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Élections en Israël : le Likoud de Netanyahou recule dans les sondages, mais l'opposition n'a pas gagné

Pour la première fois depuis l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023, les Israéliens votent. Les sondages annoncent un recul du parti du premier ministre, sans offrir à ses adversaires une majorité assurée.

Élections en Israël : le Likoud de Netanyahou recule dans les sondages, mais l'opposition n'a pas gagné

Un scrutin sous le signe du 7 octobre 2023

Les Israéliens sont appelés aux urnes ce mardi 27 octobre, et c'est la première fois qu'ils le font depuis l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023. Ce détail suffit à mesurer le poids du moment : le vote tient à la fois du renouvellement parlementaire et du verdict sur la gestion de la plus grave défaillance sécuritaire de l'histoire récente du pays. Selon le quotidien argentin La Nación, qui consacre à la fois un direct et une synthèse des sondages à ce scrutin, la question centrale est simple en apparence : qui va gagner ? Elle l'est beaucoup moins dans les faits.

Car le constat que dressent les sondages, tel que le rapporte La Nación, comporte deux volets qui ne se recouvrent pas. D'un côté, le parti du premier ministre Benjamin Netanyahou, le Likoud, serait en recul. De l'autre, l'opposition, qui réclame des comptes sur les événements d'octobre 2023, ne dispose pas pour autant d'une majorité assurée pour gouverner. Autrement dit, l'érosion du pouvoir en place ne se traduit pas mécaniquement par une alternance.

Pourquoi « qui arrive en tête » n'est pas la bonne question

Pour comprendre la difficulté de lire les sondages israéliens, il faut rappeler le mode de scrutin. Israël élit les 120 membres de la Knesset à la proportionnelle intégrale, dans une circonscription nationale unique. Il n'y a pas de découpage par régions ni de prime au vainqueur : chaque liste obtient des sièges en proportion de ses voix, pourvu qu'elle franchisse le seuil d'éligibilité, fixé à environ 3,25 % des suffrages exprimés.

Conséquence directe : le parti qui arrive en tête n'est pas nécessairement celui qui gouverne. Ce qui compte, c'est la capacité à rassembler 61 sièges au sein d'une coalition. Un Likoud en recul mais flanqué de partenaires solides peut conserver le pouvoir ; une opposition plus nombreuse, mais fragmentée, peut échouer à former un gouvernement. C'est précisément ce que laissent entendre les sondages relayés par La Nación : l'opposition pourrait progresser sans atteindre le seuil magique des 61.

Le seuil d'éligibilité joue aussi un rôle décisif. Une petite formation qui le franchit de justesse peut devenir faiseuse de rois ; une autre qui échoue de quelques dixièmes de point voit ses voix perdues, ce qui modifie l'arithmétique de tout un bloc. Les sondages, qui comportent une marge d'erreur, sont particulièrement mal outillés pour trancher ces cas limites, et ce sont souvent eux qui déterminent l'issue.

Un premier ministre fragilisé, mais pas écarté

Benjamin Netanyahou, selon l'intitulé même du direct de La Nación, « cherche à conserver le pouvoir ». L'homme domine la vie politique israélienne depuis des décennies et a démontré à plusieurs reprises sa capacité à se maintenir après des revers annoncés. Son éventuel affaiblissement dans les intentions de vote ne règle donc rien à lui seul.

La critique qui pèse sur lui tient à la responsabilité politique des événements de 2023. L'opposition en a fait son principal argument de campagne : exiger que les dirigeants rendent compte de ce qui s'est passé avant, pendant et après l'attaque. C'est ce thème qui structure le scrutin, davantage que les clivages économiques ou sociaux qui dominaient souvent les campagnes précédentes.

Pour autant, le recul du Likoud ne signifie pas que le bloc qui le soutient s'effondre. Les alliances, les ralliements de dernière minute et la participation des différents électorats pèseront autant que les intentions de vote brutes. Une partie de l'électorat reste attachée à une ligne de fermeté sécuritaire, que l'opposition peine à capter sans se diviser sur la manière de la traduire en politique concrète.

Une opposition qui exige des comptes, mais qui doit encore s'additionner

Le second visage du scrutin, c'est l'opposition. Elle a un message clair, celui de la responsabilité, mais elle est composée de formations aux sensibilités différentes, du centre à la gauche, auxquelles peuvent s'ajouter des partis issus de la droite dissidente et des listes représentant les citoyens arabes d'Israël. Les additionner en un bloc de 61 sièges suppose des compromis que la campagne a rendus difficiles, et qui devront être négociés après le vote si les chiffres le permettent.

C'est là que l'incertitude se concentre. Les sondages donnent une photographie des intentions, mais ils ne disent rien des tractations qui suivront. En Israël, la nuit électorale n'est que le début du processus : le président de l'État confie ensuite à un candidat la mission de former un gouvernement, ce qui peut prendre des semaines, voire déboucher sur l'échec et sur un nouveau scrutin. Le pays a connu une longue séquence d'élections rapprochées il n'y a pas si longtemps, et l'hypothèse d'une impasse prolongée n'a rien d'une abstraction.

Ce qu'il faut surveiller dans les prochaines heures et les prochains jours

Plusieurs éléments détermineront la lecture du résultat.

  • La participation. Dans un système proportionnel, quelques points de participation dans un électorat donné peuvent déplacer plusieurs sièges et faire basculer un seuil.
  • Les petites listes. Celles qui franchissent ou non le seuil de 3,25 % redessinent le rapport de forces entre les blocs.
  • Les sondages de sortie des urnes. Ils offrent un premier aperçu dès la fermeture des bureaux, mais leur marge d'incertitude reste élevée quand les blocs sont aussi proches l'un de l'autre.
  • Les négociations de coalition. C'est là que se jouera véritablement la suite, bien plus que dans le décompte brut.

Il faut aussi garder en tête que les données dont on dispose à ce stade, notamment celles qui circulent dans le direct de La Nación, relèvent de projections et d'intentions de vote, non de résultats. Aucun chiffre définitif n'existe tant que le dépouillement n'est pas achevé, et les écarts entre sondages et urnes ne sont pas rares dans ce système.

Pourquoi ce scrutin dépasse largement les frontières d'Israël

Au-delà de la politique intérieure, l'enjeu est régional. La composition du prochain gouvernement orientera la conduite de la guerre et des négociations qui l'entourent, la relation avec les partenaires et voisins d'Israël, et le positionnement du pays face aux grandes puissances. Un gouvernement reconduit autour de Netanyahou ne prendra pas les mêmes décisions qu'une coalition construite par l'opposition, et ce, sur des dossiers où les marges de manœuvre sont étroites.

C'est aussi un test pour la démocratie israélienne elle-même. Le pays vote pour la première fois depuis un traumatisme national, dans un contexte de forte polarisation, avec une population qui attend à la fois des réponses sur le passé et des garanties pour l'avenir. La façon dont se déroulera le processus, y compris l'acceptation des résultats et la formation du gouvernement, comptera autant que l'identité du vainqueur.

En somme, la bonne réponse à la question posée par La Nación est, pour l'instant, qu'il n'y a pas de vainqueur évident. Le Likoud semble reculer, l'opposition ne semble pas encore en mesure de gouverner seule, et c'est l'arithmétique des coalitions, bien plus que le classement des partis, qui tranchera. Il faudra attendre les résultats officiels, puis les négociations qui suivront, pour savoir qui dirigera Israël dans les mois à venir.