Bas-Saint-Laurent

Double meurtre à Rivière-du-Loup : le maire rassure, l'enquête piétine

Neuf jours après la mort de deux jeunes femmes de Saint-Pascal, aucun suspect n'est arrêté. Le maire Mario Bastille parle d'une ville sûre, alors que la SQ multiplie les patrouilles et que le doute sur le crime organisé persiste.

Double meurtre à Rivière-du-Loup : le maire rassure, l'enquête piétine

Le message du maire est simple : Rivière-du-Loup demeure une ville sûre. Mais neuf jours après la mort de deux jeunes femmes dans un stationnement, sans arrestation connue, la question que se posent bien des Louperivois est celle de la distance entre ce discours et ce qu'ils ressentent. Voici où en est le dossier.

Ce qui s'est passé le 22 octobre

Selon Radio-Canada, <cite index="1-6">deux femmes de 19 et 24 ans ont été tuées dans la nuit de jeudi à vendredi à Rivière-du-Loup</cite>. <cite index="1-10">Les services d'urgence ont été appelés vers 22 h 45 pour des coups de feu</cite>, à l'angle de la rue Plourde et du boulevard Cartier, à proximité de l'autoroute 20. La Sûreté du Québec (SQ) précise que <cite index="1-14">la mort de l'une des femmes a été constatée sur place et celle de l'autre confirmée à l'hôpital</cite>.

Les victimes, Cassandre Hamel Hardy et Noémie Dionne, <cite index="10-13">originaires de Saint-Pascal, ont été abattues dans un véhicule situé dans le stationnement du restaurant Normandin</cite>, rapporte le Journal Le Soir. Selon TVA Nouvelles (CIMT-CHAU), <cite index="5-11">elles n'avaient aucun antécédent judiciaire</cite>. Un voisin, Ghislain Plourde, a raconté à Radio-Canada <cite index="1-22">avoir d'abord cru à des feux d'artifice</cite>, avant de voir des personnes quitter les lieux en vitesse.

Le dernier meurtre à Rivière-du-Loup remontait à 2013 : selon TVA Nouvelles, <cite index="5-24,5-25">il s'agit du premier meurtre en 13 ans dans la ville, le précédent étant celui de Véronique Huard Dorion, 17 ans, tuée par son ami de cœur</cite>. Les deux dossiers n'ont rien en commun, mais le contraste dit l'ampleur de la secousse.

Une piste criminelle, mais peu de certitudes

La SQ s'est montrée prudente. Selon Noovo Info, <cite index="2-11,2-12">elle évoque un homicide « ciblé » lié au domaine des stupéfiants, tout en jugeant trop tôt pour dire s'il est relié au crime organisé</cite>. Des sources policières citées par Radio-Canada vont plus loin et parlent d'un lien avec le crime organisé.

Le Bureau d'enquête de Québecor, dont fait état le Journal Le Soir, avance une hypothèse précise : <cite index="23-1">les meurtres auraient été commandités depuis un établissement de détention par un individu lié au North Savage Gang</cite>. Toujours selon cette source, <cite index="23-4">les deux femmes n'auraient pas été victimes d'une erreur sur la personne</cite>, mais auraient été visées <cite index="23-6">en raison de liens avec un réseau de vente de stupéfiants associé aux Hells Angels</cite>. Ces éléments proviennent de sources policières non nommées et n'ont pas été confirmés officiellement.

Un ancien commandant aux enquêtes criminelles du SPVM, Minh-Tri Truong, a relativisé auprès de Radio-Canada ce qui est dévoilé jusqu'ici : il juge que <cite index="4-31">les informations publiques ne permettent pas d'établir un lien direct entre les victimes et le trafic de stupéfiants</cite>. Il note aussi que <cite index="4-28">les guerres de territoires liées au trafic ont déjà touché de petites municipalités au tournant des années 2000</cite>. Il se dit par ailleurs confiant : <cite index="4-38">un tel crime pourrait se résoudre rapidement dans un milieu aussi tissé serré que Rivière-du-Loup</cite>.

Le maire : « préoccupé, mais pas trop inquiet »

C'est dans ce contexte que Mario Bastille s'est exprimé après la séance du conseil du 26 octobre. Au Soleil, il a déclaré : <cite index="14-1">« On doit être préoccupé, mais en même temps, pas trop inquiet, dans le sens que des guerres de gang, il y en a un peu partout au Québec »</cite>. Il a aussi qualifié l'événement de <cite index="14-4">« déstabilisant »</cite>.

Son argument central, rapporté par Info-web : <cite index="12-7">on peut encore se promener sur la rue Lafontaine à 22 h sans s'inquiéter comme on le ferait dans de grandes villes</cite>. Il n'ignore pas pour autant les causes de fond. Selon le Journal Le Soir, il a lâché que <cite index="10-7">« tant qu'il y aura des consommateurs, il y aura des vendeurs »</cite>.

Le maire ne s'est pas contenté de mots. Il affirme avoir demandé à la SQ davantage d'effectifs et <cite index="14-3">avoir remarqué une hausse des policiers sur le territoire</cite>. Il a également lancé un appel civique, rapporté par Infodimanche : <cite index="18-9,18-10">les citoyens ont un devoir collectif de collaborer et ne doivent pas hésiter à appeler la SQ, même s'ils doutent de la valeur de leur information</cite>.

La SQ déploie des « mesures d'atténuation »

La police a elle-même reconnu l'enjeu de perception. Selon Infodimanche, la SQ dit avoir déployé <cite index="18-2">une « surveillance accrue »</cite> et des « mesures d'atténuation d'impact ». Concrètement, <cite index="17-6">des policiers et des coordonnateurs locaux en police communautaire ont fait du porte-à-porte et rencontré des commerçants du secteur</cite>. L'objectif est double : entendre les préoccupations et, peut-être, recueillir des renseignements utiles à l'enquête.

Ce type d'approche vise un phénomène bien documenté : un crime rare, commis dans un lieu de passage ordinaire, ébranle le sentiment de sécurité bien au-delà de son risque statistique réel. Le chroniqueur judiciaire Carl Marchand relayait d'ailleurs sur les ondes du 98,5 FM <cite index="8-45">la crainte exprimée dans la population : la violence armée des grandes villes est-elle rendue chez nous ?</cite>

Des incendies qui brouillent le portrait

Le flou vient aussi d'une série d'incendies. <cite index="24-14">Un incendie suspect est survenu rue Laval, vers 4 h vendredi, quelques heures après le double meurtre</cite>, et un second rue Morin. Selon le Bureau d'enquête de Québecor, la SQ soupçonnerait un lien entre le double meurtre et l'incendie de la rue Laval, car <cite index="23-8">la maison abritait un individu qui connaissait bien les deux victimes</cite>. La SQ, elle, <cite index="37-12">n'est pas en mesure de lier ces événements ou de confirmer leur lien avec la guerre des stupéfiants</cite>, d'après Le Soleil.

Il faut distinguer ce dossier d'un autre. L'incendie de l'ancien couvent de Trois-Pistoles, dimanche 25 octobre, a été jugé criminel, mais l'enquête s'est orientée ailleurs : <cite index="36-38,36-39">deux mineurs ont été interrogés puis relâchés sous promesse de comparaître</cite>, selon Radio-Canada. Rien, dans les informations publiques, ne relie ce sinistre au double meurtre. Les amalgamer alimente l'impression d'une région « en guerre », ce que les faits connus n'autorisent pas.

Le Soleil relève néanmoins que <cite index="37-13">la fréquence de ces événements est particulièrement élevée pour le Bas-Saint-Laurent</cite>, un constat qui tempère un peu le message d'apaisement.

Saint-Pascal, l'autre communauté endeuillée

On parle beaucoup de Rivière-du-Loup, mais le deuil se vit aussi au Kamouraska. Les deux victimes <cite index="4-3">résidaient à Saint-Pascal</cite>, dont la mairesse, Solange Morneau, les avait déjà rencontrées. Elle a confié à Radio-Canada que <cite index="4-24">les voir tuées est « inacceptable »</cite>. Elle compte aborder le sujet à la prochaine rencontre trimestrielle de la MRC avec la SQ, <cite index="4-25">« parce que ça aurait pu être à Saint-Pascal »</cite>.

La phrase résume un enjeu régional : un lieu de rendez-vous commode, près de l'autoroute 20 et de la route 132, peut attirer des enjeux venus d'ailleurs, sans que la collectivité qui l'accueille en soit responsable. Des témoignages recueillis par le chroniqueur Carl Marchand évoquaient d'ailleurs, sans confirmation, la possibilité de gens de l'extérieur.

Ce qu'on ignore, et ce qui reste à surveiller

Plusieurs questions demeurent sans réponse officielle :

  • Le mobile. La piste des stupéfiants est évoquée par la SQ, mais le rôle exact des victimes reste à établir. Des proches, selon des informations relayées dans la presse, décrivent des jeunes femmes au grand cœur, et des sources non confirmées évoquent une relation d'une des victimes avec une personne ayant un passé criminel.
  • Les suspects. Aucune arrestation n'avait été signalée dans les derniers articles consultés.
  • Les liens entre incendies et meurtres. Évoqués par certaines sources, non confirmés par la SQ.
  • La durée du renfort policier. Le maire dit s'être assuré que la SQ ne « lâche » pas, mais aucune annonce chiffrée n'a été rendue publique.

L'équilibre délicat d'un message d'apaisement

Le discours de Mario Bastille repose sur un fait : les homicides sont rares à Rivière-du-Loup, et l'hypothèse d'un règlement de comptes ciblé suggère que le danger pour la population générale demeure limité. C'est un argument raisonnable, que la SQ semble partager en privilégiant l'écoute et la présence plutôt que l'alarme.

Mais le message comporte aussi une limite. Dire que « les guerres de gangs, il y en a partout » peut rassurer ou, à l'inverse, banaliser ce qui est, pour la ville, un événement exceptionnel. Entre la sérénité affichée par l'élu et l'inquiétude exprimée par des résidents, la meilleure réponse restera concrète : une arrestation, des explications claires de la police et une présence visible sur le terrain.

En attendant, la SQ continue de solliciter le public. Toute personne détenant des renseignements peut composer le 1 800 659-4264, ligne indiquée par Radio-Canada. Le maire l'assure : les témoignages demeurent confidentiels.