Intelligence artificielle

Apple Intelligence arrive en Chine, avec Qwen d'Alibaba à la place de ChatGPT

Après deux ans d'attente, Apple lancera en décembre une version bridée de son IA sur les iPhone chinois, avec le modèle Qwen d'Alibaba en renfort et sans la nouvelle Siri.

Apple Intelligence arrive en Chine, avec Qwen d'Alibaba à la place de ChatGPT

Il aura fallu plus de deux ans. Apple a confirmé que les premières fonctions d'Apple Intelligence arriveront en Chine continentale avec iOS 27.3, en décembre, après une version de test pour les développeurs qui s'ouvre le 4 novembre. Le modèle Qwen d'Alibaba y occupera la place que ChatGPT tient ailleurs dans le monde. L'arrangement dit beaucoup de la façon dont l'IA se déploie désormais : non plus comme un produit unique et mondial, mais comme une pile technologique qu'il faut adapter, pays par pays, aux règles locales.

Ce qu'Apple a annoncé

L'annonce a été publiée le 31 octobre sur le site d'actualités chinois d'Apple, selon le site spécialisé Data Studios. Elle fixe deux dates : les développeurs pourront tester dès le 4 novembre, puis la version publique suivra en décembre, sans jour précis. Le paquet comprend une vingtaine de fonctions : traduction en direct dans les messages, les appels et FaceTime, outils d'écriture, nettoyage de photos, résumés de notifications et de courriels, ainsi qu'un Siri plus à l'aise avec le langage naturel, qui garde le contexte de la conversation et accepte les requêtes tapées.

Qwen n'intervient que dans des fonctions précises. Selon le média Asia News Network, Siri pourra s'appuyer sur ses connaissances pour répondre directement à certaines demandes, une fonction « Compose with Qwen » générera du texte et des images à partir d'une consigne, et la fonction « Ask Qwen » permettra d'obtenir des renseignements sur des objets et des lieux photographiés. Apple précise que l'IA d'Apple Intelligence elle-même tourne sur des modèles maison, Qwen étant ajouté comme modèle partenaire dans certaines expériences, rapporte Data Studios. L'utilisateur doit donner sa permission avant que le moindre texte, document ou image soit envoyé à Qwen, et se connecte avec un compte Qwen ou avec « Se connecter avec Apple ».

Le site MartinCid, qui s'appuie sur plusieurs médias spécialisés, résume bien la logique : Qwen prend la place que ChatGPT occupe ailleurs dans Siri et les outils d'écriture. La mécanique ressemble à l'intégration de ChatGPT lancée par Apple dans d'autres marchés en 2024. Seule la case du fournisseur change.

Une version amputée

Le lancement est loin d'être identique à celui du reste du monde. La nouvelle Siri, dite « Siri AI », présentée à la conférence des développeurs de juin 2026, est exclue, tout comme les autres fonctions de nouvelle génération annoncées à cette occasion. Le site MacRumors, citant Bloomberg, indique aussi que Image Playground et la nouvelle version de Genmoji manquent à l'appel, et que les outils de génération de texte seront limités. Ailleurs, la nouvelle Siri est pourtant la vedette d'iOS 27.

Le déploiement ne vise pour l'instant que l'iPhone. Apple dit que l'iPad, le Mac et les autres appareils suivront lorsque les approbations nécessaires auront été obtenues, sans calendrier. Il faut un iPhone 15 Pro ou plus récent, et la langue de l'appareil comme celle de Siri doivent être réglées sur l'anglais ou le chinois simplifié.

Pourquoi ces limites ? Apple ne s'en explique pas. Selon des analyses relayées par le site spécialisé IntelliTechs à partir des informations de Bloomberg, elles viendraient de la réglementation locale plutôt que de contraintes techniques : le matériel peut faire tourner ces fonctions, mais c'est la loi qui décide de ce qui est activé. Cette lecture reste une interprétation de la presse spécialisée, non une explication officielle.

Un feu vert obtenu en plusieurs étapes

Tout service d'IA générative offert au public chinois doit être enregistré auprès de l'Administration du cyberespace de Chine (CAC). Le 15 juillet, Reuters a rapporté que le régulateur avait approuvé les services d'IA d'Apple, sur la foi d'une entente d'intégration de Qwen, comme l'a relayé TechCrunch. Bloomberg a précisé que le service figurait sur une liste de nouveaux fournisseurs approuvés, aux côtés d'offres de Huawei et de Xiaomi. Selon le site BigGo Finance, il s'agissait de la plus importante validation collective de services d'IA mobiles embarqués en Chine, sept fabricants de téléphones ayant reçu le feu vert le même jour.

Ce n'était pas suffisant. MacRumors rappelle qu'Apple avait reçu un premier aval en juillet, mais qu'il fallait une autorisation supplémentaire pour un lancement auprès des consommateurs. Selon Computerworld, le ministère chinois de l'Industrie et des Technologies de l'information a ensuite approuvé l'usage des modèles d'Alibaba sur l'iPhone. MacRumors ajoute qu'Apple doit aussi laisser le gouvernement chinois approuver les mises à jour continues des modèles d'IA : la conformité n'est pas ponctuelle, elle se renouvelle.

Le processus a commencé bien avant. Apple Intelligence est apparu avec iOS 18.1 et manque à l'appel en Chine depuis ce moment, rappelle MacRumors. Le site TechCrunch rapporte qu'avant Alibaba, Apple aurait exploré une entente avec Baidu, mais se serait heurtée à des difficultés d'adaptation de ses modèles pour la clientèle chinoise. Des discussions avec DeepSeek et ByteDance ont aussi été évoquées par des rumeurs, selon la même source. Baidu demeure impliqué : un porte-parole d'Apple a indiqué à Reuters que l'entreprise travaille avec le moteur de recherche chinois sur des fonctions pour les utilisateurs du pays, d'après TechRepublic, sans que l'étendue exacte de son rôle soit claire.

Pourquoi Alibaba

Le choix d'Alibaba n'a rien d'anodin. Dans son rapport annuel déposé auprès de la Securities and Exchange Commission américaine, le groupe affirme que Qwen s'est classé premier avec 32 % de parts de marché dans l'appel de grands modèles par les entreprises en Chine au second semestre de 2025, selon une étude de Frost & Sullivan. Il ajoute que son application grand public Qwen a dépassé 295 millions d'utilisateurs actifs mensuels en mars 2026. Ce sont des chiffres de l'entreprise elle-même, à prendre comme tels.

Pour Alibaba, l'accord ressemble surtout à un canal de distribution. Selon l'analyse de TIKR, le modèle atteint les utilisateurs d'iPhone par une simple connexion gratuite, sans les dépenses de marketing qui soutiennent sa propre application, et un bouton Qwen dans Siri sur chaque iPhone récent est une acquisition d'utilisateurs moins chère que tout ce que l'entreprise peut acheter. C'est une lecture d'analyste, mais elle éclaire l'intérêt asymétrique de la transaction.

L'enjeu commercial

L'iPhone aborde ce marché en position de rattrapage. Selon MacRumors, des concurrents comme Huawei proposent depuis longtemps des fonctions d'IA et Apple était désavantagée sans outils comparables. Le site TechTimes, citant Omdia, évoque une part de marché record de 19 % pour Apple en Chine continentale au deuxième trimestre de 2026, derrière Huawei à 23 %. TechCrunch note pour sa part que les ventes d'Apple en Grande Chine ont augmenté de 28 % pour atteindre 20,5 milliards de dollars américains au deuxième trimestre.

L'effet réel de l'IA sur les ventes reste incertain. TIKR souligne que les ventes d'Apple en Chine avaient déjà bondi de 38 % au dernier trimestre des Fêtes sans ces fonctions, et en conclut que le lancement relève plus du comblement d'un retard fonctionnel face à Huawei que d'un sauvetage de la demande. Le trimestre de décembre sera, selon la même analyse, celui de la comparaison la plus exigeante pour Apple en Chine.

Les zones d'ombre : données et gouvernance

La question des données est le point le plus sensible. Selon TechTimes, les requêtes qui exigent un traitement dans le nuage passeraient par l'infrastructure d'Alibaba plutôt que par le Private Cloud Compute d'Apple, l'architecture conçue pour limiter l'accès aux données ailleurs dans le monde. Le même site rappelle que la Loi nationale sur le renseignement de 2017 oblige les entreprises chinoises à coopérer avec les services de renseignement. Il s'agit d'une analyse d'un site spécialisé, non d'une déclaration d'Apple, qui n'a pas publié de détail sur ce que conserve Alibaba des requêtes transmises, un point que relève aussi MartinCid, en rappelant qu'Apple l'avait pourtant précisé en détail lors de l'arrivée de ChatGPT dans Siri.

Au final, Apple gère désormais plusieurs configurations d'IA selon les marchés : ses propres modèles et ChatGPT en Occident, Qwen en Chine. Le site Eastern Herald y voit une stratégie multifournisseur, où des modèles différents accomplissent les mêmes tâches selon les pays. Même l'Europe n'est pas épargnée par les écarts : selon GSMArena, cité par IntelliTechs, la nouvelle Siri est aussi indisponible sur iPhone et iPad dans l'Union européenne, ce qui montre que la fragmentation tient autant aux régulateurs qu'aux technologies.

Ce qu'il faut surveiller

Trois questions resteront ouvertes après décembre. La première : la nouvelle Siri, pièce maîtresse d'iOS 27, suivra-t-elle un jour en Chine, et à quelles conditions réglementaires ? Le journaliste de Bloomberg Mark Gurman conseille de ne pas s'y attendre bientôt, rapporte IntelliTechs. La deuxième : l'iPad, le Mac et le Vision Pro obtiendront-ils leurs propres autorisations ? La troisième : comment les utilisateurs chinois jugeront-ils une IA calibrée pour les exigences de modération de contenu locales, face à des rivaux qui, comme Huawei et Xiaomi, offrent leurs propres assistants depuis des années ?

La leçon dépasse le cas d'Apple. Pour déployer une IA générative dans le plus grand marché de smartphones du monde, même la plus puissante des marques américaines a dû céder la place à un fournisseur local, accepter une supervision continue et livrer un produit réduit. Dans l'IA grand public, la souveraineté numérique n'est plus un slogan : elle décide de ce qui s'allume, ou non, dans la poche des utilisateurs.