Lanaudière

Lanaudière perd 600 emplois en septembre, et le chômage grimpe à 3,4 %

Pour la première fois depuis février, l'emploi recule dans Lanaudière : 600 postes de moins en septembre et un taux de chômage de 3,4 %. Un signal à nuancer, mais à surveiller.

Lanaudière perd 600 emplois en septembre, et le chômage grimpe à 3,4 %

Après sept mois de résultats favorables, le marché du travail lanaudois marque le pas. Selon les données publiées vendredi par l'Institut de la statistique du Québec et rapportées par Mon Joliette, la région a perdu 600 emplois en septembre, soit un recul de 0,2 % par rapport au mois précédent. Il s'agit de la première baisse de l'emploi depuis février. Le taux de chômage, lui, s'établit désormais à 3,4 %.

À première vue, le chiffre peut sembler modeste, voire rassurant. Mais il mérite qu'on s'y arrête, ne serait-ce que pour comprendre ce qu'il dit, et surtout ce qu'il ne dit pas.

Ce que disent les chiffres

Les faits rapportés sont simples : 600 emplois de moins en un mois, une variation de 0,2 %, un taux de chômage en hausse à 3,4 %. Le premier reflux depuis février signifie que, pendant plusieurs mois consécutifs, la région avait enregistré des résultats stables ou en croissance sur le plan de l'emploi. Septembre rompt donc une séquence.

Pour situer l'ampleur du mouvement, il faut garder en tête un principe de base : ces statistiques mensuelles reposent sur une enquête par sondage, l'Enquête sur la population active, dont les résultats régionaux comportent une marge d'erreur plus importante que les chiffres nationaux. Plus le territoire est petit, plus les fluctuations d'un mois à l'autre peuvent être amplifiées par l'échantillonnage. Une variation de 0,2 % à l'échelle d'une région comme Lanaudière se situe dans une zone où il est hasardeux de conclure à un véritable retournement de tendance sur la foi d'un seul mois.

C'est pourquoi les économistes recommandent généralement de lire ces données en moyenne mobile, sur trois mois, plutôt que de réagir à chaque publication. Un recul isolé peut s'effacer le mois suivant; une succession de reculs, en revanche, dessine une pente.

Un taux de chômage encore bas

Le contexte compte aussi. Un taux de chômage de 3,4 % demeure, en soi, un niveau faible selon les standards historiques. Dans la plupart des économies avancées, on considère qu'un taux sous 5 % correspond à un marché du travail serré, où les employeurs peinent à recruter. La hausse observée en septembre part donc d'un plancher bas, et l'on ne parle pas d'une dégradation brutale.

Cela n'enlève rien à la pertinence du signal. Dans un marché du travail aussi tendu, une remontée du taux de chômage peut refléter plusieurs phénomènes très différents, dont certains sont plutôt bénins :

  • des personnes qui reviennent sur le marché du travail et se déclarent à nouveau en recherche active, ce qui fait monter le taux sans qu'il y ait plus de mises à pied;
  • un ralentissement saisonnier, par exemple après la fin de contrats liés à la saison estivale ou touristique;
  • un refroidissement plus durable de la demande de main-d'œuvre dans certains secteurs.
  • Les données publiées ne permettent pas, à elles seules, de trancher entre ces explications. C'est la limite habituelle des statistiques régionales mensuelles : elles indiquent une direction, rarement une cause.

    Une économie régionale diversifiée

    Lanaudière est une région à deux visages. Sa portion sud, autour de Terrebonne, Mascouche et Repentigny, fait partie de la grande couronne métropolitaine; nombre de ses résidents travaillent hors de la région, et leur situation dépend en partie de la conjoncture de la région de Montréal. La portion nord, centrée sur Joliette et Berthierville, puis plus au nord les secteurs de la Matawinie et de la MRC de D'Autray, repose davantage sur des économies locales : commerce, services, agriculture, tourisme, fabrication.

    Cette dualité complique la lecture d'un indicateur régional unique. Un taux de chômage agrégé masque des réalités contrastées d'un bout à l'autre du territoire, et le fait que l'enquête mesure l'emploi selon le lieu de résidence, et non selon le lieu de travail, signifie qu'une perte d'emplois à Montréal peut très bien se traduire par un recul de l'emploi lanaudois dans les statistiques.

    Des signaux contradictoires dans l'actualité locale

    L'actualité économique récente de la région ne raconte d'ailleurs pas une histoire univoque. Mon Joliette rapporte que le Bistro LeDuc, dirigé par Cédric Duchesne et Maxime Lefrançois, vient d'acquérir le C.A. Resto Traiteur dans le centre-ville de Joliette. Avec cette transaction, l'entreprise exploitera trois restaurants, et l'ancienne propriétaire, Stéphanie Gravel, assumera la direction générale de l'ensemble. Voilà une consolidation qui témoigne d'une confiance d'entrepreneurs locaux dans leur marché, même si une acquisition de ce type n'équivaut pas, en soi, à une création nette d'emplois.

    De son côté, Mon Joliette souligne aussi la tenue de la deuxième édition du Tournoi de soccer interentreprises de Lanaudière, organisé par Lanaudière Économique, qui a réuni plus de 160 participants, bénévoles et spectateurs à Terrebonne. Ces initiatives de réseautage entre employeurs, soutenues par le ministère de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration, s'inscrivent dans un effort plus large pour attirer et retenir la main-d'œuvre, un défi omniprésent dans une économie où les postes vacants abondent.

    Ces deux nouvelles ne contredisent pas les données de l'ISQ : elles rappellent plutôt qu'un marché du travail se compose de milliers de décisions individuelles, et qu'un mois de statistiques ne suffit pas à résumer l'état d'une économie régionale.

    Pourquoi il faut tout de même suivre la suite

    Même si les données du mois sont à interpréter avec prudence, la rupture avec la séquence favorable depuis février rend les prochaines publications particulièrement attendues. Trois éléments permettront de mesurer s'il s'agit d'un accident statistique ou du début d'un essoufflement :

    1. Les données d'octobre et de novembre, qui diront si l'emploi se stabilise ou continue de reculer.
    2. La répartition sectorielle, lorsqu'elle sera disponible, pour savoir quels domaines (services, construction, fabrication, commerce de détail) ont absorbé les pertes.
    3. Le comportement de l'offre d'emplois, car un taux de chômage qui monte alors que les postes vacants restent nombreux traduirait plutôt un problème d'appariement entre les compétences et les besoins, et non une chute de la demande.

    Pour les travailleurs et les employeurs de la région, la lecture la plus raisonnable à ce stade est celle de la vigilance sans alarme. Un recul de 0,2 % et un taux de 3,4 % ne dessinent pas une crise; ils signalent, tout au plus, que la période de croissance régulière de l'emploi observée depuis février vient de s'interrompre.

    À retenir

  • Lanaudière a perdu 600 emplois en septembre (-0,2 %), une première baisse depuis février, selon l'Institut de la statistique du Québec rapporté par Mon Joliette.

  • Le taux de chômage atteint 3,4 %, un niveau qui demeure bas.

  • Les statistiques régionales mensuelles comportent une marge d'erreur importante : un seul mois ne fait pas une tendance.

  • Les prochaines publications diront s'il s'agit d'un simple soubresaut ou d'un véritable ralentissement.