de coûts.

On comprend aussi l'intérêt de la diversification pour des raisons de négociation. Dépendre d'un fournisseur dominant, c'est subir ses prix et ses délais de livraison. Ouvrir une seconde filière, même partielle, rééquilibre le rapport de force. C'est un réflexe classique de tout grand acheteur industriel, transposé à une industrie où la pénurie est la norme.

Le contexte : des dépenses d'infrastructure vertigineuses

Cette information tombe à un moment particulier du calendrier boursier. Le New York Times note que les valeurs technologiques ont rebondi à l'approche de résultats trimestriels très attendus de géants comme Google et Microsoft, les « hyperscalers » de l'IA. Les investisseurs se préparent à découvrir l'ampleur de la facture : ces groupes ont engagé des sommes colossales dans les centres de données, les puces et l'énergie, et le marché veut savoir quand ces investissements se traduiront en revenus.

Le signal envoyé par un éventuel contrat entre OpenAI et Google est à double lecture. Pour Google, vendre ou louer ses puces à un concurrent direct monétise un actif que l'entreprise a développé pour ses propres besoins, et lui permet d'amortir ses investissements sur une base de clients plus large. Pour OpenAI, c'est la confirmation que la course au calcul prime sur les rivalités commerciales.

Le maillon amont de la chaîne confirme l'ampleur du phénomène. Selon la revue spécialisée TechXplore, le fabricant sud-coréen SK hynix, spécialiste des mémoires indispensables aux accélérateurs d'IA, a annoncé mercredi un bond de 632 % de son bénéfice d'exploitation au troisième trimestre et un programme de retour de 45 milliards de dollars aux actionnaires. Quand un fournisseur de composants voit son bénéfice multiplié par sept, c'est que la demande en aval n'a pas fléchi.

Une industrie où les loyautés se redessinent

L'épisode illustre une tendance plus large : les alliances dans l'IA se font et se défont au gré des besoins de capacité. Les relations de dépendance qui semblaient figées, entre développeurs de modèles et fournisseurs d'infonuagique, deviennent des arrangements multiples. Un même laboratoire peut s'appuyer sur plusieurs partenaires, et un même géant peut à la fois concurrencer et approvisionner.

La dynamique n'est pas propre à OpenAI. Anthropic, son rival, s'apprête à franchir un cap majeur. Selon la Folha de S.Paulo, ses sept cofondateurs détiendraient 50,1 % des droits de vote après son premier appel public à l'épargne, un montage qui leur garantirait le contrôle de l'entreprise. TechXplore décrit une société valorisée à quelque 1 000 milliards de dollars, un rythme de croissance sans précédent, et une introduction en Bourse qui pourrait battre des records. Ces deux dossiers, très différents, partagent un même fil : la capacité de calcul se paie en capital, et ce capital se cherche désormais sur les marchés publics.

Les zones d'incertitude

Plusieurs questions demeurent ouvertes, et il vaut mieux les nommer que les contourner.

La première est technique. Les TPU de Google et les processeurs graphiques de Nvidia ne parlent pas exactement le même langage logiciel. Migrer ou répartir des charges de travail d'une architecture à l'autre demande des efforts d'ingénierie réels. Un contrat d'achat ne dit rien de la facilité avec laquelle OpenAI pourra en tirer parti, ni de la part de ses besoins qu'il couvrira.

La deuxième est stratégique. Confier une partie de son calcul à un concurrent crée une dépendance délicate : accès, priorité en cas de pénurie, confidentialité des charges de travail. Les contrats de ce type prévoient généralement des cloisons contractuelles, mais leur solidité réelle ne peut être évaluée de l'extérieur.

La troisième est financière. Les montants en jeu n'ont pas été rendus publics, et aucune estimation fiable n'est disponible à ce stade. Il serait hasardeux d'avancer des chiffres sur la seule foi d'une source anonyme.

Ce qu'il faut retenir

Si l'information se confirme, elle marquera moins un renversement qu'une accélération. Le calcul est devenu la monnaie de la compétition en IA, et ceux qui en manquent iront le chercher là où il se trouve, y compris chez l'adversaire. Pour les observateurs, l'enjeu à surveiller dans les prochains jours est double : une confirmation ou un démenti officiel de l'une des deux entreprises, et les indications que Google et Microsoft donneront, dans leurs résultats trimestriels, sur le rythme de leurs investissements et la demande de capacité qu'ils constatent.

En attendant, une chose est certaine : dans l'économie de l'IA, la rareté des puces façonne les alliances autant que les ambitions technologiques.