Éducation

Faillite d'ILAC : quand un géant de l'enseignement privé ferme, les étudiants internationaux paient la note

Le placement sous la protection de la Loi sur la faillite d'ILAC Education Group, l'un des plus gros groupes de langues au Canada, révèle le peu de filets de sécurité dont disposent les étudiants venus de l'étranger.

Faillite d'ILAC : quand un géant de l'enseignement privé ferme, les étudiants internationaux paient la note

L'annonce est tombée en quelques lignes, sans préavis pour la plupart des personnes concernées : ILAC Education Group, l'un des plus importants groupes d'enseignement des langues au Canada, s'est placé sous la protection de la Loi sur la faillite et l'insolvabilité. L'information, révélée par The PIE News, publication spécialisée dans l'éducation internationale, évoque une « décision difficile » de mettre fin aux activités, sans qu'aucune précision publique n'ait été fournie aux étudiants et aux partenaires touchés.

Pour un secteur déjà ébranlé, le symbole est brutal. ILAC — l'International Language Academy of Canada — n'était pas un petit centre de quartier. Fondé à la fin des années 1990 à Toronto, le groupe s'est développé sur deux grands campus, à Toronto et à Vancouver, en y ajoutant ILAC International College, un volet collégial privé offrant des programmes professionnels avec stages coopératifs. Le groupe s'est longtemps présenté comme l'une des plus grandes écoles de langues du pays, accueillant chaque année des milliers d'étudiants venus d'Amérique latine, d'Asie, du Moyen-Orient et d'Europe, et travaillant avec un vaste réseau d'agents de recrutement à l'international.

Une faillite qui n'arrive pas seule

Le calendrier n'a rien d'anodin. Selon The PIE News, l'effondrement d'ILAC survient la même semaine que la fermeture d'EC, un autre acteur bien établi de l'enseignement de l'anglais, présent dans plusieurs pays anglophones. Deux défaillances rapprochées dans un même créneau : celui des écoles de langues privées qui vivent presque exclusivement du recrutement international.

Ce modèle d'affaires a une caractéristique redoutable. Contrairement à une université publique, une école de langues n'a ni dotation, ni subvention de fonctionnement, ni bassin d'étudiants locaux pour amortir un choc. Ses revenus dépendent d'un flux continu d'arrivées, elles-mêmes conditionnées par des décisions administratives prises à des milliers de kilomètres : politiques de visas, taux d'approbation, exigences financières imposées aux candidats. Quand le robinet se referme, la structure de coûts — baux commerciaux dans les centres-villes, personnel enseignant, commissions aux agents payées d'avance — ne se réduit pas au même rythme.

Or, le robinet s'est bel et bien refermé au Canada. Depuis 2024, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada a plafonné le nombre de nouveaux permis d'études, introduit l'obligation pour les candidats de fournir une lettre d'attestation provinciale ou territoriale, relevé le seuil de fonds exigés et resserré l'accès au permis de travail postdiplôme, notamment pour les programmes offerts en partenariat public-privé. Chacune de ces mesures, prise isolément, se défend. Additionnées, elles ont provoqué une contraction rapide du marché, avec des baisses d'inscriptions à deux chiffres signalées par les associations sectorielles, dont Languages Canada, qui représente les écoles de langues accréditées du pays. Une partie des établissements a réduit la voilure. D'autres n'ont pas tenu.

Le vrai problème : que deviennent les étudiants?

C'est ici que le dossier dépasse la simple faillite d'entreprise. Un étudiant international qui voit son établissement fermer ne perd pas seulement des cours. Il perd potentiellement trois choses à la fois : l'argent versé d'avance, souvent pour plusieurs mois ou une année complète; le statut migratoire, puisque le permis d'études est conditionnel à la fréquentation active d'un établissement d'enseignement désigné; et le projet de vie qui justifiait l'emprunt familial ayant financé le séjour.

La mécanique est particulièrement cruelle pour les personnes arrivées récemment. Beaucoup ont payé un agent, un billet d'avion, un dépôt de logement, parfois une assurance santé privée, avant même de poser le pied dans le pays. La faillite les place au rang de créanciers ordinaires, c'est-à-dire tout au bas de la liste, derrière les créanciers garantis. En pratique, les chances de récupérer une somme significative sont minces.

S'ajoute la question du délai. Quand une fermeture est annoncée du jour au lendemain, les étudiants doivent trouver un nouvel établissement désigné, obtenir une lettre d'admission, payer de nouveaux droits de scolarité et, dans certains cas, demander une modification de leur permis. Tout cela en quelques semaines, dans une langue qu'ils sont précisément venus apprendre.

Des filets de sécurité inégaux d'un pays à l'autre

La comparaison internationale est éclairante. L'Australie a mis en place, après une vague de fermetures d'écoles privées à la fin des années 2000, un dispositif national obligatoire : les établissements cotisent à un fonds qui, en cas de défaillance, place les étudiants dans un programme équivalent ou leur rembourse les droits non utilisés. La Nouvelle-Zélande impose de son côté la mise en fiducie des droits de scolarité payés d'avance, de sorte que l'argent n'appartient pas vraiment à l'école tant que le service n'a pas été rendu.

Au Canada, la protection existe, mais elle est provinciale, fragmentée et de portée variable. Les collèges privés de formation professionnelle sont soumis à des régimes de protection des droits de scolarité en Ontario comme en Colombie-Britannique, avec des fonds d'indemnisation et des mécanismes de transfert vers un autre établissement. Les écoles de langues, elles, ne relèvent pas toujours du même encadrement : selon la province et le type de programme, elles peuvent échapper au régime des collèges privés tout en étant désignées pour accueillir des titulaires de permis d'études. Autrement dit, un même campus peut abriter des cohortes protégées et des cohortes qui ne le sont pas.

C'est cette zone grise qui explique l'angoisse actuelle. Tant que le syndic n'a pas publié d'information détaillée, les étudiants ignorent s'ils relèvent d'un fonds d'indemnisation, d'un simple droit de créance, ou de rien du tout.

Un secteur qui découvre sa dépendance

Au-delà du cas ILAC, la séquence met en lumière un angle mort des politiques migratoires. Les gouvernements occidentaux ont, ces dernières années, resserré l'accueil des étudiants internationaux en réponse à des pressions sur le logement et à des soupçons d'abus visant certains établissements privés. Le Royaume-Uni, l'Australie et les Pays-Bas ont tous durci leurs règles. Mais ces ajustements ont été conçus du point de vue du contrôle des entrées, rarement du point de vue de ce qui arrive aux étudiants déjà sur place quand un fournisseur s'effondre.

Le secteur privé de la langue et de la formation professionnelle a servi, pendant une quinzaine d'années, de sas d'entrée vers les études supérieures et parfois vers l'immigration permanente. Il a crû vite, avec peu de capitaux propres et beaucoup d'intermédiaires. Sa fragilité financière est structurelle, et la correction réglementaire l'a simplement mise à nu.

Deux chantiers en découlent. Le premier concerne la mise en fiducie systématique des droits payés d'avance, un mécanisme simple qui transforme la faillite d'une école en inconvénient plutôt qu'en catastrophe personnelle. Le second touche la transparence : les étudiants, comme les agents qui les orientent, n'ont pratiquement aucun moyen d'évaluer la santé financière d'un établissement avant de signer. Les agences d'accréditation vérifient la qualité pédagogique; presque personne ne vérifie la solvabilité.

D'ici là, des milliers de personnes attendent un courriel. Pour elles, la question n'est pas de savoir si le modèle d'affaires des écoles de langues était viable. Elle est de savoir si elles auront encore le droit de rester dans le pays le mois prochain.