Le lendemain de l'Halloween, un coup de téléphone d'une mère a lancé une enquête policière à Sherbrooke. Sa fille aurait découvert une aiguille dans une barre de chocolat, avant de la manger. L'enfant n'a pas été blessée, et le Service de police de Sherbrooke (SPS) répète qu'il s'agit, pour l'instant, du seul cas rapporté. Reste à savoir ce que ce signalement permet réellement d'affirmer, et ce qu'il ne permet pas.
Ce que la police a confirmé
Selon Radio-Canada, le SPS a ouvert une enquête à la suite d'un signalement faisant état d'une aiguille insérée dans une friandise après la soirée d'Halloween. Le corps policier précise dans un communiqué qu'il s'agit du seul événement de cette nature porté à son attention jusqu'à maintenant. La jeune fille aurait remarqué l'aiguille dans une barre de chocolat avant de la consommer et elle n'a pas été blessée, selon les policiers.
À la station FM 107,7, le porte-parole du SPS, Benoit Pellerin, a expliqué que la mère avait téléphoné au service de police le matin même. Il a dit vouloir aviser rapidement la population afin que les familles vérifient les friandises avec leurs enfants et pour éviter d'autres incidents. Pour le moment, l'infraction envisagée est celle de voies de fait, a-t-il indiqué en entrevue.
L'Halloween s'est déroulé à Sherbrooke le samedi 31 octobre, de 16 h à 20 h 30, comme l'avait confirmé le SPS quelques jours plus tôt, selon Estrieplus. Le service avait aussi annoncé le retour de l'Opération citrouille, avec des policiers dans tous les arrondissements et des bénévoles de plus de dix organismes.
Un parcours de collecte, pas une adresse
Le SPS a diffusé la liste des rues parcourues par l'enfant : Mailhot, François-Casey, Françoise-Gaudet-Smet, Antoine-Lafleur, Bowen Sud, Caen, Aubry, Dagenais et Marie-Reine. Au micro de FM 107,7, M. Pellerin a décrit un grand secteur, situé dans le coin de l'école Saint-François.
Le Journal de Sherbrooke fait toutefois une mise au point utile : l'avis ne précise pas où le bonbon concerné aurait été remis. Le quotidien rappelle que la présence d'une rue dans la liste ne signifie pas qu'une personne qui y habite est soupçonnée. Les renseignements publiés décrivent un itinéraire de collecte, sans désigner de maison ni de responsable. Le SPS n'a pas non plus précisé la marque de la friandise ni la nature de son emballage. Aucune arrestation n'a été annoncée.
Cette nuance compte pour les résidents des quartiers visés. Une liste de rues est un outil pour retrouver d'éventuels autres cas, pas une piste désignant un coupable. Le Journal de Sherbrooke note aussi qu'il reste à établir les circonstances de la découverte et la façon dont l'aiguille se serait retrouvée dans la friandise.
Ce que risque l'auteur d'un tel geste
Le SPS rappelle qu'une personne reconnue responsable pourrait faire face à des accusations criminelles, notamment de voies de fait, selon La Tribune. Le Journal de Sherbrooke précise que les accusations éventuelles dépendraient des circonstances et de la preuve recueillie. L'enquête devra donc d'abord établir les faits, avant qu'une responsabilité puisse être attribuée à quiconque.
Le corps policier invite quiconque a de l'information, ou a vécu une situation similaire, à communiquer avec lui au 819 821-5555.
Une série d'alertes, sans preuve d'un lien
Le cas sherbrookois n'est pas isolé dans le temps. D'après le média Pulse Newsroom, qui cite La Presse Canadienne, la Sûreté du Québec enquêtait le 1er novembre sur une aiguille signalée dans un petit chocolat à Drummondville, ainsi que sur un fil métallique signalé dans un chocolat à Saint-Marcel, en Chaudière-Appalaches. Le même texte souligne que l'avis du SPS n'établit aucun lien avec l'enquête de Drummondville.
Le Nouvelliste rapporte pour sa part que la police de Manawan a mis la population en garde contre de petits objets métalliques ressemblant à des clous de finition, trouvés dans certaines friandises. À Trois-Rivières, une publication anonyme sur un groupe de réseau social évoquait aussi une découverte du même genre, mais les autorités policières n'ont pas pu la confirmer. Dans la Manicouagan, Le Manic indique que des publications circulaient, alors qu'aucun signalement n'avait été enregistré à la SQ de Baie-Comeau.
La porte-parole de la SQ, Nancy Fournier, a précisé au Manic que les signalements à l'échelle provinciale ne permettent pas de parler d'une vague d'incidents. Il est difficile d'en établir le nombre exact, puisque les événements peuvent être enregistrés sous différentes catégories d'infractions. Le même texte rappelle que rien ne permet de déterminer si les objets auraient été introduits volontairement ou s'ils proviendraient d'un problème de fabrication ou d'emballage.
Un précédent récent en Estrie
La région a déjà vécu une situation semblable. En novembre 2024, La Tribune rapportait que la Sûreté du Québec et le SPS ouvraient chacun une enquête après des signalements d'aiguilles dans des chocolats, dans le secteur de Danville et à Sherbrooke. Dans les deux cas, les corps policiers demandaient aux parents de rester vigilants.
Ce précédent n'établit aucun lien avec le signalement de cette année. Il montre toutefois que les services de police de la région reçoivent de tels appels et les traitent sérieusement, même quand l'issue de l'enquête n'est pas connue du public.
Légende urbaine, canular, erreur de fabrication ou geste malveillant
Le contexte historique invite à la prudence dans l'interprétation. Selon Radio-Canada, la présence de lames, d'aiguilles ou d'épingles dans les bonbons d'Halloween est une vieille légende urbaine. Le diffuseur public écrivait, lors des signalements de 2024, que depuis les années 1950, la très grande majorité des cas rapportés au Canada sont des canulars ou le résultat d'incidents survenus lors de la fabrication. Il ajoutait qu'aucun de ces cas n'avait entraîné de blessures ou de décès. Les services de police prennent tout de même ces plaintes au sérieux, en rappelant de toujours vérifier les bonbons après la récolte.
Le site Légendes urbaines, qui s'appuie notamment sur les travaux du sociologue américain Joel Best, va dans le même sens. Il fait état de moins de 90 cas signalés dans la presse entre 1958 et 1983, dont plus de trois sur quatre sans aucune blessure. Ce site, qui est un projet de vérification amateur plutôt qu'une source scientifique, voit dans la consigne de vérification un geste sans coût qui entretient la légende. Il relève aussi que des canulars alimentent le phénomène, par exemple quand un enfant prétend avoir trouvé une aiguille pour attirer l'attention. La cause du cas sherbrookois demeure, elle, inconnue.
Le Journal de Sherbrooke l'admet d'ailleurs sans détour : ces histoires rappellent une légende urbaine qu'on ressort chaque automne, mais cette fois, le signalement était suffisamment préoccupant pour justifier une enquête. Les deux lectures ne s'excluent pas. On peut douter de l'ampleur d'un phénomène tout en traitant sérieusement un cas précis, ne serait-ce que parce qu'un objet pointu dans un aliment destiné aux enfants relève d'une question de sécurité.
Ce que les familles peuvent faire
Les consignes policières sont simples. Le SPS invite la population à examiner les bonbons récoltés avant qu'ils soient consommés. Le Journal de Sherbrooke ajoute qu'un emballage inhabituel, ouvert ou endommagé mérite une attention particulière, sans que son apparence permette à elle seule de conclure à un acte malveillant. Devant un objet suspect, mieux vaut mettre la friandise de côté et demander les indications des policiers.
Le Nouvelliste relaie des recommandations complémentaires de services de police : conserver le contenu des emballages et les objets concernés sans les manipuler davantage, puis aviser rapidement la police. Ces gestes préservent d'éventuels éléments de preuve, ce qui peut aider les enquêteurs à déterminer si le corps étranger vient de la fabrication ou d'une main malveillante.
Ce qu'on ne sait pas encore
Plusieurs questions restent sans réponse à cette heure. Où et comment l'aiguille s'est-elle retrouvée dans la barre de chocolat ? La marque et l'emballage ont-ils été examinés ? D'autres familles ont-elles fait des découvertes semblables sans les signaler ? Le SPS n'a pas annoncé avoir déterminé l'origine de la friandise ni identifié de responsable, souligne le Journal de Sherbrooke.
L'appel au public vise justement à répondre à ces questions. Si d'autres signalements se confirment, le dossier pourrait changer de nature. Sinon, il pourrait rejoindre la longue liste de cas isolés dont l'origine n'est jamais pleinement élucidée. D'ici là, une enfant est indemne, des parents vérifient leurs sacs de bonbons et une enquête suit son cours.
