Chaudière-Appalaches

Atlas Société Immobilière garde ses immeubles de la 2e Avenue, après le reportage d'Enquête sur les influenceurs immobiliers

La vente à l'influenceur Cory Albert est abandonnée à Saint-Georges. Le dossier, né d'un reportage d'Enquête, a déjà mobilisé la mairesse Manon Bougie et Québec solidaire.

Atlas Société Immobilière garde ses immeubles de la 2e Avenue, après le reportage d'Enquête sur les influenceurs immobiliers

Une transaction annoncée, puis abandonnée. Atlas Société Immobilière demeurera propriétaire de ses immeubles de la 2e Avenue, à Saint-Georges, après l'échec d'une vente qui les aurait fait passer aux mains de l'influenceur Cory Albert. L'entreprise familiale beauceronne l'a confirmé dans un communiqué publié mardi, selon Ma Beauce. Derrière cette décision se trouve un reportage de l'émission Enquête, diffusé la semaine dernière sur les ondes de Radio-Canada, qui a mis en lumière des pratiques jugées douteuses dans le milieu des influenceurs immobiliers.

Ce qui s'est passé

Les faits, tels que rapportés par Ma Beauce, tiennent en peu de lignes. Atlas Société Immobilière avait entrepris de vendre ses immeubles de la 2e Avenue à Cory Albert. Ce dernier est visé par le reportage d'Enquête, qui lui reproche des pratiques destinées à gonfler la valeur marchande de certains biens immobiliers. La transaction n'ira finalement pas de l'avant, et l'entreprise conserve ses actifs.

À ce stade, les raisons précises de l'abandon, de même que les conditions initiales de la vente, ne sont connues que dans la mesure où le communiqué d'Atlas et la couverture de Ma Beauce les ont rendues publiques. Le prix, le calendrier et les modalités de l'entente n'ont pas été détaillés dans les éléments dont nous disposons. Il serait donc hasardeux de prêter des intentions à l'une ou l'autre des parties. On retiendra surtout le résultat : les immeubles restent là où ils étaient, dans le giron d'une famille de la région.

Le mécanisme dénoncé : gonfler la valeur

Le reportage d'Enquête s'attaque à un procédé qui tient à l'écart des projecteurs la logique habituelle du marché. Selon la description qu'en donne Ma Beauce, il s'agirait de pratiques visant à faire monter artificiellement la valeur marchande de certains biens. Dans un petit marché, l'effet peut être considérable : quelques transactions à des prix élevés suffisent à modifier l'évaluation des immeubles voisins, avec des conséquences sur les loyers, sur les taxes foncières et sur la capacité d'achat des acheteurs locaux.

Québec solidaire, qui a lancé mardi une pétition pour forcer le gouvernement à agir contre la spéculation immobilière, parle de pratiques « révoltantes » de la part de promoteurs qui ciblent des immeubles, d'après Ma Beauce. Le parti tire explicitement le fil du reportage pour réclamer une intervention de l'État.

Il faut ici distinguer ce qui est établi de ce qui relève de l'argumentation politique. Le reportage d'Enquête constitue une enquête journalistique, et les pratiques qu'il décrit sont qualifiées par leurs détracteurs de douteuses ou de révoltantes. Cela ne signifie pas, en soi, qu'elles soient illégales. Les informations dont nous disposons ne font état d'aucune accusation, d'aucune poursuite ni d'aucune décision d'un organisme de réglementation. Le débat porte donc, pour l'instant, sur l'éthique des méthodes et sur l'opportunité de les encadrer.

La réaction de la mairesse de Saint-Georges

La mairesse de Saint-Georges, Manon Bougie, n'est pas restée silencieuse. Lors d'une intervention en ouverture du plus récent conseil municipal, elle s'est dite dérangée par les pratiques présentées dans le reportage, dans un contexte marqué, selon Ma Beauce, par des préoccupations autour du logement et de l'accès à la propriété. Elle a également interpellé l'Union des municipalités du Québec (UMQ) sur le sujet.

Ce choix d'interpeller l'UMQ est révélateur. Une municipalité dispose de leviers limités face à la spéculation : elle peut agir sur le zonage, sur certains règlements d'urbanisme ou sur ses programmes d'aide, mais elle ne contrôle ni les prix de vente ni le comportement des investisseurs. En portant la question devant l'association qui représente les villes et municipalités, la mairesse cherche à élargir le débat et à obtenir une réponse concertée plutôt qu'un patchwork de mesures locales.

Une entreprise familiale au cœur d'un débat qui la dépasse

Il importe de souligner la position d'Atlas Société Immobilière dans cette affaire. Le reportage d'Enquête vise l'influenceur et ses méthodes, pas l'entreprise beauceronne, décrite par Ma Beauce comme une entreprise familiale. En renonçant à la vente, Atlas se place à distance du dossier et conserve ses immeubles de la 2e Avenue, une artère de Saint-Georges, ville la plus peuplée de la Beauce.

Pour les commerçants et les locataires qui occupent ces bâtiments, la nouvelle est probablement rassurante : le changement de propriétaire n'aura pas lieu, et avec lui disparaît l'incertitude sur l'avenir des baux et de l'entretien des lieux. Nous n'avons toutefois pas confirmation de la façon dont les occupants ont été informés ni de leurs réactions, et nous nous abstiendrons de leur en attribuer.

Pourquoi ce dossier compte au-delà de Saint-Georges

L'affaire illustre une tension plus large entre l'immobilier comme bien d'usage et l'immobilier comme produit financier. Les influenceurs qui promeuvent l'investissement locatif auprès d'un large public sur les réseaux sociaux occupent une zone grise : ils ne sont pas toujours soumis aux mêmes obligations que les courtiers ou les conseillers financiers, alors que leur audience peut être importante et que leurs conseils engagent des sommes élevées.

C'est précisément ce vide que cherche à combler la pétition de Québec solidaire, qui demande au gouvernement d'agir contre la spéculation. La pétition n'a, en elle-même, aucune force contraignante : elle vise à créer une pression politique et à placer le sujet à l'agenda de l'Assemblée nationale. Rien, dans les éléments à notre disposition, n'indique que le gouvernement ait annoncé une mesure précise en réponse au reportage.

Ce qu'il faut surveiller

Plusieurs questions restent ouvertes. D'abord, la suite donnée au reportage : d'éventuelles vérifications par des organismes de réglementation ou des réactions de l'influenceur visé pourraient éclairer le dossier, mais rien de tel n'a été rapporté à ce jour. Ensuite, l'écho de l'appel de Manon Bougie auprès de l'UMQ, qui dira si d'autres municipalités se joignent à la démarche. Enfin, le sort de la pétition de Québec solidaire et la réponse que le gouvernement choisira, ou non, d'y apporter.

En attendant, le dénouement à Saint-Georges a le mérite de la clarté : une vente qui aurait pu changer la physionomie d'une artère commerciale n'aura pas lieu, et le propriétaire historique reste en place. Le débat de fond, lui, ne fait que commencer.

Les informations de cet article proviennent principalement de la couverture de Ma Beauce et du reportage de l'émission Enquête de Radio-Canada. Nous les mettrons à jour à mesure que de nouveaux faits seront confirmés.