Une unité de santé mentale qui reste fermée, un établissement qui reconnaît ne pas parvenir à la rouvrir, et une population qui se demande où elle sera soignée : le dossier d'Amos, en Abitibi-Témiscamingue, touche à une question simple et pourtant difficile à résoudre, celle de la capacité d'un système de santé à maintenir des services spécialisés loin des grands centres.
Ce que l'on sait
Selon Radio-Canada, Santé Québec n'est pas en mesure de rouvrir l'unité de santé mentale d'Amos. Le média rapporte aussi que l'organisme précise que cette fermeture n'empêche pas les personnes qui en ont besoin d'être hospitalisées lorsque c'est nécessaire.
C'est à peu près l'essentiel de ce qui a été confirmé publiquement dans les repères dont nous disposons. Nous n'avons pas pu vérifier, au moment d'écrire ces lignes, plusieurs éléments pourtant essentiels pour juger de la portée du dossier : la date exacte de la fermeture, le nombre de lits touchés, les raisons précises de l'impossibilité de rouvrir (pénurie de personnel, bris de service, enjeux de recrutement ou autres), ni l'endroit où sont désormais dirigés les patients. Nous ne les avancerons donc pas.
Une formule qui mérite d'être lue de près
La phrase selon laquelle les gens qui en ont besoin peuvent encore être hospitalisés est rassurante sur le plan du principe. Elle ne dit toutefois rien, à elle seule, de la façon dont cela se passe concrètement. Hospitaliser une personne en détresse psychique, ce n'est pas seulement lui trouver un lit : c'est aussi tenir compte du trajet, de la présence de ses proches, de la continuité des soins avec les équipes locales et du risque que le déplacement lui-même devienne un obstacle pour demander de l'aide.
Dans une région vaste comme l'Abitibi-Témiscamingue, où les distances entre les villes se comptent en dizaines, voire en centaines de kilomètres, la question de l'endroit où la personne est accueillie n'a rien d'accessoire. Une hospitalisation dans une autre ville de la région, ou à l'extérieur, change la réalité des familles et des intervenants. C'est précisément ce que les autorités devront documenter pour dissiper les inquiétudes : où vont les patients, après combien de temps d'attente, et avec quel soutien pour la suite.
Pourquoi ce dossier est important
La santé mentale est l'un des services où la proximité compte le plus. Une crise ne se planifie pas, et les ressources de première ligne (cliniques, équipes de crise, urgences) s'appuient sur la possibilité d'orienter rapidement une personne vers une unité spécialisée. Quand cette unité n'existe plus localement, c'est toute la chaîne qui s'ajuste, souvent au prix d'une pression supplémentaire sur les urgences et sur les équipes en place.
Le dossier s'inscrit aussi dans une réalité plus large, bien connue des régions éloignées : maintenir des services spécialisés exige des équipes complètes, et celles-ci sont difficiles à constituer et à conserver loin des centres urbains. Il faudra toutefois attendre les explications détaillées de Santé Québec pour savoir si c'est bien ce qui explique la situation à Amos. Nous nous gardons de le présumer.
Le contexte politique régional
Le dossier survient alors que la région vient de gagner un poids politique à Québec. Radio-Canada rapporte que Sébastien D'Astous, député d'Abitibi-Ouest, a été nommé ministre de l'Efficacité gouvernementale dans le gouvernement péquiste dirigé par Paul St-Pierre Plamondon. Il est aussi ministre responsable de l'Abitibi-Témiscamingue et du Nord-du-Québec. Dans une entrevue à l'émission Des matins en or, il s'est dit « très excité, heureux et emballé ».
Cette double casquette fait de lui un interlocuteur naturel pour les élus, les syndicats et les groupes communautaires qui voudront porter le dossier d'Amos. Rien, dans les repères que nous avons consultés, ne indique toutefois qu'il se soit exprimé sur la fermeture de l'unité. Nous ne lui prêtons donc aucune position. La question qui se pose, en revanche, est légitime : un ministre responsable de la région sera-t-il en mesure d'obtenir des réponses claires, et un échéancier, d'un organisme comme Santé Québec ?
Ce qu'il faudra surveiller
Plusieurs éléments permettront de mesurer si l'assurance donnée par Santé Québec se vérifie dans les faits :
- Les délais d'accès : combien de temps une personne qui nécessite une hospitalisation en santé mentale attend-elle, et où est-elle dirigée ?
- Les conditions de transfert : qui assure le transport, et comment les proches sont-ils informés et accompagnés ?
- Le plan de réouverture : Santé Québec reconnaît ne pas être en mesure de rouvrir l'unité pour l'instant, mais aucun calendrier n'est connu dans les informations que nous avons pu consulter.
- La voix des intervenants : les équipes de santé mentale, les médecins et les organismes communautaires de la région sont les mieux placés pour dire si le service de remplacement tient la route.
- Les chiffres officiels : nombre de lits, taux d'occupation et durée des séjours seront les meilleurs indicateurs d'un éventuel manque de capacité.
Faire le point
À ce stade, le tableau est incomplet, et il faut le dire franchement. Les faits établis sont minces : l'unité d'Amos reste fermée, Santé Québec ne peut la rouvrir, et l'organisme affirme que les hospitalisations nécessaires demeurent possibles. Ce que cela signifie pour les patients et leurs proches, en pratique, dépendra de données que les autorités n'ont pas encore rendues publiques, ou que nous n'avons pas pu consulter.
C'est justement ce manque de détails qui justifie que le dossier soit suivi de près. Une fermeture temporaire qui s'étire devient, dans les faits, une réorganisation des services, et celle-ci mérite un débat public plutôt qu'un simple constat d'impuissance. Pour la population d'Amos et de l'ensemble de l'Abitibi-Témiscamingue, la vraie mesure de la réponse de Santé Québec sera là : non pas dans l'affirmation que des soins restent disponibles, mais dans la démonstration qu'ils le sont, à temps et à une distance raisonnable.
