Les voleurs de cuivre ont trouvé un terrain de prédilection dans la grande région de Québec. Selon Radio-Canada, près de la moitié des vols de câbles électriques recensés dans la province cette année l'ont été dans la Capitale-Nationale. Le constat, tiré de données rapportées par le diffuseur public, place la région au centre d'un phénomène que d'autres reportages de Radio-Canada qualifient désormais de « véritable fléau » à l'échelle du Québec.
Ce que disent les données disponibles
Le chiffre frappe : une part voisine de 50 % des cas provinciaux concentrée dans une seule région. Il faut toutefois le manier avec prudence. À partir des informations publiées par Radio-Canada, il n'est pas possible de dire si cette concentration reflète une activité criminelle réellement plus intense autour de la capitale, une meilleure détection des vols, une plus grande propension à les signaler, ou simplement la densité d'équipements électriques exposés dans la zone. Plusieurs explications peuvent coexister, et aucune ne ressort clairement des éléments rendus publics.
Ce que l'on sait, en revanche, c'est que le phénomène ne se limite pas aux lignes ou aux postes de distribution. Dans un autre reportage consacré au même sujet, Radio-Canada rapporte qu'Hydro-Québec déplore le vandalisme de ses bornes de recharge pour véhicules électriques, et que des victimes plus modestes ont aussi été touchées : un artiste et un organisme ont vu du cuivre leur être dérobé. Le vol ne vise donc pas uniquement de grandes infrastructures. Il frappe aussi des installations de proximité, parfois isolées et peu surveillées.
Pourquoi le cuivre attire autant
La logique du vol de câbles est avant tout économique. Le cuivre est un métal recyclable, facile à revendre et dont le prix de marché peut rendre rentable le dépouillement d'un seul site. Les câbles volés sont dénudés ou fondus, ce qui rend leur origine difficile à retracer une fois le métal entre les mains d'un récupérateur. Cette traçabilité quasi nulle est l'un des ressorts du problème : la marchandise perd son identité dès qu'elle est transformée.
À cela s'ajoute la nature même des cibles. Les bornes de recharge, par exemple, se multiplient dans les stationnements, les parcs industriels et les abords de routes. Elles sont nombreuses, parfois éloignées de tout regard, et renferment des câbles de forte section. Le déploiement accéléré de l'électrification des transports crée mécaniquement davantage d'équipements à protéger, sans que la surveillance suive toujours au même rythme.
Des conséquences qui dépassent la facture du cuivre
Le montant du métal volé est rarement le principal coût. Remplacer un câble sectionné, réparer un équipement endommagé et remettre un service en marche représentent des dépenses souvent bien supérieures à la valeur du cuivre lui-même. Pour une borne de recharge vandalisée, c'est un service public qui devient indisponible pour les automobilistes qui comptaient sur elle.
Il existe aussi un enjeu de sécurité. S'attaquer à des installations électriques, qu'elles soient sous tension ou non, comporte un risque réel d'électrocution pour les auteurs. Les équipements endommagés peuvent aussi présenter un danger pour les travailleurs qui interviennent ensuite, comme pour le public qui s'en approcherait sans savoir que le site a été touché.
Une victimisation diffuse, une réponse difficile
La difficulté de répondre à ce type de crime tient à sa dispersion. Les vols surviennent la nuit, sur des sites étendus, souvent sans témoin. Les enquêtes policières butent sur l'absence de preuves directes et sur le circuit de revente du métal. Radio-Canada ne détaille pas, dans les éléments que nous avons pu recouper, les mesures précises envisagées par Hydro-Québec ou par les corps policiers de la région pour freiner la hausse. On ignore donc, à ce stade, si de nouvelles stratégies de surveillance, de marquage des câbles ou de contrôle des revendeurs sont en préparation.
Ce silence relatif sur les remèdes est en soi un constat. Le problème est documenté, sa géographie commence à se dessiner, mais la réponse publique reste peu visible. Pour les municipalités, les entreprises et les organismes qui exploitent des équipements en cuivre, la protection repose en pratique sur des moyens locaux : éclairage, clôtures, caméras, vigilance du voisinage.
Ce qu'il faut surveiller
Trois questions méritent d'être suivies dans les prochains mois. D'abord, la tendance : la hausse observée cette année se confirmera-t-elle, ou s'agit-il d'une pointe liée à un contexte particulier de prix du métal ? Ensuite, la répartition territoriale : la surreprésentation de la Capitale-Nationale persistera-t-elle une fois les données consolidées sur une période plus longue ? Enfin, la chaîne de revente : tant que le cuivre volé trouve preneur sans trop de questions, l'incitation demeure.
Pour l'instant, le portrait demeure partiel. Le chiffre d'une moitié des vols concentrée dans la région de Québec est un signal d'alerte sérieux, mais il appelle des données plus fines, notamment sur le nombre exact d'incidents, les types de sites visés et les suites judiciaires, avant de tirer des conclusions définitives sur les causes et sur l'efficacité des moyens de lutte.
