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COP17 de la biodiversité : le Conseil circumpolaire inuit exige que les peuples autochtones ne soient pas dilués dans la catégorie des « communautés locales »

À Erevan, où se tient la COP17 de la Convention sur la diversité biologique, le Conseil circumpolaire inuit dépose un document de position pour défendre le statut distinct et les droits des peuples autochtones.

COP17 de la biodiversité : le Conseil circumpolaire inuit exige que les peuples autochtones ne soient pas dilués dans la catégorie des « communautés locales »

Pendant que la communauté internationale tente, cette semaine à Erevan, de réamorcer la mécanique de la protection du vivant, une question en apparence technique se joue dans les couloirs de la 17e Conférence des Parties (COP17) à la Convention sur la diversité biologique (CDB) : qui, exactement, parle au nom de ceux qui vivent au plus près des écosystèmes? Le Conseil circumpolaire inuit (CCI) a choisi ce moment, le 22 octobre 2026, pour publier un document de position qui réclame, en substance, que les peuples autochtones soient reconnus pour ce qu'ils sont : des titulaires de droits, et non un sous-ensemble d'acteurs parmi d'autres.

Précision de méthode : les éléments qui suivent s'appuient sur le communiqué du CCI, dont seul l'extrait d'ouverture m'est parvenu, et sur des repères généraux connus du régime de la CDB. Je n'ai pas pu consulter l'intégralité du document de position ; les revendications précises qu'il contient ne sont donc pas toutes détaillées ici.

Ce que dit le Conseil circumpolaire inuit

Dans son communiqué daté d'Erevan, en Arménie, le CCI rappelle que la COP17 se déroule cette semaine alors que les discussions mondiales sur la biodiversité s'intensifient. Le titre du document en dit long sur son objet : défendre le « statut distinct » et les droits des peuples autochtones. Autrement dit, il s'agit moins d'ajouter une demande à la liste que de contester une façon de cadrer les négociations.

Le CCI est l'organisation qui représente les quelque 180 000 Inuit vivant en Alaska, au Canada, au Groenland et en Tchoukotka, en Russie. Il détient depuis longtemps un statut de participant permanent au Conseil de l'Arctique, et il a l'habitude de porter à l'échelle internationale des positions qui touchent à la gouvernance de l'Arctique, de la chasse aux mammifères marins à la gestion des ressources.

Un enjeu de vocabulaire qui est en réalité un enjeu de pouvoir

Pour comprendre la portée de cette prise de position, il faut revenir à la manière dont la CDB a traité les peuples autochtones depuis son adoption en 1992. Le texte fondateur évoque les « communautés autochtones et locales », une formule qui regroupe sous une même étiquette des réalités juridiques fort différentes. Les peuples autochtones disposent, en droit international, de droits collectifs reconnus, notamment par la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones adoptée en 2007, dont le droit à l'autodétermination et le droit de consentir librement, au préalable et en connaissance de cause à ce qui touche leurs terres et leurs ressources. Les communautés locales, elles, n'ont pas ce fondement.

Le risque que dénoncent de longue date de nombreuses organisations autochtones est celui de l'amalgame : lorsque les deux catégories sont systématiquement fusionnées, les obligations des États envers les peuples autochtones peuvent s'effacer derrière des mécanismes de consultation générique. D'où l'insistance sur le « statut distinct » dans le titre du document du CCI. Le débat n'est pas nouveau dans l'enceinte de la CDB, où l'on a déjà vu des ajustements de terminologie, notamment l'idée d'« peuples autochtones et communautés locales » plutôt que de « communautés autochtones et locales », précisément pour marquer que les peuples autochtones sont des peuples.

Pourquoi la COP17 est un moment charnière

La CDB est le principal cadre multilatéral de la conservation de la nature. Son virage récent le plus marquant est le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal, adopté à la COP15 en décembre 2022, qui fixe des objectifs pour 2030, dont celui de protéger 30 % des terres et des mers. Ce cadre reconnaît explicitement le rôle des peuples autochtones et des communautés locales, mais sa mise en œuvre est précisément ce qui se discute depuis : financement, suivi, partage des avantages tirés des ressources génétiques et des connaissances traditionnelles.

C'est là que le statut des peuples autochtones devient concret. Quand un pays désigne une aire protégée sur un territoire traditionnel, qui doit consentir? Quand une entreprise exploite des savoirs ou des séquences génétiques issus d'un territoire autochtone, qui doit être partie prenante au partage des bénéfices? La façon dont ces questions sont rédigées dans les décisions de la COP détermine, à terme, la force des recours dont disposent les peuples concernés. Une reconnaissance floue se traduit par des obligations floues.

Le CCI s'inscrit donc dans une dynamique plus large : celle de peuples autochtones qui, partout sur la planète, constatent que les aires qu'ils occupent ou gèrent abritent une part disproportionnée de la biodiversité restante, et qui demandent que cette contribution se traduise par des droits et des ressources, plutôt que par une simple mention dans les préambules.

L'Arctique, un laboratoire de ces tensions

La voix inuite porte une expérience particulière. L'Arctique se réchauffe à un rythme bien supérieur à la moyenne mondiale, et les Inuit vivent de plein fouet la transformation des écosystèmes dont dépendent leur alimentation, leur culture et leur économie. La conservation y croise des intérêts concurrents : routes maritimes, extraction minière, énergie, pêche.

Un dossier évoqué ces jours-ci dans l'actualité nordique canadienne illustre cette complexité. Selon Eye on the Arctic, des leaders et des défenseurs de communautés situées en aval, dans les Territoires du Nord-Ouest, réagissent au rejet envisagé de résidus issus des sables bitumineux de l'Alberta. Des militants environnementaux soutiennent que le rejet d'eaux usées enfreint l'esprit des ententes transfrontalières, l'un d'eux affirmant qu'il s'agit d'un « accord moralement contraignant ». Le cas ne concerne pas directement les négociations d'Erevan, mais il montre ce que recouvre, sur le terrain, la question de la participation : des communautés autochtones en aval d'un projet décidé en amont, qui réclament un droit de regard sur ce qui altère leurs eaux et leurs ressources.

Ce qui est en jeu, et ce qui reste à voir

Les conférences des Parties fonctionnent par consensus, ce qui signifie que la rédaction de chaque phrase peut être l'objet d'âpres marchandages. Les organisations autochtones y participent comme observatrices ou, selon les mécanismes, au sein de forums dédiés, ce qui limite leur pouvoir de décision formel. Leur influence passe donc largement par la persuasion, l'alliance avec des délégations nationales favorables et la production de documents de position comme celui du CCI.

Trois questions méritent d'être suivies à mesure que la COP17 avance. D'abord, la terminologie : les décisions finales maintiendront-elles une distinction nette entre peuples autochtones et communautés locales, ou reviendra-t-on à des formules agglomérées? Ensuite, les mécanismes de participation : les peuples autochtones obtiendront-ils un rôle plus structuré dans les organes qui supervisent la mise en œuvre du cadre mondial? Enfin, le financement : les ressources promises pour la conservation atteindront-elles réellement les peuples qui gèrent les territoires visés, plutôt que de transiter exclusivement par les États et de grandes organisations?

Le communiqué du CCI ne prétend pas régler ces questions d'un trait. Il rappelle, en revanche, un principe simple que les négociateurs ont tendance à perdre de vue sous l'accumulation des paragraphes entre crochets : on ne protège pas la biodiversité sans ceux qui en font partie, et on ne les protège pas non plus en les confondant avec n'importe quel autre groupe.

L'issue des discussions d'Erevan dira si cette distinction, si souvent affirmée dans les déclarations, trouve enfin sa place dans le texte des décisions.