Les saisons de récompenses ont leurs records, leurs dynasties et leurs duels. Elles n'ont jamais eu celui-là. Selon le quotidien brésilien O Globo, la course aux Oscars 2027 pourrait inscrire un fait sans précédent dans l'histoire de la cérémonie : une mère et sa fille en lice dans la même catégorie d'interprétation. Il s'agit de l'actrice britannique Samantha Morton, 49 ans, et de sa fille Esmé Creed-Miles, 26 ans, toutes deux citées parmi les candidates possibles au prix de la meilleure actrice de soutien.
Un avertissement s'impose d'emblée : nous sommes en octobre 2026, et les nominations de l'Académie ne seront annoncées qu'au début de 2027. Il ne s'agit donc pas d'un fait acquis, mais d'une hypothèse alimentée par la presse spécialisée et les pronostiqueurs. Elle est cependant assez sérieuse pour retenir l'attention, tant elle ferait entrer la famille dans les annales.
Une mère et une fille, deux trajectoires très différentes
Samantha Morton n'est pas une novice de la course aux statuettes. Elle a déjà été nommée à deux reprises, et dans la même catégorie, il y a plus de vingt ans : meilleure actrice de soutien pour Sweet and Lowdown de Woody Allen (1999), puis meilleure actrice pour In America de Jim Sheridan (2003). Sa carrière s'est ensuite déployée entre le cinéma d'auteur, la télévision et les grandes productions. O Globo rappelle qu'elle s'est fait remarquer plus récemment pour son interprétation de la déesse et sorcière Circé, dans un projet adapté de la mythologie grecque.
Esmé Creed-Miles appartient à une autre génération et à un autre rythme. Âgée de 26 ans, elle a bâti sa réputation à la télévision et dans des films indépendants britanniques. Elle est aussi la fille de l'acteur Charlie Creed-Miles, ce qui la place dans un milieu où le métier se transmet à la table familiale. Selon O Globo, son nom circule maintenant parmi ceux des interprètes de soutien à surveiller cette saison.
Pourquoi ce serait une première
Le cinéma américain regorge de familles d'acteurs, et l'Académie a plus d'une fois récompensé des parents et des enfants, mais jamais en les opposant dans la même catégorie la même année. Il existe des précédents plus lointains : des couples ont été nommés ensemble, des fratries ont brillé à des années d'écart, et des mères et leurs filles ont été honorées à des décennies de distance. Mais une confrontation directe, la même année et pour le même prix d'interprétation, reste à inventer.
La statistique a quelque chose de vertigineux. Chaque année, cinq actrices seulement se partagent la catégorie des seconds rôles féminins, sur plusieurs centaines de prestations admissibles. Voir deux membres d'une même famille y figurer simultanément relèverait d'une coïncidence rare, qui dépend autant de la qualité des rôles que de la stratégie des studios et du calendrier des sorties.
Une catégorie qui se joue en coulisses
Il faut aussi comprendre pourquoi la catégorie de soutien est celle où ce genre de scénario est le plus plausible. Les prix de second rôle récompensent souvent des présences brèves mais marquantes, parfois des actrices installées qu'on veut saluer, parfois des révélations. Une actrice de 26 ans en pleine ascension et une comédienne chevronnée de 49 ans peuvent y cohabiter sans que personne ne s'étonne : ce sont deux profils que l'Académie a l'habitude de couronner.
Les campagnes d'automne, menées par les studios et les distributeurs, pèsent beaucoup. Visionnements pour les votants, projections suivies de rencontres, publicités dans la presse professionnelle : le travail de visibilité commence bien avant la cérémonie. Les prévisions de Variety, qui tient à jour ses pronostics pour l'édition 2027 sous la direction de son rédacteur en chef des prix, Clayton Davis, rappellent à quel point le classement évolue d'une semaine à l'autre. Le magazine se demande notamment si le film You Can See Everything peut détrôner The Odyssey, présenté comme le favori à battre. La course est donc loin d'être jouée, et les noms de Morton et de Creed-Miles peuvent monter ou disparaître des listes au fil des festivals et des critiques.
Ce que l'histoire de l'Académie enseigne
Les familles du cinéma ont toujours occupé une place particulière à Hollywood et dans les industries cinématographiques européennes. Dans le cas britannique, la filiation passe volontiers par le théâtre et la télévision avant d'atteindre le grand écran, ce qui explique en partie la discrétion relative des Creed-Miles jusqu'ici. Esmé Creed-Miles n'a pas eu besoin d'un patronyme célèbre pour attirer l'attention des directeurs de casting : son nom est modeste, et elle a surtout construit sa réputation rôle après rôle.
Cette dimension est importante pour juger de la portée symbolique de l'éventuelle double nomination. Elle ne raconterait pas l'histoire d'un népotisme d'industrie, mais celle d'une transmission discrète du métier, entre une actrice reconnue pour sa capacité à habiter des personnages marginaux ou complexes et une jeune interprète qui trace sa propre voie.
Les scénarios possibles
Trois issues sont envisageables. La plus spectaculaire, une double nomination, supposerait que les deux actrices obtiennent un nombre suffisant de votes préférentiels de leurs pairs au sein de la branche des interprètes. La deuxième, une seule nomination, ferait de l'une des deux la candidate officielle et laisserait l'autre en marge, ce qui ne retirerait rien à l'intérêt de l'histoire. La troisième, qu'aucune ne soit retenue, reste parfaitement plausible : les listes de pronostics de la mi-octobre se sont souvent révélées différentes des nominations de janvier.
Il y a aussi la question de la durée. Les campagnes durent plusieurs mois, et un film peut gagner ou perdre du terrain à chaque étape : festivals d'automne, remises de prix de la critique, syndicats, sélections préliminaires. La rivalité entre mère et fille ne se jouerait pas seulement sur le tapis rouge, mais d'abord dans l'ombre des jurys et des bulletins de vote.
Une histoire qui fait écho à l'époque
Il y a enfin quelque chose de très contemporain dans cette histoire. À l'heure où les plateformes bouleversent la manière de distribuer les films et où l'industrie s'interroge sur sa pérennité, le récit d'une famille de comédiennes dont le talent se reconnaît d'une génération à l'autre offre un contrepoint humain et rassurant. Il rappelle que le cinéma, quels que soient ses moyens techniques, reste un art d'interprètes, de visages et de voix.
Que la double nomination se réalise ou non, l'hypothèse aura eu le mérite de rappeler l'étendue du talent britannique dans la course de cette année. Rendez-vous en janvier 2027 pour savoir si l'histoire de l'Académie s'écrira vraiment avec deux noms de famille déjà liés par le sang.
