Estrie

Val-des-Sources perd sa Banque Nationale : une fermeture qui en dit long sur l'érosion des services de proximité en Estrie

La Banque Nationale fermera sa succursale de Val-des-Sources et retirera son guichet le 30 avril 2027. Le maire dénonce une décision « sans bon sens » et redoute un effet domino pour la MRC des Sources.

Val-des-Sources perd sa Banque Nationale : une fermeture qui en dit long sur l'érosion des services de proximité en Estrie

Les clients de la Banque Nationale à Val-des-Sources devront bientôt revoir leurs habitudes. Selon Radio-Canada, <cite>l'institution fermera sa succursale et y retirera son guichet automatique à compter du 30 avril 2027</cite>. Pour cette ville de plus de 7 000 habitants, le dossier dépasse la simple question bancaire : il touche à l'accès aux services de base, au vieillissement de la population et à la vitalité d'un centre-ville.

Ce qui a été annoncé

La décision touche ce que Radio-Canada présente comme l'unique succursale de la Banque Nationale à Val-des-Sources. Par écrit, la banque justifie son choix par l'évolution des comportements de sa clientèle : elle chiffre à moins de 2 % la proportion des transactions effectuées à ses comptoirs. Son conseiller principal aux affaires publiques, Alexandre Guay, souligne que l'utilisation des solutions en ligne et mobiles a fortement augmenté au cours des cinq dernières années.

Selon La Tribune, qui a publié l'information le 1er novembre, la Banque Nationale confirme en fait la fermeture de deux succursales en Estrie : celle du boulevard Bourque à Sherbrooke et celle de Val-des-Sources. Le quotidien précise que la succursale de Val-des-Sources sera fusionnée avec celle de la rue Portland, à Sherbrooke, à la date du 30 avril 2027. Le guichet automatique sera lui aussi retiré. Selon Radio-Canada, la succursale compte trois employés, qui pourront être relocalisés s'ils le souhaitent.

La nuance est importante. Dire que la banque « se retire » de la ville, c'est dire qu'un client qui voudrait rencontrer un conseiller en personne, retirer de l'argent comptant à un guichet de la marque ou discuter d'un renouvellement hypothécaire devra aller ailleurs. Un client rencontré par Radio-Canada, Stéphane Lacharité, le dit sans détour : il ne fera pas 45 minutes de route pour renouveler son hypothèque. Le maire Hugues Grimard, lui, évoque dans La Tribune un trajet de 30 à 35 minutes pour atteindre un guichet.

Un maire qui monte au créneau

La réaction des élus est vive. Le maire de Val-des-Sources, Hugues Grimard, qui est aussi préfet de la MRC des Sources, a dit à Radio-Canada que la banque « se doit » de conserver sa succursale, ou à tout le moins un guichet. Il s'inquiète de la perte d'un service de proximité, d'autant que des citoyens de toute la MRC des Sources fréquentent cette succursale. À La Tribune, il a lancé que la décision n'avait « aucun bon sens ».

La Fédération québécoise des municipalités s'est jointe au concert. Son président, Jacques Demers, a expliqué à Radio-Canada l'effet d'entraînement qui l'inquiète : quand un point de service disparaît, les gens se déplacent ailleurs et en profitent pour faire d'autres achats à l'extérieur du territoire, ce qui fragilise les commerces restants. Autrement dit, une succursale n'est pas qu'un guichet : c'est un petit générateur d'achalandage pour le centre-ville.

Un territoire qui compte sur ses services de proximité

Pour comprendre l'ampleur de la perte, il faut regarder la carte. Selon le profil de la ville compilé par villes-et-villages.quebec, Val-des-Sources comptait environ 7 405 habitants en 2025, avec une population en légère croissance depuis quelques années. Wikipédia rappelle qu'elle se trouve au centre d'un carré formé par Drummondville, Sherbrooke et Victoriaville. C'est précisément ce que la clientèle a en tête quand elle évoque les trajets : les succursales alternatives sont à la hauteur de ces villes-centres.

Le plan de gestion des matières résiduelles de la MRC des Sources, publié en 2023, apporte un autre éclairage. Il indique que la population de la MRC est vieillissante : l'âge médian y était de 51 ans en 2016, contre 44,5 ans pour l'ensemble de l'Estrie. Le même document note que le taux de chômage de la MRC dépassait celui de l'Estrie et du Québec. Un territoire plus âgé, moins densément peuplé et où l'on se déplace davantage en voiture est précisément celui où la distance jusqu'au guichet pèse le plus.

Cela dit, l'offre bancaire n'y disparaît pas entièrement. Les répertoires en ligne indiquent que la Caisse Desjardins des Sources dispose d'un point de service à Val-des-Sources, au 535, 1re Avenue, et que la CIBC y exploite un centre bancaire. Les clients de la Banque Nationale ne se retrouvent donc pas sans aucune institution dans leur ville, mais ceux qui y ont leur dossier hypothécaire, leurs placements ou leur compte d'entreprise devront choisir entre le déplacement et un changement d'institution.

Un mouvement plus large, en Estrie et au-delà

La fermeture de Val-des-Sources s'inscrit dans une série. La Tribune rappelle que la Banque Nationale avait déjà fermé sa succursale de Windsor en 2024, et que les guichets de Valcourt, d'Acton Vale et de Richmond ont été retirés en 2026. À Valcourt, La Voix de l'Est a recueilli en mai le témoignage d'aînés qui se disaient abandonnés après le retrait du guichet. L'un d'eux, Jacques Lavoie, 77 ans, y rappelait que son chèque de paie portait autrefois le nom de la banque.

Le phénomène n'est pas propre à l'Estrie, ni même au Québec. Le Soleil rapportait en avril que la Banque de Montréal avait retranché près de 30 succursales à son réseau canadien en un an, passant de 862 à 833 entre janvier 2025 et janvier 2026. Le même article indique que le Mouvement Desjardins vise la fermeture de 30 % de ses points de service et guichets d'ici la fin de 2026, et que la Banque Nationale avait fusionné 28 succursales avec d'autres en trois ans.

La Banque Nationale pratique la même stratégie ailleurs au pays. Selon Radio-Canada, elle fermera aussi ses succursales de Caraquet et de Neguac, au Nouveau-Brunswick, au printemps, et retirera les guichets de ces deux communautés. Dans la péninsule acadienne, des résidents avaient déjà déploré, après la fermeture de la succursale de Petit-Rocher, un effritement des services dans leur village. Le scénario est donc le même qu'en Estrie : une banque met en avant la baisse de fréquentation des comptoirs, des communautés rurales répondent que la distance est le vrai enjeu.

Ce que dit la loi

Les banques ne peuvent pas fermer une succursale du jour au lendemain, mais le cadre fédéral est avant tout un cadre de préavis, pas un droit de veto. Selon l'Agence de la consommation en matière financière du Canada (ACFC), une institution fédérale qui prévoit fermer une succursale doit en informer ses clients au moins quatre mois à l'avance. La Loi sur les banques prévoit aussi un préavis de six mois dans une zone rurale où la succursale de dépôt de détail la plus proche se trouve à plus de 10 kilomètres. Dans ce cas, le préavis doit aussi être transmis au maire ou au préfet.

L'ACFC explique également qu'un citoyen touché ou un représentant de la collectivité peut lui écrire pour demander la tenue d'une rencontre sur la fermeture. Cette rencontre est exigée si la banque n'a pas suffisamment consulté la communauté et si la demande n'est ni frivole ni vexatoire. L'Agence a aussi publié en 2024 une ligne directrice sur le processus de consultation, qui attend des institutions qu'elles tiennent des consultations bien avant la fermeture et qu'elles prennent des mesures raisonnables pour aider les clients à trouver d'autres solutions.

Une précision s'impose toutefois. Dans le cas de Val-des-Sources, la municipalité compte d'autres établissements bancaires et la distance avec une autre succursale de dépôt de détail est probablement inférieure à 10 kilomètres. Le préavis applicable serait donc vraisemblablement celui de quatre mois, et non celui de six. Je n'ai pas pu confirmer quel régime la Banque Nationale a retenu dans ce dossier. Rien dans les informations publiées ne permet non plus de savoir si une rencontre communautaire sera demandée à l'ACFC. Cette porte reste ouverte aux élus et aux citoyens.

Ce qui reste à surveiller

Plusieurs questions demeurent sans réponse à ce stade. La première concerne le guichet : la Municipalité réclame au minimum son maintien, mais la banque a annoncé son retrait en même temps que la fermeture de la succursale. La deuxième touche l'accompagnement : quelle aide concrète sera offerte aux aînés et aux personnes moins à l'aise avec le numérique, et à quelle échéance ? La troisième porte sur la clientèle commerciale, que la MRC cherche à retenir dans une région où, selon ses élus, la diversification économique avance.

De son côté, la banque dispose de six mois pour préparer le transfert des dossiers vers Sherbrooke. D'ici là, le dossier de Val-des-Sources risque de servir de baromètre : si les pressions locales ne changent rien, il confirmera que, pour les grandes banques, le critère décisif reste la fréquentation des comptoirs. Si au contraire la mobilisation fait reculer l'institution, ne serait-ce que sur le guichet, d'autres petites villes pourraient s'en inspirer. Dans tous les cas, la vraie question posée par ce dossier est celle de la valeur d'un service de proximité qui ne se mesure pas uniquement en nombre de transactions.