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Piramal Pharma réduit sa dépendance à la Chine : la résilience d'une chaîne d'approvisionnement mise à l'épreuve

Selon l'Economic Times, la pharmaceutique indienne a ramené sous 10 % sa part de matières premières chinoises. Nandini Piramal parle de gestion du risque, dans un secteur où l'Inde dépend encore largement de Pékin.

Piramal Pharma réduit sa dépendance à la Chine : la résilience d'une chaîne d'approvisionnement mise à l'épreuve

Quand une entreprise pharmaceutique annonce qu'elle a ramené sous la barre des 10 % la part de la Chine dans ses approvisionnements en matières premières, le chiffre dit moins une rupture qu'un changement de posture. Selon l'Economic Times, c'est ce que vient d'affirmer Nandini Piramal, dirigeante de Piramal Pharma, groupe indien actif dans le développement et la fabrication de médicaments pour le compte de tiers, ainsi que dans certains produits de santé grand public. Le propos s'inscrit dans un mouvement plus large : celui d'industriels qui, sans rompre avec Pékin, cherchent à ne plus dépendre d'un seul fournisseur géographique.

Ce que dit Nandini Piramal

D'après le compte rendu de l'Economic Times, Piramal Pharma a « drastiquement » réduit sa dépendance aux matières premières d'origine chinoise, désormais inférieure à 10 %. L'entreprise dit diversifier ses chaînes d'approvisionnement pour gagner en souplesse face aux aléas géopolitiques, et élargir son empreinte industrielle vers des sites situés en Inde, au Royaume-Uni et aux États-Unis.

La formulation compte. Mme Piramal ne parle pas de découplage ni de rupture avec la Chine, mais de gestion du risque. Le vocabulaire est celui de l'assurance : multiplier les sources, éviter qu'un événement unique, qu'il s'agisse d'une tension diplomatique, d'une restriction à l'exportation, d'un confinement ou d'un incident industriel, ne paralyse la production. Dans un métier où l'on fabrique des principes actifs et des intermédiaires de synthèse pour des clients exigeants, la continuité de livraison est un argument commercial à part entière.

Une précision s'impose : les éléments dont nous disposons proviennent du compte rendu du média économique indien. Nous n'avons pas pu recouper le chiffre exact avec un document financier de l'entreprise ; il convient donc de le lire comme une déclaration de la dirigeante, et non comme une donnée auditée.

Pourquoi la Chine pèse autant dans la pharmacie mondiale

Pour comprendre la portée de cette annonce, il faut rappeler la structure du secteur. Depuis une vingtaine d'années, la Chine s'est imposée comme le grand fournisseur mondial de produits chimiques de base, d'intermédiaires et de principes actifs pharmaceutiques. Ses usines, souvent très intégrées et alimentées par une chimie lourde à bas coût, produisent à grande échelle et à des prix que peu de concurrents peuvent égaler.

L'Inde, de son côté, est devenue la « pharmacie du monde » pour les médicaments génériques : elle assemble, formule et exporte des quantités considérables de comprimés, de sirops et d'injectables vers l'Amérique du Nord, l'Europe et l'Afrique. Mais cette industrie dépend en amont de matières premières et d'intermédiaires importés, en bonne partie de Chine. La force indienne en aval repose donc sur une vulnérabilité en amont, que les autorités indiennes elles-mêmes ont reconnue à plusieurs reprises.

C'est ce maillon faible que les industriels cherchent à renforcer. Chaque point de pourcentage de dépendance retiré à la Chine est un risque en moins, mais aussi un coût en plus : produire ailleurs, ou acheter ailleurs, revient généralement plus cher, au moins dans un premier temps.

Un modèle d'affaires qui explique la prudence

La position de Piramal Pharma éclaire sa démarche. Une part importante de son activité consiste à servir de partenaire industriel à d'autres laboratoires : elle développe et fabrique pour eux des molécules, parfois complexes, selon des cahiers des charges stricts. Dans ce type de relation, le client n'achète pas seulement un produit, il achète une promesse de fiabilité. Une rupture d'approvisionnement chez le sous-traitant se répercute immédiatement sur le laboratoire donneur d'ordre, voire sur les patients.

Or les grands clients occidentaux, échaudés par les perturbations des dernières années, interrogent de plus en plus leurs fournisseurs sur la provenance de leurs intrants. Dans ce contexte, afficher une exposition à la Chine inférieure à 10 % devient un argument de vente. L'élargissement de l'empreinte industrielle vers le Royaume-Uni et les États-Unis va dans le même sens : produire plus près des marchés finaux rassure les clients et simplifie la conformité réglementaire.

Une tendance de fond, portée par l'État indien

La démarche de Piramal Pharma ne se déroule pas dans le vide. Le gouvernement indien multiplie les mesures pour renforcer la capacité manufacturière nationale et réduire les dépendances jugées critiques. L'Economic Times rapporte par exemple que le cabinet de l'Union a approuvé un programme de 10 000 crores de roupies destiné à soutenir la fabrication de conteneurs, avec l'objectif de décupler les capacités d'ici 2040, de réduire la dépendance aux importations et d'améliorer la résilience des chaînes logistiques. Le secteur concerné n'est pas la pharmacie, mais la logique est la même : transformer une dépendance en capacité domestique grâce à une aide financière ciblée.

Dans le domaine pharmaceutique, l'Inde a déjà mis en place, ces dernières années, des programmes d'incitation à la production locale d'intermédiaires et de principes actifs, justement pour combler le déficit en amont. L'annonce de Mme Piramal peut se lire comme l'illustration, à l'échelle d'une entreprise, d'une politique industrielle plus vaste. Nous n'avons toutefois pas vérifié dans quelle mesure Piramal Pharma bénéficie directement de ces dispositifs, et nous nous abstenons de lui prêter des motivations que l'entreprise n'a pas formulées.

Les limites d'un « moins de 10 % »

Il faut se garder de lire ce chiffre comme une sortie de la Chine. Plusieurs nuances s'imposent.

D'abord, la mesure de la dépendance dépend de ce qu'on compte. Une entreprise peut réduire sa part de matières premières achetées directement en Chine tout en restant exposée indirectement, si ses fournisseurs indiens ou européens s'approvisionnent eux-mêmes auprès de producteurs chinois. La résilience réelle suppose de cartographier la chaîne sur plusieurs niveaux, un exercice difficile et rarement rendu public.

Ensuite, diversifier ne signifie pas toujours substituer. Certains intermédiaires chimiques ne sont tout simplement pas produits en dehors de Chine dans les volumes requis. Une entreprise peut alors constituer des stocks de sécurité, qualifier un second fournisseur ou investir dans une capacité interne, trois réponses aux coûts et aux délais très différents.

Enfin, le coût. Les fournisseurs alternatifs sont souvent plus chers, et la production sur des sites occidentaux l'est davantage encore. Pour une industrie où les marges sont comprimées, notamment sur les génériques, la diversification se paie. Elle ne peut se faire durablement que si les clients acceptent d'en partager le coût, ou si les pouvoirs publics le compensent.

Ce qu'il faut retenir

L'annonce de Nandini Piramal illustre une transition prudente plutôt qu'un divorce : réduire la part d'un fournisseur dominant, étendre la base industrielle vers des juridictions jugées plus prévisibles, et en faire un atout face à des clients devenus sensibles à la géopolitique de leurs approvisionnements. Reste à savoir si ce modèle sera suivi à grande échelle. Tant que la Chine conservera un avantage de coût et de savoir-faire dans la chimie de base, la résilience pharmaceutique mondiale se construira par touches successives, entreprise par entreprise, plutôt que par un grand basculement. Le chiffre avancé par Piramal Pharma, s'il se confirme, montre néanmoins qu'une réduction rapide de l'exposition est possible pour un acteur bien organisé. Les prochains résultats trimestriels du groupe, et les informations qu'il y fournira sur ses coûts et ses sources d'approvisionnement, permettront de juger de l'ampleur réelle du changement.