Les chiffres sont tombés pour le troisième trimestre de 2026, et ils sont rudes : les livraisons mondiales d'ordinateurs personnels ont reculé d'environ 20 % sur un an, selon les données du cabinet IDC relayées par Ars Technica, Engadget, Tom's Hardware et TechPowerUp. Il s'agit, d'après Ars Technica, du « recul le plus marqué » depuis le premier trimestre de 2023, au sortir de l'ère pandémique. TechRadar, de son côté, évoque une baisse de 20 à 21 % sur douze mois et de 9 % par rapport au trimestre précédent.
La cause désignée par le secteur porte un nom de bande dessinée catastrophe : la « RAMpocalypse ». Derrière le jeu de mots, une réalité bien concrète : une pénurie et un renchérissement de la mémoire vive, composant indispensable à tout ordinateur.
Ce que disent les chiffres
Selon Tom's Hardware, les trois principaux fabricants de PC ont à eux seuls livré 11,6 millions d'unités de moins qu'un an plus tôt. TechPowerUp précise que HP et Dell figurent parmi les plus touchés. Ce n'est donc pas un accident isolé chez un constructeur : c'est le marché dans son ensemble qui se contracte.
La comparaison avec 2023 est instructive. À l'époque, le secteur digérait l'hyperactivité des années de confinement, durant lesquelles les foyers et les entreprises s'étaient équipés en masse. Le creux était alors un phénomène de demande : on avait acheté trop, trop vite. Cette fois, le mécanisme est inverse. Ce n'est pas l'envie d'acheter qui manque d'abord, c'est l'offre à prix raisonnable qui se raréfie.
Pourquoi la mémoire vive est devenue un goulot d'étranglement
Les titres consultés convergent sur une explication : les pénuries de puces. TechRadar résume la situation sans détour : les prix ne devraient pas vraiment s'améliorer. Le principe est celui de tout marché contraint. Les fabricants de mémoire disposent de capacités de production limitées et arbitrent en faveur des produits les plus rentables. Or les centres de données dédiés à l'intelligence artificielle absorbent des quantités considérables de mémoire haute performance, à des marges bien supérieures à celles des modules destinés au grand public.
Le résultat est mécanique : quand les clients de l'IA passent en priorité, le consommateur et le fabricant de portables passent après. Les assembleurs paient leur mémoire plus cher, répercutent la hausse sur les prix de vente, et une partie des acheteurs reporte son achat. Plus les ventes reculent, plus les volumes commandés diminuent, sans que la tension sur les prix ne se relâche pour autant, puisque l'offre reste captée ailleurs.
Une précision s'impose : les sources consultées ne chiffrent pas ici la part exacte de la hausse des prix de la mémoire dans le recul des ventes. Le diagnostic de « pénurie de puces » est partagé par plusieurs médias, mais l'ampleur relative de chaque facteur, y compris le simple vieillissement du cycle de renouvellement, reste à documenter.
Un marché qui se réorganise autour de l'IA locale
Paradoxalement, pendant que le PC traditionnel s'étiole, une catégorie de machines haut de gamme prospère sur le même terreau technologique. TechRadar rapporte que les précommandes sont ouvertes pour les portables Nvidia RTX Spark, à partir de 2 599 $, des appareils propulsés par l'architecture Blackwell et pensés pour les petites entreprises qui font tourner des modèles d'IA en local. Le même média a testé le mini-PC MSI Pro Max Edge AI+, bâti autour de la puce Ryzen AI Max+ 395 d'AMD, d'une carte graphique Radeon 8060S et d'une unité de traitement neuronal de 50 TOPS, également conçu pour l'IA locale.
Ces lancements dessinent une bifurcation. D'un côté, des machines très chères, riches en mémoire et en puissance de calcul, destinées aux professionnels et aux développeurs. De l'autre, le PC de milieu de gamme, celui que l'on achète pour le travail courant ou les études, dont le prix grimpe alors que son attrait stagne. Quand l'entrée de gamme se renchérit, le consommateur prudent garde son vieil ordinateur un an ou deux de plus, ce qui alimente la chute des livraisons.
Une rentrée de plateformes sous tension
Le contexte n'aide pas non plus les nouveaux venus. Le lancement des « Googlebooks », ces portables sous Android, a été accompagné de difficultés rapportées par plusieurs médias. 9to5Google parle d'une situation « en fouillis » côté applications, Ars Technica note que certaines fonctions de couplage avec les téléphones Samsung ne marchaient pas au lancement, et CNET comme Engadget relaient l'aveu de Google : des applications Android « complexes » tournent mal sur les modèles à processeur Intel. Un nouveau format de portable a rarement besoin d'une conjoncture aussi défavorable pour trouver son public ; avec des prix tirés vers le haut, la marge d'erreur est mince.
Ce qui pourrait changer, et ce qui ne changera pas vite
Les constructeurs ont peu de leviers. Ils peuvent rogner leurs marges, réduire la quantité de mémoire installée de série, ou miser sur les segments les plus rentables, ce que la mise en avant des machines à IA locale illustre déjà. Aucune de ces options ne rétablit les volumes d'avant.
La vraie variable est du côté des fabricants de mémoire et de leurs choix d'investissement. Augmenter les capacités de production prend des années, pas des trimestres, et les entreprises du secteur ont longtemps échaudé leurs actionnaires par des cycles de surproduction. Tant que la demande des centres de données d'IA absorbera l'essentiel de l'offre, le grand public restera en queue de file. C'est le sens du message de TechRadar : ne comptez pas sur une détente rapide des prix.
Pour l'acheteur, la conséquence pratique est simple : reporter un achat n'est plus forcément une économie, et la quantité de mémoire d'une machine devient un critère à surveiller de près, car c'est sur ce poste que les prix se sont tendus. Pour l'industrie, l'enseignement est plus large. Le boom de l'IA ne se contente pas de créer de nouveaux marchés : il redistribue les ressources industrielles aux dépens de produits plus anciens, et le PC, longtemps pilier de l'électronique grand public, en fait aujourd'hui les frais.
Un recul de conjoncture ou un changement de cycle ?
La question que se posent les analystes est de savoir si ce plongeon est transitoire. Un recul de 20 % en un an pèse lourd, mais le marché du PC a déjà connu des trous d'air suivis de rebonds. Ce qui distingue cet épisode, c'est son origine : il vient d'une compétition pour des composants rares, pas d'un désintérêt des utilisateurs. Si l'offre de mémoire se détend, la demande latente pourrait revenir. Si, au contraire, l'IA continue d'aspirer les capacités, le PC grand public risque de devenir durablement plus cher, et son renouvellement plus lent.
Dans les deux cas, le message de ce troisième trimestre est net : la puissance de calcul de l'IA et l'ordinateur de tous les jours puisent dans le même réservoir de composants, et pour l'instant, c'est le second qui paie la facture.
