Laval

Cité-de-la-Santé : des soignants lavallois somment les candidats de s'engager avant le 5 octobre

Le conseil des médecins, dentistes et pharmaciens de Laval réclame l'agrandissement de l'Hôpital de la Cité-de-la-Santé et un nouveau centre de réadaptation pour les jeunes. Une lettre ouverte qui tombe en pleine campagne.

Cité-de-la-Santé : des soignants lavallois somment les candidats de s'engager avant le 5 octobre

Il y a des campagnes électorales où les demandes des groupes organisés se perdent dans le bruit. Celle-ci pourrait faire exception à Laval. À deux semaines et demie du scrutin provincial du 5 octobre, des médecins et d'autres professionnels de la santé de la région ont choisi la voie de la lettre ouverte pour placer deux projets d'infrastructure au centre du débat local : l'agrandissement de l'Hôpital de la Cité-de-la-Santé et la construction d'un nouveau centre de réadaptation pour les jeunes.

L'information a d'abord été rapportée par Média Laval. Le conseil qui regroupe ces professionnels y demande explicitement aux candidats lavallois de prendre un engagement, pas d'exprimer une sympathie. La nuance est le coeur de la démarche : dans un réseau où les listes de projets « à l'étude » s'allongent d'un budget à l'autre, une signature en période électorale a une valeur politique que n'a pas une déclaration de bonnes intentions en commission parlementaire.

Un hôpital unique pour une population de près d'un demi-million

Pour comprendre la portée du geste, il faut se rappeler la configuration du territoire. Laval est la troisième ville en importance au Québec, avec une population qui tourne autour du demi-million de personnes, et elle ne compte qu'un seul hôpital général de courte durée : la Cité-de-la-Santé, ouverte à la fin des années 1970 sur le boulevard du Souvenir. Ce n'est pas une situation courante. Des villes de taille comparable ailleurs au pays — pensons à Hamilton ou à Winnipeg — répartissent leurs volumes d'urgence entre plusieurs établissements. À Laval, l'urgence de la Cité-de-la-Santé absorbe presque tout, avec pour soupape les hôpitaux du nord de Montréal et des Laurentides, eux-mêmes sous pression.

Cette concentration explique pourquoi l'urgence lavalloise revient régulièrement dans les palmarès des salles les plus achalandées du Québec, et pourquoi les taux d'occupation sur civière y dépassent fréquemment la capacité théorique. Le bâtiment, conçu pour une population et une pratique médicale d'une autre époque, a été rafistolé par étapes : ajouts de plateaux techniques, réaménagements, modules temporaires. Les soignants qui signent la lettre ouverte plaident essentiellement que l'on est arrivé au bout de ce que la rénovation par petits blocs permet.

L'argument démographique est difficile à contester. Laval vieillit plus vite que la moyenne provinciale dans certains secteurs, tout en accueillant une forte immigration et de nouveaux quartiers résidentiels, notamment autour des stations de métro et dans l'est du territoire. Deux dynamiques qui poussent dans le même sens : plus de visites à l'urgence, plus de séjours hospitaliers, plus de besoins en soins ambulatoires.

Le volet jeunesse, le moins visible et peut-être le plus urgent

Le second volet de la demande attire moins l'attention, mais il est révélateur. Un centre de réadaptation pour jeunes, c'est l'infrastructure où aboutissent les adolescents pris en charge en vertu de la Loi sur la protection de la jeunesse ou de la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents : hébergement, encadrement intensif, services spécialisés.

Ces installations souffrent partout au Québec du même mal — des bâtiments vétustes, souvent hérités des anciens centres jeunesse, mal adaptés aux pratiques cliniques actuelles et aux besoins de jeunes dont les profils se sont alourdis, avec davantage de troubles de santé mentale et de consommation. Les rapports qui ont suivi la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse ont beaucoup insisté sur la qualité des milieux de vie. Réclamer un nouveau centre à Laval, ce n'est donc pas une demande de brique : c'est une demande de capacité de traitement pour une clientèle qui n'a pas de lobby.

Ce volet fait d'ailleurs écho à d'autres signaux locaux de cette rentrée. L'Écho de Laval rapportait récemment l'appel du Réseau des Centres d'aide aux victimes d'actes criminels, qui demande lui aussi aux partis de ne pas oublier les personnes victimes pendant la campagne. Et le Courrier Laval documentait les difficultés de la rentrée à l'école des Ormeaux, où une enseignante est revenue devant le conseil d'administration du Centre de services scolaire de Laval décrire une rentrée qu'elle a qualifiée de chaotique. Trois dossiers distincts, un même fil conducteur : des services de première ligne à Laval qui disent tirer sur la corde.

Pourquoi une lettre ouverte, et pourquoi maintenant

Le calendrier n'a rien d'innocent. Depuis la création de Santé Québec, la gouvernance du réseau a été centralisée : les décisions d'investissement en immobilisations se jouent à l'échelle de l'agence d'État et du Plan québécois des infrastructures, et non plus dans les conseils d'administration régionaux. Les établissements locaux ont perdu une partie de leur capacité à défendre leurs projets par les voies administratives habituelles.

Dans ce contexte, la lettre ouverte devient un des rares leviers qui restent. Elle vise le seul moment du cycle où un député lavallois a un intérêt direct à se compromettre publiquement sur un projet précis, chiffré, localisable. Une fois le scrutin passé, l'arbitrage redevient budgétaire et opaque.

Ce contexte de centralisation s'illustre aussi ailleurs. Le Courrier Laval rapportait ces jours-ci le renouvellement pour quatre ans de l'entente entre Santé Québec et Clic Santé pour la prise de rendez-vous en ligne, un contrat de 12 millions de dollars par année conclu dans la foulée de la Loi 67 sur le développement des nouveaux services de santé. Les décisions structurantes se prennent désormais à ce niveau-là, très loin des corridors de la Cité-de-la-Santé.

Ce qu'il faudra surveiller

Trois indicateurs permettront de mesurer si la démarche porte fruit.

D'abord, la nature des réponses des candidats. Un engagement crédible ne se limite pas à « je vais défendre ce projet » : il implique une mention de l'inscription au Plan québécois des infrastructures, une étape précise — dossier d'opportunité, dossier d'affaires, autorisation de construction — et un horizon.

Ensuite, la cohérence entre les circonscriptions. Laval compte six circonscriptions provinciales. Si les candidats d'un même parti donnent des réponses différentes d'un comté à l'autre, c'est le signe qu'aucune position centrale n'a été arrêtée.

Enfin, ce qui suivra le 5 octobre. Les dossiers d'infrastructure hospitalière se comptent en années, parfois en décennies, entre l'annonce et la première pelletée de terre. Le vrai test ne sera pas la réponse à la lettre, mais le premier budget d'immobilisations déposé après le scrutin.

En attendant, les signataires ont réussi une chose : transformer deux projets techniques, du genre à dormir dans une annexe budgétaire, en question posée directement aux personnes qui sollicitent le vote des Lavallois.