Droit

Jafar Panahi condamné par défaut à cinq ans et un mois de prison : la justice iranienne face au cinéaste palmé

Un tribunal iranien a condamné par défaut Jafar Panahi à une nouvelle peine de cinq ans et un mois de prison, avec saisie de tous ses biens. Les chefs d'accusation demeurent flous, selon The Guardian.

Jafar Panahi condamné par défaut à cinq ans et un mois de prison : la justice iranienne face au cinéaste palmé

Le 28 octobre 2026, un tribunal iranien a infligé au réalisateur Jafar Panahi une nouvelle peine de cinq ans et un mois de prison, assortie de la saisie de l'ensemble de ses biens. Selon The Guardian, qui rapporte la décision, le cinéaste de 66 ans a été condamné par défaut, c'est-à-dire sans être présent à son procès, et les accusations retenues contre lui restent peu claires. Le Guardian précise aussi que cette sanction survient après son retour en Iran, alors qu'il avait déjà été condamné l'an dernier pour des « activités de propagande ». Au moment où nous écrivons ces lignes, nous n'avons pas pu confirmer d'autres détails de la décision auprès de sources judiciaires iraniennes ou de la défense : ce qui suit s'appuie donc sur l'information publiée par le quotidien britannique, et nous signalons ce qui reste inconnu.

Ce que l'on sait de la décision

Les éléments établis tiennent en peu de lignes. Le tribunal a prononcé cinq ans et un mois de détention. Il a également ordonné la saisie de tous les actifs du réalisateur, une mesure qui dépasse la simple privation de liberté et vise son patrimoine entier. Le jugement a été rendu en son absence, selon The Guardian.

Ce dernier point est au cœur de l'analyse juridique. Un procès par défaut n'est pas, en soi, contraire au droit international : bien des systèmes judiciaires l'admettent lorsque l'accusé a été dûment informé et a choisi de ne pas comparaître. Mais le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, auquel l'Iran est partie, garantit à toute personne accusée le droit d'être jugée en sa présence, de se défendre elle-même ou par l'intermédiaire d'un avocat de son choix, et de connaître sans retard la nature et les motifs de l'accusation. Quand les charges elles-mêmes sont floues, comme le souligne le Guardian, il devient très difficile de vérifier que ces garanties ont été respectées.

Un parcours judiciaire déjà long

Jafar Panahi n'est pas un nouveau venu devant les tribunaux iraniens. Le cinéaste, récompensé à Cannes l'an dernier par la Palme d'or pour Un simple accident (It Was Just an Accident), selon le Guardian, avait été condamné l'année précédente pour « activités de propagande », une formule fréquemment utilisée en Iran pour qualifier des expressions critiques à l'égard des autorités.

Ce parcours s'inscrit dans une histoire plus ancienne, que nous rappelons ici de mémoire et qu'il convient de vérifier auprès des archives de presse : le réalisateur a été arrêté et condamné à plusieurs reprises depuis 2010, avec notamment une interdiction de tourner et de quitter le pays qui a longtemps pesé sur son travail. Il a pourtant continué à réaliser des films, souvent tournés dans la clandestinité ou dans des conditions de fortune. Cette constance en a fait l'une des figures les plus identifiables du cinéma d'auteur iranien, et l'un des cas les plus suivis par les organisations de défense de la liberté d'expression.

La séquence actuelle a ceci de particulier qu'elle intervient peu après une consécration internationale majeure et après le retour du cinéaste en Iran. C'est ce contraste, entre la reconnaissance obtenue à l'étranger et la sanction prononcée au pays, qui donne à l'affaire sa portée symbolique.

Pourquoi la saisie des biens compte

On retient souvent la durée de la peine de prison. La saisie de tous les actifs mérite pourtant une attention particulière. Une confiscation générale de patrimoine est une sanction lourde, dont la proportionnalité est discutée dans de nombreux systèmes juridiques. Elle atteint non seulement la personne condamnée, mais aussi, dans les faits, ses proches et ses collaborateurs, qui peuvent dépendre de ses ressources.

Pour un créateur, la mesure a une portée supplémentaire : elle peut toucher le matériel, les droits, les sociétés de production et les revenus qui permettent de financer de nouveaux projets. Sans connaître le détail du dispositif ordonné par le tribunal, que le Guardian ne décrit pas, il est impossible de dire quels biens seront précisément visés ni selon quelles modalités. C'est l'une des zones d'ombre à surveiller.

Des charges qui restent à préciser

Le fait que les accusations soient « peu claires », selon le Guardian, n'est pas un détail. Dans un État de droit, l'accusation doit être formulée avec une précision suffisante pour que la personne poursuivie puisse y répondre. Une condamnation dont les motifs ne sont pas rendus publics ou restent vagues complique la tâche de la défense, des observateurs indépendants et des mécanismes internationaux de suivi.

Le précédent verdict, fondé sur des « activités de propagande », illustre le type de qualification qui revient souvent dans les dossiers visant des artistes, des journalistes ou des militants en Iran : une catégorie large, susceptible d'englober des œuvres, des déclarations ou des prises de position. Nous ne pouvons pas affirmer que la nouvelle condamnation repose sur le même fondement, puisque ce n'est pas établi à ce stade.

Quelles suites possibles

Plusieurs voies s'ouvrent, sans qu'aucune ne soit confirmée à l'heure actuelle. Une décision rendue par défaut peut en principe faire l'objet d'une contestation ou d'un appel, mais les conditions pratiques d'un tel recours dépendent de la situation personnelle du cinéaste et de la procédure applicable, que nous n'avons pas pu documenter. Sur le plan diplomatique et culturel, on peut s'attendre à des réactions de festivals, d'associations professionnelles et d'organisations de défense des droits, comme cela a été le cas lors de précédentes condamnations de réalisateurs iraniens. Là encore, il s'agit d'une tendance observée par le passé, non d'un fait rapporté dans le cas présent.

Ce qu'il faut retenir

L'essentiel tient en quelques points vérifiables : un tribunal iranien a condamné Jafar Panahi à cinq ans et un mois de prison et ordonné la saisie de tous ses biens, par défaut, selon The Guardian. Le cinéaste, 66 ans, avait remporté la Palme d'or l'an dernier et avait déjà été condamné pour des « activités de propagande ». Les motifs précis de la nouvelle peine, son éventuelle contestation et les modalités de la saisie demeurent à éclaircir.

C'est ce flou, plus encore que la sévérité de la sanction, qui retient l'attention des juristes : un jugement dont ni le fondement ni la procédure ne sont pleinement connus ne permet pas d'évaluer s'il respecte les garanties élémentaires d'un procès équitable. Nous reviendrons sur le dossier à mesure que de nouvelles informations, notamment de la part de la défense ou des autorités judiciaires iraniennes, seront disponibles.