Exploration spatiale

Starship : SpaceX tentera le 13 novembre de rattraper le booster et le vaisseau avec les bras de sa tour

SpaceX vise le 13 novembre pour le vol 15 de Starship, avec une première mondiale : la capture simultanée du booster Super Heavy et du vaisseau. La licence de la FAA, elle, n'est pas encore publiée.

Starship : SpaceX tentera le 13 novembre de rattraper le booster et le vaisseau avec les bras de sa tour

Si tout se déroule comme prévu, la base de Starbase, au Texas, sera le théâtre d'une scène sans précédent dans l'histoire des lanceurs : deux étages d'une même fusée géante revenant se poser dans les bras d'une tour d'acier, le même jour. Le pari est audacieux, et rien n'est encore acquis.

Une date, un objectif, une autorisation qui manque

Selon Futura, SpaceX vise le 13 novembre pour le quinzième vol d'essai intégré de Starship, au cours duquel l'entreprise tentera de rattraper à la fois le booster Super Heavy et l'étage supérieur à l'aide de la tour de lancement de Starbase. Teslarati précise que cette date a été avancée sur scène par Kiko Dontchev, vice-président de SpaceX chargé des lancements, lors du UP.Summit. Il s'agit de la première cible donnée directement par un dirigeant de l'entreprise : jusque-là, le calendrier public reposait sur des diapositives de planification du trafic aérien de la FAA, qui évoquaient d'abord le 8 novembre, puis le 12.

Le feu vert réglementaire reste toutefois l'obstacle principal. Teslarati note que la page Starship de la FAA, l'agence américaine de l'aviation civile, ne mentionne pas encore de licence pour le vol 15. Gwynne Shotwell, présidente de SpaceX, a affirmé en octobre, après un « engagement constructif important » avec l'agence, s'attendre à ce que la licence couvre le retour au site de lancement et la capture des deux étages. Autrement dit, la date du 13 novembre demeure une cible, pas un engagement ferme.

Pourquoi la capture du vaisseau est une tout autre affaire

Le principe est connu : au lieu de se poser sur des jambes de train d'atterrissage, l'étage revient vers la tour et ses bras mécaniques, surnommés « chopsticks » (baguettes), se referment autour de lui. Pour le booster, la manœuvre a déjà été réalisée. Les sources spécialisées citent les vols 5, 7 et 8, bien que l'historique exact des captures varie légèrement d'un média à l'autre, et que la capture d'un booster de la nouvelle génération V3 n'ait jamais été tentée à ce jour, selon NASASpaceflight.

Le vaisseau, lui, n'a jamais été attrapé. Tous les vols précédents se sont terminés par un amerrissage. Selon SpaceX France, l'exercice est nettement plus exigeant : le vaisseau revient d'orbite à plus de 25 fois la vitesse du son, enveloppé de plasma, alors que le booster ne revient que quelques minutes après le décollage. Futura souligne que la difficulté tient moins au retour en douceur, que l'entreprise maîtrise déjà, qu'à la capture elle-même par les bras de la tour.

Il y a aussi une dimension de sécurité publique. D'après SpaceNexus, qui s'appuie sur NASASpaceflight et Ars Technica, la demande de modification de licence inclut la permission de ramener le vaisseau à Starbase, ce qui impliquerait un survol de zones habitées, y compris le nord du Mexique. Teslarati le résume autrement : le vaisseau emprunterait une trajectoire de rentrée dirigée vers la terre ferme, et non plus vers l'océan ouvert.

Le chemin parcouru en 2026

Cette tentative s'appuie sur une année d'essais mouvementés. Le 22 mai, le vol 12 inaugurait la version 3 de Starship et le nouveau pas de tir 2. Selon SpaceQ, le vaisseau a atteint sa trajectoire et amerri dans l'océan Indien, mais le booster a échoué à compléter sa manœuvre de retour et s'est écrasé dans le golfe du Mexique. La FAA a clos l'enquête sur cet incident le 13 juillet, en retenant deux causes probables : des effets thermiques sur des composants de propulsion et des réglages erronés du système d'alarme moteur.

Le 28 septembre, le vol 14 a franchi un cap majeur. Selon NPR, il s'agissait du premier vol à placer Starship en orbite autour de la Terre et à déployer des satellites Starlink. NASASpaceflight rapporte que le vaisseau a atteint une orbite d'environ 262 par 277 kilomètres et déployé 26 satellites Starlink V3, malgré la perte d'un moteur Raptor à vide pendant l'ascension. La mission, prévue pour durer environ dix heures, a été écourtée à un peu plus de trois heures par prudence. Le booster, de son côté, a effectué un amerrissage contrôlé dans le golfe, même si deux moteurs ne se sont pas rallumés lors de la phase d'atterrissage.

C'est ce bilan qui a ouvert la porte à la suite. NASASpaceflight indiquait alors que le Booster 22 serait le premier booster de génération V3 à être capturé lors du vol 15. Le Ship 42 a terminé ses essais moteurs le 28 octobre, d'après SpaceX France, après un tir statique à 33 moteurs du Booster 22 le 25 octobre.

Des paroles d'Elon Musk à relativiser

Lors de la présentation des résultats trimestriels de SpaceX, le 20 octobre, Elon Musk a jugé le succès de la capture du vaisseau « plus probable que l'inverse », selon Teslarati, qui rapporte aussi qu'il a qualifié l'exploit de « jalon technologique profond ». L'entreprise a diffusé à cette occasion une animation montrant le vaisseau pivotant à la verticale au-dessus de Starbase avant de se glisser entre les bras de la tour.

Il convient de garder la distance nécessaire. Musk estimait en septembre, d'après Futura, la probabilité de réussite dès le premier essai à « au moins 50 ou 60 % ». Ce sont des estimations d'un dirigeant dont les calendriers ont souvent glissé, pas des garanties. Les analystes cités par plusieurs médias spécialisés rappellent que le profil exact du retour du vaisseau n'a pas été publié par SpaceX et que la procédure prévoit des critères d'abandon : si les conditions ne sont pas réunies, l'étage peut être dérouté vers un amerrissage, comme cela a été le cas pour des boosters lors de vols antérieurs. Le Tech Insider rappelle d'ailleurs qu'un résultat intermédiaire, avec un seul étage capturé, reste très plausible.

Ce que cela change si ça marche

L'enjeu est d'abord économique. Selon The News, qui en fait le fondement du programme, la réutilisation complète et rapide des deux étages est le pilier économique de Starship. Un amerrissage expose le matériel à la corrosion saline et ralentit la remise en état, tandis qu'une capture à la tour permet d'inspecter et de relancer plus vite. Musk a déclaré, selon Teslarati, que le succès marquerait la première fois qu'un lanceur orbital serait entièrement récupéré.

L'avertissement d'Avi-Go est toutefois utile : une capture réussie ne prouverait pas à elle seule que Starship peut être inspecté, remis en état et relancé rapidement. SpaceX vise un premier vol d'un vaisseau réutilisé au début de 2027, selon SpaceX France, ce qui sera le véritable test.

L'autre enjeu est lunaire. D'après Teslarati, Starship doit servir d'atterrisseur lunaire pour le programme Artemis de la NASA. Selon SpaceNexus, la démonstration de transfert d'ergols entre deux vaisseaux a glissé au premier trimestre de 2027, et Artemis III, prévue en 2027, est désormais une mission en orbite terrestre basse pour tester rendez-vous et amarrage avec des atterrisseurs d'essai de Blue Origin et de SpaceX. Chaque mission lunaire exigerait par ailleurs une quinzaine de vols de ravitailleurs, d'après Space Launch Schedule, d'où l'importance de cadences élevées et de coûts réduits. Musk promet des vols hebdomadaires dans la première moitié de 2027, rapporte Teslarati, un objectif que le Substack Forced Futures juge freiné moins par l'acier que par le papier, c'est-à-dire les licences : le Texas est autorisé à 25 lancements de Starship par an, et la Floride n'a pas encore de licence.

Ce qu'il faut surveiller le jour J

Trois éléments diront rapidement si l'histoire s'écrit. D'abord, la publication de la licence de la FAA et des fermetures d'espace aérien, normalement émises quelques jours avant le lancement. Ensuite, le comportement du bouclier thermique, car le vaisseau doit arriver à la tour intact et contrôlable. Enfin, la confirmation officielle de SpaceX : Tech Insider recommande d'attendre la vidéo depuis la tour avant de considérer une capture comme acquise, car les premières publications sur les réseaux sociaux ont déjà devancé les faits par le passé.

Que la tentative réussisse ou que SpaceX détourne l'un des deux étages vers l'océan, le vol 15 sera de toute façon instructif. Mais s'il réussit, il fera passer Starship du statut de prototype spectaculaire à celui d'un véhicule dont la réutilisation devient démontrable.