Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine

Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine : trois ministres au Conseil, un test de poids pour la région

Joël Arseneau, Pascal Bérubé et Méganne Perry Mélançon entrent au Conseil des ministres péquiste. Pour la région, cette présence rare est une occasion, mais aussi une attente.

Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine : trois ministres au Conseil, un test de poids pour la région

Rarement la Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine auront eu autant de poids autour de la table du Conseil des ministres. Avec l’entrée en fonction du gouvernement de Paul St-Pierre Plamondon, trois élus de la région héritent d’un portefeuille : Joël Arseneau, Pascal Bérubé et Méganne Perry Mélançon. Radio-Canada Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine résume la situation d’une formule : la région est représentée « trois fois plutôt qu’une ».

La suite dira ce que cette surreprésentation relative produira concrètement. Un territoire de petite population, éloigné des grands centres de décision, se retrouve soudainement avec des alliés au cœur de l’appareil gouvernemental. Reste à savoir si cela se traduira par des décisions, ou seulement par des symboles.

Trois élus, trois profils

Les nominations ne sont pas équivalentes, ni par leur portée ni par l’expérience des titulaires.

Selon Radio-Canada, Méganne Perry Mélançon, députée de Gaspé, se voit confier le ministère de la Famille et de la Jeunesse, des Sports et des Loisirs. Elle devient en outre ministre responsable de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, un rôle qui fait d’elle l’interlocutrice désignée du gouvernement pour la région. Dans une entrevue accordée à l’émission Première Escale, elle a réagi à sa nomination, selon le compte rendu diffusé par la société d’État.

Joël Arseneau, député des Îles-de-la-Madeleine élu pour la première fois en 2018, hérite du ministère de l’Éducation nationale. Radio-Canada souligne qu’il s’agit d’une première expérience ministérielle pour lui, après plusieurs années comme député et comme porte-parole du troisième groupe d’opposition dans de nombreux dossiers. Le passage de l’opposition au pouvoir est toujours exigeant, et un ministère de l’Éducation, avec son ampleur budgétaire et ses relations syndicales, ne ménage guère les débutants.

Quant à Pascal Bérubé, son nom circulait depuis plusieurs jours. Radio-Canada rapportait avant l’annonce que, selon certains observateurs, il devrait hériter d’un poste important. La nature exacte de son ministère est au cœur de la nouvelle publiée par la société d’État sous le titre qui sert de point de départ à cet article, mais les extraits dont nous disposons ne la détaillent pas ; nous nous gardons donc de la préciser ici.

Pourquoi cette représentation compte

Un poste de ministre n’est pas qu’un titre. Il donne accès aux arbitrages budgétaires, aux comités ministériels et, surtout, à la capacité de mettre un dossier sur la table au bon moment. Pour une région périphérique, avoir trois voix à cette table, dont une dotée d’un mandat explicite de responsable régionale, change la dynamique habituelle, où les demandes locales doivent souvent passer par plusieurs intermédiaires.

Cette situation tranche avec la tradition de nombreuses régions éloignées, qui doivent se contenter d’un seul représentant, quand elles en ont un. Ici, la Gaspésie et les Îles se retrouvent avec une présence comparable à celle de territoires beaucoup plus peuplés. Radio-Canada rapporte que les nominations suscitent « fierté et espoir » dans la région, ce qui traduit à la fois le soulagement d’être entendue et l’attente que cette écoute produise des résultats.

Il faut toutefois nuancer. Un ministre représente d’abord l’ensemble de la population et exécute le programme de son gouvernement. Les ministres de la région n’ont pas pour mandat de défendre un territoire au détriment des autres, et leurs collègues d’autres régions feront valoir leurs propres priorités avec la même force. La proximité avec le pouvoir est un atout, pas une garantie.

Des dossiers qui attendent déjà

La région n’arrive pas à la table les mains vides. Plusieurs dossiers locaux illustrent le type de demandes qui pourraient trouver un écho.

Le premier est celui de l’asphalte. Radio-Canada rapportait récemment que plusieurs élus réclamaient l’intervention de Québec face à la flambée des prix dans la péninsule, l’absence de concurrence étant citée comme un facteur aggravant. Pour des municipalités qui entretiennent de longs réseaux routiers avec de petits budgets, la hausse des coûts de revêtement pèse directement sur ce qu’elles peuvent réaliser. C’est le genre de dossier où un ministre de la région peut jouer un rôle de relais, même si la solution, qu’il s’agisse d’encadrement, de concurrence ou de soutien financier, reste à définir.

Le deuxième touche les infrastructures communautaires. Le 12 septembre dernier, un incendie a détruit le Centre sportif Louis-Sleigher à Nouvelle, selon Radio-Canada. Depuis, les activités sur glace sont suspendues et les autorités municipales analysent les possibilités de reconstruction de l’aréna. Or le portefeuille de Méganne Perry Mélançon inclut précisément les Sports et les Loisirs. La coïncidence est frappante : une municipalité qui cherche comment remplacer un équipement central de sa vie collective se trouve soudain avec une ministre responsable de ce secteur, élue de la même région. Rien n’indique à ce stade qu’un engagement sera pris, mais la porte d’entrée existe.

Le troisième est celui des relations avec les municipalités. Radio-Canada rapportait que Jacques Demers, président de la Fédération québécoise des municipalités, avait rencontré à Amqui une dizaine d’élus de La Matapédia pour entendre leurs préoccupations, avant de porter ces demandes auprès du nouveau gouvernement. Les élus locaux disposent désormais d’interlocuteurs ministériels qui connaissent le terrain, ce qui devrait faciliter les échanges, à condition que la connaissance du terrain se traduise en décisions.

Le piège des attentes

Le revers de cette visibilité, c’est le niveau d’attente qu’elle crée. Quand une région obtient trois ministres, ses citoyens et ses élus municipaux s’attendent logiquement à voir des retombées. Si les dossiers de l’asphalte, de l’aréna de Nouvelle ou d’autres enjeux régionaux n’avancent pas, la déception risque d’être proportionnelle à l’espoir suscité.

Par ailleurs, deux des ministères attribués, la Famille et l’Éducation, sont de gros appareils dont les priorités sont définies à l’échelle de toute la province. Leurs titulaires disposeront d’une marge de manœuvre réelle, mais limitée, pour orienter les décisions vers leur région d’origine, d’autant que les services de garde, les écoles et les loisirs relèvent aussi de réseaux déjà organisés. Le mandat de ministre responsable de la région, confié à Méganne Perry Mélançon, est à cet égard l’outil le plus directement orienté vers le territoire, mais son efficacité dépendra de l’appui du premier ministre et du Conseil du trésor.

Un autre élément mérite attention : l’inexpérience ministérielle de certains titulaires. Joël Arseneau, par exemple, aborde sa première expérience au gouvernement. L’apprentissage du pouvoir exécutif, avec ses contraintes de coordination et de solidarité ministérielle, prend du temps, et les premiers mois sont souvent déterminants pour fixer le ton et les priorités.

Ce qu’il faudra observer

Trois indicateurs permettront de mesurer, d’ici quelques mois, ce que vaut réellement cette représentation.

D’abord, les premières annonces budgétaires. Si des investissements précis touchent la région, qu’il s’agisse d’infrastructures sportives, de routes ou de services éducatifs, ils constitueront un signal concret.

Ensuite, le traitement des dossiers déjà ouverts. L’asphalte et la reconstruction de l’aréna de Nouvelle sont des tests faciles à suivre : on saura vite si Québec répond ou non.

Enfin, la cohérence entre les trois ministres. Une région qui parle d’une seule voix à la table du Conseil a plus de chances d’être entendue qu’une région dont les représentants défendent des priorités divergentes. La capacité des trois élus à coordonner leurs messages, tout en respectant leurs responsabilités respectives, sera déterminante.

Pour l’instant, la Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine disposent d’une occasion que peu de régions éloignées obtiennent. Reste à voir si elle se transformera en résultats tangibles ou si elle demeurera, aux yeux des citoyens, une belle photo d’assermentation.