Lanaudière

Cabinet St-Pierre Plamondon : cinq ministres lanaudois, mais des inquiétudes déjà sur la table

Avec cinq élus de la région au Conseil des ministres, Lanaudière savoure une représentation de poids. Mais l'absence d'un ministère du Tourisme et les dossiers d'urgence sociale rappellent que le poids politique ne règle pas tout.

Cabinet St-Pierre Plamondon : cinq ministres lanaudois, mais des inquiétudes déjà sur la table

Le dévoilement du premier Conseil des ministres de Paul St-Pierre Plamondon a provoqué, cette semaine, un petit raz-de-marée de réactions dans Lanaudière. La raison est simple : cinq députés de la région y siègent, ce qui, pour un territoire d'un demi-million d'habitants, constitue une présence que bien des régions pourraient envier. Mais derrière les félicitations d'usage, quelques questions de fond se posent déjà, et elles ne relèvent pas seulement de la symbolique.

Une représentation qui se compte en sièges

Selon Mon Joliette, qui a recueilli les réactions des élus et des acteurs locaux au lendemain de l'annonce, le sentiment dominant est celui du soulagement. Le maire de Joliette, Pierre-Luc Bellerose, y voit « une excellente nouvelle », parce que la région conserve ainsi un poids important au sein de l'appareil gouvernemental. L'argument est classique en politique régionale : avoir des ministres de chez soi, c'est avoir des portes d'entrée directes vers les décisions, les budgets et les arbitrages.

La pièce maîtresse de cette délégation est la députée de Terrebonne, Catherine Gentilcore. Ancienne présidente du Parti Québécois avant son élection, elle a été nommée vice-première ministre, un titre qui la place au cœur de la mécanique gouvernementale. Mon Joliette rapporte aussi que le premier ministre lui a confié d'autres mandats importants, ce qui confirme la confiance que lui accorde le chef du gouvernement. Pour Terrebonne, et plus largement pour la couronne nord de Montréal, c'est une consécration politique rare.

Il faut toutefois rester prudent sur ce que cette présence signifie concrètement. Un ministre n'est pas un « ministre de sa région » : il porte un portefeuille national, répond à des priorités collectives et doit souvent faire preuve de retenue pour ne pas être accusé de favoritisme. L'expérience des gouvernements précédents montre que la proximité aide à faire entendre un dossier, sans pour autant garantir qu'il passe en tête de la file.

Le Tourisme, premier test de la bonne volonté

Le premier accroc est venu rapidement, et il touche directement une économie régionale importante. Selon Mon Joliette, Tourisme Lanaudière a uni sa voix à celle de l'Alliance de l'industrie touristique du Québec (AITQ) et des autres associations touristiques régionales pour exprimer ses préoccupations devant l'absence d'un ministère responsable du Tourisme dans le nouveau cabinet. Sa directrice générale, Elaine Desjardins, a fait part de ces inquiétudes lors d'une entrevue accordée au média.

L'enjeu dépasse la simple question d'organigramme. Pour une industrie, avoir un ministère dédié, c'est avoir un interlocuteur identifié, un budget lisible et un porte-voix au Conseil des ministres. Lorsque le tourisme est rattaché à un autre portefeuille, il risque de se retrouver en concurrence avec des dossiers jugés plus urgents ou plus lourds. Lanaudière, avec ses attraits de nature, ses festivals, ses vignobles, ses pourvoiries et sa proximité avec le bassin de population montréalais, compte sur cette filière pour soutenir des emplois dans des municipalités où l'offre économique est parfois limitée.

Le contraste est instructif : la région obtient cinq ministres, mais son secteur touristique s'inquiète de ne pas en avoir un seul qui porte explicitement sa cause. La présence de ministres lanaudois pourrait justement servir de levier pour plaider la cause de l'industrie. Reste à voir si le gouvernement jugera que la structure actuelle suffit ou s'il acceptera de revoir sa copie.

L'urgence sociale ne attend pas

Le nouveau gouvernement n'a pas eu le loisir de s'installer tranquillement. Selon Mon Joliette, le premier ministre a annoncé vendredi matin une aide d'urgence de 28 millions de dollars pour soutenir les organismes communautaires qui viennent en aide aux personnes en situation d'itinérance, alors que l'hiver approche. Ce financement ponctuel doit appuyer 200 projets de mesures hivernales d'urgence répartis dans 16 régions.

L'itinérance n'est plus un phénomène exclusivement montréalais. Dans plusieurs villes de taille moyenne de la couronne nord, dont Joliette, Terrebonne et Repentigny, les organismes constatent depuis quelques années une visibilité accrue de la précarité résidentielle, alimentée par la hausse des loyers et la rareté des logements abordables. Les ressources y sont souvent plus minces qu'en métropole, ce qui rend chaque dollar d'aide d'urgence particulièrement déterminant. La question, pour les organismes lanaudois, sera de savoir quelle part de ces 28 millions leur reviendra et à quelle vitesse les fonds seront versés, car les besoins se manifestent dès les premiers froids.

Un contexte économique qui complique la tâche

La nouvelle équipe ministérielle hérite aussi d'un environnement économique incertain. Mon Joliette relaie une information selon laquelle une sénatrice républicaine du Maine, Susan Collins, a affirmé que neuf catégories d'exportations canadiennes, dont le carton ondulé et certaines boîtes, seraient exemptées des droits de douane imposés par le président américain Donald Trump. Cette annonce, faite par communiqué et provenant d'une élue en difficulté en vue de sa réélection, reste à confirmer par Washington. Elle illustre néanmoins la volatilité d'un commerce transfrontalier qui touche de nombreuses entreprises manufacturières, y compris dans les régions.

À cela s'ajoute la pression sur les coûts d'exploitation. Selon un rapport de Financement agricole Canada, cité par Mon Joliette, les prix record du diesel pèsent sur les marges déjà serrées des agriculteurs. L'organisme estime qu'une exploitation de canola de 2000 hectares en Saskatchewan verrait sa facture de carburant passer de 68 000 à 106 000 dollars en 2026. L'exemple concerne l'Ouest canadien, mais la mécanique est la même ailleurs : lorsque le carburant grimpe, les producteurs agricoles voient leurs profits s'éroder. Lanaudière, qui compte une zone agricole dynamique, notamment en production maraîchère et en grandes cultures, n'est pas à l'abri de ces fluctuations.

Le quotidien des municipalités continue

Pendant que se jouent les grandes manœuvres à Québec, la vie municipale suit son cours et rappelle que les ministres devront aussi répondre à des besoins très concrets. Terrebonne et Mascouche ont conclu une entente qui permettra à leurs citoyens de s'abonner gratuitement aux bibliothèques des deux villes à compter du 3 janvier. À Joliette, la signature du bail et de l'acte de cession du terrain destiné au Cabaret La Fresque marque une nouvelle étape dans un projet amorcé en 2020 par le Centre culturel Desjardins. À Saint-Roch-de-l'Achigan, un nouveau site internet et un portail citoyen ont été lancés le 21 octobre.

Ces dossiers, d'ampleur modeste, montrent la nature de la relation entre une région et son gouvernement : des projets locaux qui avancent grâce à la collaboration entre villes, organismes et, souvent, programmes de subvention. Le Cabaret La Fresque, par exemple, illustre le type d'équipement culturel dont la concrétisation dépend autant de la volonté locale que du soutien financier de paliers supérieurs.

La région a également une dimension de mémoire et de réconciliation. Mon Joliette rapporte que Bébé Maxime, un enfant atikamekw nommé Maxime Ottawa, enterré loin des siens dans un cimetière de Québec, pourra être réinhumé dans sa communauté de Manawan, dans Lanaudière, 72 ans après sa mort. Sa famille évoque un « immense soulagement » après une douzaine d'années de recherches et de démarches. Le dossier rappelle que les relations avec les communautés autochtones demeurent une responsabilité gouvernementale à part entière, et que Lanaudière, qui abrite Manawan, y est directement concernée.

Ce qu'il faut surveiller

La composition du cabinet n'est que le début de l'histoire. Trois éléments permettront de juger si la forte représentation lanaudoise se traduit en résultats.

D'abord, la réponse du gouvernement aux demandes de l'industrie touristique. Si l'absence d'un ministère dédié se confirme, la région devra démontrer que ses ministres savent défendre ce secteur dans un autre cadre.

Ensuite, la répartition des fonds d'urgence contre l'itinérance. Les 28 millions de dollars annoncés seront un premier indicateur de la capacité du gouvernement à atteindre des territoires en dehors des grands centres.

Enfin, la façon dont les ministres de la région géreront leur double rôle : porter un mandat national tout en demeurant des élus de circonscription. Pour Catherine Gentilcore, à la fois vice-première ministre et députée de Terrebonne, l'équilibre sera particulièrement délicat.

Les éloges des premiers jours ont l'avantage de la nouveauté. L'épreuve des faits, elle, commence maintenant : budgets, décisions et délais diront si cinq ministres au Conseil, c'est un atout réel pour Lanaudière ou simplement une belle vitrine.