Depuis juin 2026, le Service de police de Laval (SPL) a fait entrer dans ses rangs une catégorie de personnel qu'il n'avait jamais employée : des cadets. La première cohorte compte 14 jeunes, chargés de soutenir les policiers lors d'événements spéciaux. Le Courrier Laval, qui a rapporté la nouvelle, précise que ces recrues ont participé ces derniers mois à diverses interventions de sécurité durant des fêtes communautaires et des événements sportifs. L'initiative paraît modeste, mais elle en dit long sur la manière dont une grande force policière municipale cherche à répartir ses tâches, à préparer sa relève et à rester présente dans le quotidien des citoyens.
Ce que l'on sait, et ce que l'on ignore encore
Les faits établis sont peu nombreux, mais clairs. Le SPL recourt à des cadets depuis juin 2026, ce qui constitue une première dans l'histoire du service. Le premier groupe réunit 14 jeunes. Leur mission consiste à « supporter les troupes » lors d'événements spéciaux, selon la formulation rapportée par le Courrier Laval : rassemblements communautaires, manifestations sportives et autres activités qui mobilisent habituellement des patrouilleurs.
Plusieurs questions restent toutefois sans réponse publique dans les éléments dont nous disposons. Quelle est la durée du programme et le statut précis des cadets : étudiants, employés saisonniers, stagiaires ? Quels pouvoirs leur sont conférés ? Quelle formation ont-ils reçue ? Le programme est-il appelé à s'élargir à d'autres cohortes ? Ce sont des détails que le SPL devra préciser s'il souhaite que la population comprenne exactement ce que ces jeunes peuvent, et ne peuvent pas, faire.
Un modèle connu : le cadet n'est pas un policier
Le principe n'a rien d'exotique. Dans plusieurs corps de police, la fonction de cadet ou d'agent de soutien existe depuis longtemps. Elle repose sur une distinction essentielle : le cadet n'est pas un policier. Il ne détient pas les pouvoirs d'arrestation ni de poursuite d'un agent de la paix, ne porte généralement pas d'arme et intervient dans un cadre balisé, souvent axé sur la prévention, la visibilité, la gestion de foule, la circulation ou l'accueil du public.
Cette logique répond à un besoin concret. Un événement de quartier, un tournoi sportif ou une fête de rue exigent de la présence humaine, des yeux sur le terrain, des gens capables d'orienter les visiteurs, de signaler un problème et d'alerter les policiers au besoin. Confier ces tâches à un personnel moins coûteux et moins spécialisé libère des patrouilleurs pour des interventions qui requièrent vraiment leur formation. C'est, en somme, une façon de mieux faire correspondre les compétences aux tâches.
Pourquoi maintenant ?
Le moment choisi n'est pas anodin. Comme de nombreux services de police au pays, Laval doit composer avec une double pression : une demande croissante de présence lors d'événements publics, et la difficulté générale de recruter et de retenir du personnel dans les métiers de la sécurité. Le recours à des cadets permet d'agir sur les deux fronts.
D'abord, il augmente la capacité opérationnelle sans élargir la filière policière proprement dite. Ensuite, il crée un bassin de candidats déjà familiarisés avec la culture du service, ses procédures et ses exigences. Un jeune qui a passé plusieurs mois à côtoyer des policiers lors d'événements communautaires arrive, s'il décide de poursuivre dans cette voie, avec une longueur d'avance sur le plan de la connaissance du terrain.
Il faut toutefois rester prudent : le Courrier Laval ne présente pas, dans les extraits dont nous disposons, le programme comme un outil de recrutement officiel. Cette fonction de pépinière est une conséquence plausible de ce type de dispositif, pas un objectif que le SPL aurait publiquement énoncé.
Le terrain lavallois : des événements nombreux, des publics variés
Laval est la troisième ville du Québec par sa population, et son calendrier d'activités publiques est dense. La seule actualité récente de la ville en donne un aperçu : un gala de boxe amateur réunissant quelque 200 personnes au centre Phoenix MMA et Fitness, rapporté par le Courrier Laval, une rencontre de jeunes filles au Musée de la santé Armand-Frappier pour la Journée internationale de la fille, couverte par Média Laval, ou encore l'inauguration d'un centre de prélèvements au Collège Montmorency. Ces rassemblements, de taille et de nature très différentes, illustrent la variété de situations où une présence de sécurité souple et bien identifiée peut avoir sa place.
Le contraste est utile. Entre un événement festif de quartier et un incident imprévu, la frontière peut être mince. Le Courrier Laval a aussi rapporté que plus de 600 élèves de l'école primaire du Sommet et de l'École d'éducation internationale de Laval, dans Chomedey, avaient été évacués le 16 octobre à la suite d'une fuite de gaz naturel signalée au 911 à 7 h 39. Un tel épisode relève évidemment des pompiers, des policiers et des services d'urgence, et non de cadets. Mais il rappelle que la mobilisation des effectifs policiers peut être soudaine et massive, et que tout allègement des tâches courantes est précieux lorsqu'une urgence survient.
Les enjeux à surveiller
L'arrivée de cadets soulève des questions légitimes, que le SPL aura intérêt à aborder de front.
La clarté des rôles. Le public doit pouvoir distinguer un cadet d'un policier. Uniformes, insignes et communication doivent éviter toute confusion, car une ambiguïté sur les pouvoirs réels de la personne en uniforme peut créer des malentendus, voire des situations délicates sur le terrain.
La formation et l'encadrement. Des jeunes recrues déployées dans des foules ont besoin d'une préparation solide : gestion de conflits, premiers soins, protocoles d'alerte, communication radio. L'encadrement direct par des policiers expérimentés est la condition d'un déploiement sûr, pour les cadets comme pour le public.
La transparence. Une première cohorte est toujours un projet pilote, même quand on ne le nomme pas ainsi. Un bilan public, avec des indicateurs simples (nombre d'événements couverts, retombées sur la charge des patrouilleurs, satisfaction des organisateurs), permettrait de juger de la pertinence d'élargir le programme.
Le lien avec la communauté. Les cadets sont souvent des jeunes issus du milieu même où ils travaillent. À Laval, ville marquée par une grande diversité culturelle, cela peut constituer un atout : une présence policière plus représentative de la population qu'elle sert. Encore faut-il que la sélection reflète cette diversité, ce que les informations disponibles ne permettent pas de vérifier à ce stade.
Une innovation prudente, à évaluer sur la durée
L'embauche de 14 cadets ne bouleverse pas l'organisation du SPL. Elle marque néanmoins un changement de posture : celui d'un service qui accepte de diversifier ses profils et de bâtir, autour des policiers assermentés, un cercle de soutien plus large. Si le dispositif tient ses promesses, il pourrait alléger la charge des patrouilleurs lors des événements, renforcer la visibilité de la police dans les quartiers et offrir à de jeunes Lavallois une porte d'entrée vers un métier exigeant.
Si, au contraire, il manque d'encadrement, de clarté ou de moyens, il risque de rester une mesure symbolique. La réponse viendra des prochains mois : de la manière dont cette première cohorte sera évaluée, des ajustements qui seront apportés et de la volonté du SPL de rendre des comptes. Pour l'instant, une chose est sûre : à Laval, la sécurité des rassemblements publics ne reposera plus uniquement sur les épaules des policiers en uniforme complet.
