Économie

Yuan international : un ancien haut responsable du FMI plaide pour une monnaie chinoise plus présente dans le monde

Dans un texte publié alors que Pékin modernise l'infrastructure de son yuan numérique, un ex-dirigeant du FMI soutient que la Chine comme le monde ont intérêt à un renminbi plus largement utilisé.

Yuan international : un ancien haut responsable du FMI plaide pour une monnaie chinoise plus présente dans le monde

Une idée vieille de plus de quinze ans, mais qui revient avec insistance dans le débat économique mondial : faire du yuan, aussi appelé renminbi, une monnaie de premier plan dans les échanges et la finance internationale. Selon le South China Morning Post, un ancien haut responsable chinois passé par le Fonds monétaire international (FMI) soutient dans un article récent que la Chine, mais aussi le reste du monde, ont besoin d'un yuan internationalisé dans un environnement économique devenu multipolaire. Le texte est paru au moment même où Pékin améliore l'infrastructure de son yuan numérique, dans le cadre d'efforts plus larges pour remodeler un système financier mondial dominé par le dollar américain.

Cette prise de position, relayée par le quotidien hongkongais, ne constitue pas une décision de politique publique. Elle émane d'une voix qui a siégé dans l'institution de Washington et qui connaît de l'intérieur les rouages du système monétaire international. Elle éclaire cependant une orientation que Pékin poursuit depuis longtemps, par étapes.

Ce que l'on sait de l'argument

D'après le résumé qu'en donne le South China Morning Post, l'argument repose sur deux piliers. Le premier concerne la Chine elle-même : un recours plus large au renminbi soutiendrait le développement de haute qualité que revendiquent les autorités, en réduisant l'exposition des entreprises chinoises aux fluctuations du dollar et aux contraintes de financement libellées dans une devise étrangère. Le second tient à l'architecture mondiale : dans une économie où le poids relatif des pays évolue, dépendre d'une seule monnaie de référence serait, selon l'auteur, de moins en moins adapté.

Ce raisonnement s'inscrit dans une tradition de débat bien connue des économistes. Le dollar occupe une place centrale parce qu'il sert à la fois de monnaie de facturation, de réserve et de financement. Cette position offre des avantages considérables à son émetteur, mais elle expose les autres pays aux décisions de la banque centrale américaine, dont les hausses de taux se répercutent sur le coût du crédit partout dans le monde. Les partisans d'un système plus diversifié y voient un facteur de stabilité ; les sceptiques rappellent qu'une monnaie ne devient internationale que si les investisseurs étrangers lui font confiance.

Une monnaie qui doit convaincre

C'est là que se situe la difficulté de fond. Pour qu'une devise s'impose à l'échelle mondiale, il ne suffit pas de multiplier les accords bilatéraux ou les canaux de paiement. Les économistes citent généralement plusieurs conditions : des marchés financiers profonds et liquides, une libre circulation des capitaux, des institutions jugées prévisibles et une banque centrale dont la crédibilité est reconnue. La Chine maintient des contrôles sur les mouvements de capitaux, ce qui limite mécaniquement l'attrait du renminbi comme monnaie de réserve. C'est, depuis des années, le principal obstacle à une internationalisation complète, et l'on ne trouve pas, dans les éléments rapportés, d'indication selon laquelle ces contrôles seraient sur le point d'être levés.

Le plaidoyer de l'ancien dirigeant du FMI porte donc moins sur une rupture que sur une trajectoire : élargir l'usage du yuan là où cela est possible, tout en poursuivant les réformes qui rendraient cet usage plus attractif. C'est une nuance importante, car elle distingue une ambition de long terme d'un basculement imminent.

Le yuan numérique, un outil parmi d'autres

Le contexte technique joue un rôle. Le South China Morning Post indique que Pékin a récemment amélioré l'infrastructure de son yuan numérique. Il s'agit d'une monnaie de banque centrale sous forme électronique, distincte des cryptomonnaies privées, que la Banque populaire de Chine expérimente depuis plusieurs années. Son intérêt potentiel pour l'internationalisation tient à la possibilité de régler des transactions transfrontalières plus directement, sans passer par les intermédiaires traditionnels du système de paiement dominé par le dollar.

Il faut toutefois rester prudent sur la portée réelle de ces avancées. Que l'infrastructure soit modernisée ne dit rien, en soi, de son adoption par des acteurs étrangers. Le succès d'un instrument de paiement dépend de son usage, et celui-ci se construit lentement, au rythme de la confiance des entreprises et des banques. Les informations disponibles ne permettent pas, à ce stade, de mesurer l'ampleur de cette adoption hors de Chine.

Un environnement qui pousse à la réflexion

D'autres éléments d'actualité montrent que le thème des déséquilibres économiques mondiaux n'est pas qu'une préoccupation chinoise. Selon le South China Morning Post, les ministres des Finances des pays de l'APEC, réunis à Hong Kong, ont publié une déclaration commune soulignant que les déséquilibres mondiaux persistent et créent des risques pour la croissance et la stabilité. Ils y reconnaissent que le rééquilibrage mondial est dans l'intérêt commun et conviennent de renforcer leur coordination économique. Le texte ne désigne pas de solution monétaire précise, mais il confirme que la question de l'architecture des échanges figure à l'ordre du jour de plusieurs grandes économies de la région.

Dans le même temps, la Chine multiplie les signaux d'ouverture sur le plan des échanges de personnes. Le quotidien hongkongais rapporte que le pays a enregistré 192 millions de passages frontaliers au troisième trimestre, en hausse de 7,9 % sur un an selon les données de l'administration nationale de l'immigration. Cette progression s'explique par la hausse des déplacements de Chinois comme d'étrangers, alors que les entreprises chinoises se déploient à l'étranger et que Pékin renforce les incitations pour attirer les touristes, notamment par des régimes d'exemption de visa. Plus d'échanges physiques ne signifient pas automatiquement plus de transactions en yuan, mais l'expansion des entreprises chinoises à l'étranger crée mécaniquement des besoins de paiement et de financement hors des frontières.

Ce qui est établi, ce qui reste ouvert

Pour faire le point, il convient de distinguer ce qui relève des faits de ce qui relève de l'opinion. Est établi le fait qu'un ancien responsable ayant siégé au FMI a publié un texte défendant l'internationalisation du yuan, et que Pékin a modernisé son infrastructure de yuan numérique. Est également établi le constat partagé, dans les enceintes comme l'APEC, que les déséquilibres mondiaux persistent.

Relève en revanche de l'argumentation, et non d'un fait avéré, l'affirmation selon laquelle le monde aurait besoin d'un yuan internationalisé. Cette thèse est défendue par ceux qui souhaitent réduire la dépendance au dollar ; elle est contestée par ceux qui jugent que le renminbi n'offre pas encore les garanties de convertibilité et de transparence attendues d'une monnaie de réserve. Les deux lectures coexistent dans les milieux économiques, et rien ne permet de trancher définitivement à partir des seules informations disponibles.

Restent aussi des inconnues : le calendrier d'une éventuelle ouverture du compte de capital chinois, le rythme d'adoption du yuan numérique à l'étranger, et la réaction des autres grandes puissances monétaires. Ces paramètres détermineront si le plaidoyer de l'ancien dirigeant du FMI relève de la prospective ou annonce une inflexion concrète.

Une trajectoire lente

L'histoire monétaire invite à la patience. Le dollar a mis des décennies à supplanter la livre sterling, et sa suprématie s'est appuyée sur la taille de l'économie américaine, la profondeur de ses marchés et un ensemble d'institutions étalées sur le temps long. Le renminbi avance, selon les observateurs, sur un chemin comparable mais beaucoup plus contraint par les choix de politique intérieure de Pékin.

Ce que le débat révèle surtout, c'est la tension entre deux logiques : celle d'un pays qui souhaite sécuriser ses échanges et son financement en diversifiant les monnaies utilisées, et celle d'un système international bâti autour d'une devise dominante, dont la remise en cause graduelle suppose une confiance que les réformes seules ne garantissent pas. Le texte de l'ancien dirigeant du FMI ajoute une voix institutionnelle à ce débat sans en modifier, à lui seul, les termes.